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En un an, 80 % des enfants morts dans le système d’aide à la jeunesse étaient autochtones

Les jambes d'un enfant et un ourson en peluche sur le sol.

Environ 70 % des enfants qui reçoivent des services d’aide à la jeunesse en Alberta sont autochtones (archives).

Photo : iStock

Selon des données provinciales, 49 enfants sont décédés en 2021-2022 alors qu'ils bénéficiaient de services du système d’aide à la jeunesse, en Alberta. Il s'agit du plus grand nombre jamais enregistré dans la province, selon des intervenants du milieu. Sur les 49 enfants décédés, 39 d'entre eux, soit environ 80 %, étaient autochtones, un autre sommet depuis 2008-2009.

Le nombre total de décès dans le système d’aide à la jeunesse a augmenté de 44 % par rapport aux données de l’année précédente, 2020-2021, avec 15 morts de plus.

Les données des Services à l’enfance de l’Alberta couvrent les jeunes et les enfants qui attendent une évaluation pour déterminer s’ils ont besoin d’une intervention, ceux qui vivent toujours dans leur domicile pendant que leur famille reçoit des services, ceux qui sont placés en famille d’accueil ou avec de la parenté, ou encore ceux qui ont atteint l’âge adulte, mais qui reçoivent un soutien financier.

Les causes des décès des enfants font encore l’objet d’un examen de la part du Bureau du médecin légiste en chef de l’Alberta. Il a toutefois été déterminé que six Autochtones sont décédés de manière accidentelle.

Les Autochtones surreprésentés

Pour une survivante de la rafle des années 1960 et professeure adjointe de travail social et d’études sur l’enfance à l’Université Mount Royal, Audra Foggin, le nombre d’enfants décédés autochtones est problématique.

Les décès peuvent surprendre les personnes qui ne sont pas autochtones [mais] le génocide culturel et l’assimilation sont bien réels aujourd’hui. Les suites de la rafle des années 60 et des pensionnats pour Autochtones [sont encore observables] aujourd’hui, déplore celle qui est aussi membre de la Première Nation de Frog Lake.

Selon Hadley Friedland, professeure agrégée à l’Université de l’Alberta et spécialiste en droit autochtone, cette surreprésentation des décès de jeunes autochtones dans le système d’aide à la jeunesse de la province est pourtant connue depuis longtemps.

Quelque chose doit être fait différemment dans les services d’aide à l’enfance pour les enfants autochtones, dit-elle.

En moyenne, l’année dernière, environ 8000 enfants et jeunes ont bénéficié de services d’aide à la jeunesse chaque mois en Alberta. De ce chiffre, 5834 étaient autochtones, contre 2248 allochtones. C’est donc dire que plus de 70 % des enfants à qui étaient destinés ces services étaient autochtones. En contrepartie, le gouvernement provincial estime que près de 10 % des enfants et des jeunes en Alberta sont autochtones.

La pandémie : un facteur aggravant

Selon les observateurs, la COVID-19 a exacerbé les problèmes de santé mentale et de dépendances chez certaines personnes, ce qui a contribué à la mort d’un plus grand nombre d’enfants et de jeunes en Alberta.

Terri Pelton, la nouvelle protectrice de l’enfance en Alberta depuis avril dernier, estime que la pandémie a été un pivot lors de la dernière année en ce qui concerne les morts.

On n’avait jamais vu des chiffres comme ceux-ci depuis qu’on a commencé à récolter des données, précise-t-elle.

Audra Foggin, pour sa part, concède que la pandémie a eu un impact sur les personnes des Premières Nations, mais estime que le nombre de décès élevé chez les enfants et les jeunes autochtones qui reçoivent des services du système provincial d’aide à la jeunesse s’explique davantage par le colonialisme et le racisme systémique auxquels sont confrontés les Autochtones depuis des générations.

Selon Audra Foggin, l'une des solutions passe par un meilleur financement des communautés autochtones.

Terri Pelton est du même avis. Elle souhaite que les populations et les communautés autochtones aient davantage d'influence sur les soins des enfants, des adolescents et des jeunes adultes autochtones, et qu'il y ait davantage de liens communautaires, que ce soit des liens familiaux, avec des aînés ou des gardiens du savoir, dans les interventions les concernant.

Selon elle, les Autochtones sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux.

Avec les informations de Nicholas Frew

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