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La Chine promet la tolérance zéro pour les « séparatistes » taïwanais

Deux militaires plient un drapeau.

Des militaires descendent le drapeau taïwanais à Liberty Square, à Taipei, à la fin d'exercices militaires, le 9 août 2022.

Photo : Getty Images / Annabelle Chih

Agence France-Presse

La Chine a promis mercredi de ne laisser « aucune marge de manoeuvre » aux partisans d'une indépendance de Taïwan, soulignant que « l'usage de la force » pour reconquérir l'île restait sur la table « en dernier recours ».

Ce nouvel avertissement intervient après de vastes exercices militaires chinois effectués ces derniers jours autour de l'île, en réplique à la visite à Taipei de la numéro trois américaine Nancy Pelosi.

Le séjour de la présidente de la Chambre des représentants a été perçu par Pékin comme une provocation, les États-Unis s'étant engagés à n'avoir aucune relation officielle avec le territoire insulaire revendiqué par la Chine.

Nancy Pelosi lève le pouce en l'air en compagnie de deux officiels taïwanais.

Nancy Pelosi, lors de sa visite à Taïwan, le 3 août 2022

Photo : Reuters / Ann Wang

Le Bureau des affaires de Taïwan, un organisme du gouvernement chinois, a publié mercredi un livre blanc détaillant la manière dont Pékin envisage de reprendre l'île, notamment via des incitations économiques.

Nous sommes disposés à créer un vaste espace (de coopération) afin de parvenir à une réunification pacifique, indique le document, en forme de main tendue aux Taïwanais.

Mais nous ne laisserons aucune marge de manœuvre aux actions séparatistes ayant pour objectif une pseudo-indépendance de Taïwan, et cela, sous quelque forme que ce soit.

La Chine estime que Taïwan, peuplée d'environ 23 millions d'habitants, est l'une de ses provinces qu'elle n'a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise (1949).

En sept décennies, l'armée communiste n'a jamais pu conquérir l'île, laquelle est restée sous le contrôle de la République de Chine – le régime qui gouvernait jadis la Chine continentale et ne gouverne plus aujourd'hui que Taïwan.

Nous ne promettons pas de renoncer à l'usage de la force, souligne le livre blanc de Pékin, le premier sur ce thème depuis 2000, avant de nuancer son propos.

« La force serait utilisée en dernier recours, en cas de circonstances impérieuses. Nous serions contraints de prendre des mesures drastiques face aux provocations des séparatistes ou de forces extérieures, si ceux-ci venaient à franchir nos lignes rouges. »

— Une citation de  Extrait du livre blanc publié par Pékin

Le livre blanc fait également miroiter la prospérité économique après la réunification.

La Chine propose ainsi de renforcer les liens culturels, en matière de sécurité sociale et de santé, ou encore d'encourager une meilleure intégration économique via notamment des politiques préférentielles.

Avec une patrie forte sur laquelle s'appuyer, les compatriotes taïwanais seront plus forts, plus confiants, plus en sécurité et seront davantage respectés sur la scène internationale, promet le texte.

Les Américains blâmés pour les tensions

Benoit Hardy-Chartrand, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et professeur à l'Université Temple à Tokyo, estime que ce livre blanc ne dénote pas de grands changements dans la position chinoise, il établit plutôt la marche à suivre pour ramener l'île dans le giron de la Chine continentale.

On sent dans le document une certaine impatience par rapport à tout ce qui se passe avec Taïwan, on sent une impatience par rapport à la position américaine. On considère les Américains comme ceux qui font augmenter les tensions, donc tout le blâme est vraiment rejeté sur les États-Unis, explique M. Hardy-Chartrand, en entrevue à RDI.

Évidemment que le risque [d'une invasion] est toujours là, et c'est ce que Pékin veut faire savoir à Taïwan et aux États-Unis aujourd'hui, ajoute-t-il.

Mais je ne crois pas qu'une invasion est imminente. Compte tenu des tensions qui existent actuellement, compte tenu des capacités militaires très importantes de la Chine, c'est toutefois une éventualité à laquelle tout le monde doit être prêt.

La classe politique taïwanaise divisée

Certains jeunes Taïwanais, notamment ces dernières années, commencent à développer une identité différente de celle de la Chine continentale.

Un phénomène encouragé par le Parti démocratique progressiste (PDP, pro-indépendance) de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, arrivée au pouvoir en 2016.

Contrairement au gouvernement précédent, Mme Tsai refuse de considérer que Taïwan et la Chine continentale font partie d'une Chine unique. Une position qui a fortement dégradé les relations avec Pékin.

Malgré le contexte tendu de ces derniers jours, un homme politique taïwanais d'opposition, Andrew Hsia Li-yan, s'est rendu mercredi en Chine continentale afin d'y rencontrer courant août, à l'issue d'une quarantaine, des entrepreneurs et des étudiants de l'île.

Haut diplomate, ex-patron de l'organisme taïwanais chargé des questions relatives à la Chine continentale, M. Hsia est vice-président du Kuomintang (KMT), l'autre grand parti taïwanais, qui est anti-indépendance et partisan de relations pragmatiques avec Pékin.

Non seulement le moment est mal choisi, mais en plus c'est une offense faite à notre armée qui ne ménage pas ses efforts afin de protéger notre pays, a dénoncé sur Facebook le parti présidentiel taïwanais.

Cette visite envoie un mauvais message à la communauté internationale, a de son côté dénoncé Tsai Ing-wen devant des membres de son parti.

Tsai Ing-wen assise à un bureau devant un drapeau taïwanais.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, lors de l'enregistrement d'un message concernant les exercices militaires chinois autour de l'île

Photo : via reuters / Bureau présidentiel de Taïwan

La Chine considère comme séparatiste le parti de la présidente taïwanaise, mais également toute personne militant publiquement pour l'indépendance ou pour la dilution de l'identité chinoise des Taïwanais.

L'armée communiste de Pékin a conduit ces derniers jours ses plus importants exercices militaires jamais organisés autour de Taïwan, s'entraînant notamment à un blocus de l'île.

Ces manœuvres devaient se terminer dimanche, mais se sont poursuivies cette semaine. L'armée chinoise a finalement annoncé mercredi que l'ensemble des tâches ont été menées à bien, signalant leur conclusion.

L'armée taïwanaise avait mené ses propres exercices mardi, pour s'entraîner à répliquer à une attaque chinoise sur l'île.

Tsai Ing-wen et le PDP [...] poussent Taïwan vers les abîmes du désastre. Ils finiront cloués au pilori de l'histoire! a fustigé mercredi dans un communiqué Tan Kefei, un porte-parole du ministère chinois de la Défense.

Les relations (Pékin-Taïwan) sont à nouveau confrontées à deux options pour l'avenir. Aux autorités taïwanaises de faire le bon choix quant à la direction à prendre.

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