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Une trans populaire sur les médias sociaux arrêtée « à la pointe d’un fusil »

Une photo de Clara Sorrenti.

Clara Sorrenti diffuse sur Twitch sous le pseudonyme Keffals. Elle habite London, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Michelle Both/CBC

Radio-Canada

Clara Sorrenti, 28 ans, femme trans populaire sur les médias sociaux, dit avoir été victime d'alerte malveillante (swatting en anglais). Elle affirme qu’elle a été arrêtée « à la pointe d'un fusil », puis menottée, et que les policiers de London ont fouillé son appartement pendant huit heures.

Je pense que je suis encore sous le choc, pour être honnête. Quand j'ai vu le pistolet de la police pointé sur moi, j'ai vraiment cru que j'allais mourir. Je n'ai jamais été aussi terrifiée de ma vie.

L’activiste transgenre de London, en Ontario, diffuse sous le pseudonyme Keffals sur la plateforme en ligne Twitch.

Selon elle, c’est un exemple d’alerte malveillante, ou swatting en anglais. Il s’agit d’une pratique qui consiste à alerter faussement les autorités policières pour faire croire au besoin d'une intervention urgente chez quelqu’un à qui on veut nuire.

Sur Twitch, elle s’exprime sur les lois américaines qu’elle considère comme antitrans et les droits des transgenres.

Mme Sorrenti a terminé sa transition lorsqu'elle était adolescente.

Elle a été candidate pour le Parti communiste du Canada lors des élections fédérales de 2019.

Mme Sorrenti fait régulièrement face à un barrage d'attaques sur les médias sociaux, qui ont été détaillées dans un article paru dans le Washington Post en juin.

Réveillée par les policiers

Le 5 août, dit-elle, elle était dans son appartement et a été réveillée par plusieurs policiers qui frappaient à sa porte. Ils lui ont montré un mandat de perquisition qui visait à trouver dans sa résidence une arme de poing, des munitions, des cartouches d'armes à feu, des produits de nettoyage, un étui à armes, un téléphone portable et un ordinateur.

L'agent qui m'a arrêtée m'a tiré dans le couloir, m'a poussée contre le mur, m'a menottée, m'a dit de quoi on m’accusait. Ils m'ont emmenée et ont fouillé mon appartement pendant huit heures, a déclaré Mme Sorrenti.

La police a également utilisé son nom de naissance, a précisé Mme Sorrenti, qui n'est pas celui qu'elle utilise actuellement. Son ancien nom figure également sur les documents de police, même si son nom légal a été changé depuis longtemps.

Selon un porte-parole de la police de London, les policiers ont été contactés le 5 août par des fonctionnaires de la mairie qui disaient avoir reçu des menaces violentes.

Les agents ont commencé une enquête et, grâce aux preuves obtenues, ont réussi à obtenir l'autorisation judiciaire de fouiller une résidence, selon ce porte-parole.

Mme Sorrenti a été arrêtée, et au fur et à mesure que l'enquête progressait, elle a été relâchée sans accusations en attendant l'analyse des appareils électroniques saisis.

Son téléphone, son ordinateur et ses autres effets personnels lui ont été rendus en après-midi.

Le chef de police Steve Williams a précisé, dans une déclaration écrite, qu'il ne pouvait faire de commentaires en ce moment, alors que l'enquête est en cours.

Le chef a toutefois déploré l'erreur faite sur le nom et le genre de Mme Sorrenti. Nous reconnaissons la détresse que cela a causée à Mme Sorrenti et nous examinerons la situation pour comprendre comment cela a pu se produire, a-t-il dit.

Pas la première fois

Selon Mme Sorrenti, un policier lui aurait dit que quelqu'un avait utilisé son nom et son adresse pour envoyer des menaces à des conseillers municipaux de London et faire de fausses confessions à propos d’un meurtre, ce qui a conduit à l’intervention policière.

La personne qui a écrit les menaces a également utilisé le nom qui lui a été donné à la naissance. Or, selon Mme Sorrenti, cette information aurait dû semer un doute chez les enquêteurs si ceux-ci étaient sensibles aux questions transgenres.

Personne dans ma vie ne fait référence à moi en utilisant ce nom. Cela fait une décennie que personne ne l'a fait. La seule raison pour laquelle les gens pourraient l'utiliser, c'est pour se moquer de moi, pour essayer de m'enlever mon pouvoir et ma dignité.

Mme Sorrenti ajoute que son frère a contacté la police de London en mars pour l'avertir que celle-ci pourrait être victime d’alertes malveillantes.

Dans un message publié sur YouTube, Mme Sorrenti a déclaré qu’une personne se faisant passer pour elle avait menacé des politiciens de Toronto. Elle a déclaré que les policiers de Toronto ont conclu qu’il s’agissait d’une alerte malveillante et que ceux-ci sont entrés en contact avec elle pour lui expliquer la situation.

Un porte-parole de la police de Toronto a déclaré qu’un dossier et une enquête sur cette affaire étaient toujours ouverts.

Du courage pour les jeunes trans

Selon le Washington Post (Nouvelle fenêtre), Mme Sorrenti a ouvert un compte sur Twitch afin de jouer à des jeux vidéo et de diffuser des vidéos d’elle en train d'y jouer. Or, elle a depuis abandonné cet aspect de la plateforme de médias sociaux et anime un avatar consacré à la politique et aux droits des transgenres.

Une personne brandit une pancarte où il est écrit que « les droits des transgenres sont des droits de la personne ».

L'Arkansas a aussi récemment passé plusieurs projets de loi, dont les détracteurs disent qu'ils limitent les droits des personnes transgenres.

Photo : Reuters / Carlo Allegri

C’est une loi texane qui a poussé Mme Sorrenti à changer de créneau, rapporte le quotidien : le gouverneur républicain Greg Abbott a publié en février une directive qui obligeait le Département des services familiaux et de protection à enquêter sur les parents qui fournissent des soins dits de réassignation sexuelle à leurs enfants et à considérer ces cas comme étant de l’abus à l'égard d'un enfant.

Le travail que je fais est important et les gens me remercient de le faire tous les jours, a déclaré Mme Sorrenti.

Je reçois des messages presque tous les jours de personnes trans, en particulier de jeunes trans, qui disent que je leur ai donné du courage, qu'ils peuvent être qui ils sont, a-t-elle déclaré. Mais d’autres gens me détestent et veulent me faire taire.

Mme Sorrenti souhaite que la police reçoive une meilleure formation sur la façon de traiter les personnes transgenres. Elle a également mis sur pied une collecte de financement participatif qui a permis de recueillir près de 32 000 $ en date de mardi après-midi. L'argent doit servir à déménager, car quelqu'un de mal intentionné a son adresse, a déclaré Mme Sorrenti.

Avec les informations de Kate Dubinski, de CBC

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