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Une dissertation jugée sexiste et raciste termine troisième dans un concours albertain

Deux crayons de bois sur un papier jauni.

Le concours « Sa vision inspire » s'adressait aux jeunes femmes albertaines de 17 à 25 ans en leur demandant de décrire leur vision de l'Alberta et ce qu'elles feraient si elles étaient élues députées.

Photo : getty images/istockphoto / Wavetop

Radio-Canada

Un concours de dissertation destiné aux jeunes femmes et mis de l'avant par l'Assemblée législative de l'Alberta sème la controverse sur les réseaux sociaux. Selon la députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) Rakhi Pancholi, le texte qui a fini en troisième place propage des idées « misogynes, sexistes, transphobes, racistes et fascistes ».

Le concours intitulé Sa vision inspire, géré par la section albertaine de l'organisation Femmes parlementaires du Commonwealth Région canadienne, demandait à des jeunes femmes âgées de 17 à 25 ans de décrire leur vision unique de l'Alberta et ce qu'elles feraient si elles étaient élues députées.

L'auteure de la dissertation en question, identifiée seulement comme S. Silver, écrit par exemple que les femmes ne sont pas égales aux hommes et que leur capacité à porter des enfants a priorité sur leurs tentatives de percer dans des carrières dominées par les hommes.

Elle ajoute que les femmes qui ont donné naissance à deux enfants ou plus devraient recevoir des médailles et des incitations financières afin d'empêcher "l'importation" d' "étrangers pour nous remplacer".

Un message terrible pour les jeunes femmes

La députée du NPD de la circonscription d’Edmonton-Whitemud et porte-parole en matière de services à l’enfance, Rakhi Pancholi, tire à boulets rouges sur le choix de cette dissertation pour la troisième place du concours.

Premièrement, il y a cette citation : "[les] femmes ne sont pas exactement égales aux hommes", a-t-elle déploré lors d’une conférence de presse, mardi. C’est un message terrible à envoyer aux jeunes femmes de l’Alberta.

Le texte considère l’immigration et le refus d’enfanter comme des facteurs qui équivalent à encourager le suicide culturel, regrette par ailleurs Rakhi Pancholi. Cette déclaration est complètement répréhensible, a-t-elle insisté, car elle fait référence à la théorie raciste du [grand] remplacement, une idée d'extrême droite voulant qu’un peuple de souche soit progressivement remplacé par une population qui lui est extérieure.

Lise Gotell, professeure en études féminines et de genre à l'Université de l'Alberta, partage ce point de vue.

L’idée que les femmes sont la mère de la nation et qu’on doit les encourager à adopter leur rôle de génitrices en leur donnant une médaille est la même chose que l’Allemagne nazie a faite, explique-t-elle. C’est la même idée que "le travail d’une mère est de faire des enfants pour consolider la race".

« Ce texte est sexiste et franchement raciste. »

— Une citation de  Lise Gotell, professeure en études féminines et de genre à l'Université de l'Alberta

Rakhi Pancholi qualifie cette situation d’absolument horrifique et peine à comprendre comment ce texte a pu recevoir une nomination. Ces commentaires doivent être condamnés par les élus, non pas [sélectionnés] pour un prix.

« La question est de savoir qui est le juge qui a choisi ce texte et pourquoi il ne le regrette pas ? »

— Une citation de  Rakhi Poncholi, députée du NPD de la circonscription d’Edmonton-Whitemud et porte-parole en matière de services à l’enfance

Qui étaient les juges du concours?

La députée du Parti conservateur uni (PCU) de la circonscription de Fort Saskatchewan-Vegreville et représentante de la branche albertaine des Femmes parlementaires du Commonwealth Région canadienne, Jackie Armstrong-Homeniuk, siégeait au panel pour déterminer les textes gagnants du concours.

L’identité et le nombre des autres femmes membres de l’Assemblée législative du panel, comme décrit dans les règlements du concours, demeurent inconnus, à l’instar des critères de sélection des textes.

Jackie Armstrong-Homeniuk serre la main de Jason Kenney lors du remaniement ministériel du 21 juin 2022.

Jackie Armstrong-Homeniuk en compagnie du premier ministre Jason Kenney lors de sa nomination au titre de ministre associée à la Condition féminine, en juin.

Photo : Radio-Canada / Chris Schwarz/Gouvernement de l'Alberta

Ce concours de dissertation voulait refléter le large éventail d’opinions des jeunes femmes albertaines à propos de ce que la démocratie représente pour elles, clarifie Jackie Amstrong-Homeniuk, qui est également la ministre associée de la Condition féminine.

Elle affirme néanmoins que la dissertation en question n’aurait pas dû être choisie et qu’elle ne représente pas le point de vue de toutes les femmes, incluant moi-même.

Quelques collègues du cabinet [des ministres] ont partagé avec moi des inquiétudes à propos du fait que cette dissertation ait pu être sélectionnée pour un prix, a-t-elle ajouté. Je veux mettre l’emphase sur le fait que je ne soutiens aucune rhétorique qui pourrait diminuer l’importance et la contribution [...] de plus de la moitié de la population albertaine.

La sélection de cette dissertation en particulier [...] est une erreur de ma part en tant que tête du panel de jury, conclut Jackie Armstrong-Homeniuk.

Un contenu odieux

La page Internet du concours où se trouvait la dissertation controversée n’était plus en ligne lundi soir sur le site de l’Assemblée législative albertaine, après que la députée néo-démocrate d'Edmonton-Highlands-Norwood, Janis Irwin, a gazouillé à son sujet (en anglais). (Nouvelle fenêtre)

Le président de l’Assemblée législative de l’Alberta, Nathan Cooper, affirme avoir décidé d’enlever le contenu du texte [du site Internet de l’Assemblée législative albertaine] dès qu’il a eu vent de la situation.

Le contenu odieux [de la dissertation] ne reflète pas les valeurs du président ni du bureau de l’Assemblée législative [albertaine], a-t-il ajouté.

Le Bureau de l’Assemblée législative n’avait, selon lui, aucun rôle dans la sélection du panel de juges ou des textes.

Le concours ‘’Sa vision inspire’’ a été conçu et administré par Femmes parlementaires du Commonwealth Région canadienne, a-t-il précisé.

De son côté, l'organisation Femmes parlementaires du Commonwealth Région canadienne se dissocie complètement de ce projet. Il s’agissait d’une initiative locale de l’Alberta, écrit l’organisation dans un courriel. La présidente de cette section est Jackie Armstrong-Homeniuk.

Avec des informations de Michelle Bellefontaine

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