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En Alberta, un ex-détenu propose des services de conseil à partir de sa propre expérience

Un détenu tenant les barreaux d'une prison.

L'entreprise DeadEyes.NoLies offre une variété de services, comme apprendre à un prisonnier à plaider pour une libération conditionnelle ou en faveur de la réduction de sa peine.

Photo : Adobe Stock

Radio-Canada

Après avoir cumulé 23 ans derrière les barreaux, Darin Edwards offre, de St. Albert, en Alberta, des services de conseil aux nouveaux prisonniers pour les aider à rester en sécurité en milieu carcéral, mais aussi les préparer à ce à quoi ils doivent s'attendre après leur libération.

Lorsqu'il était en détention, Darin Edwards a été témoin de multiples meurtres et agressions. Une émeute dans une prison de Drumheller, survenue en 2001 alors qu’il était âgé de 19 ans, l'a particulièrement marqué parce qu'il y a perdu un ami.

Après avoir découvert que les services de consultation pour des détenus sont répandus aux États-Unis, mais qu’ils sont peu présents au Canada, il y a vu une occasion d’affaires à saisir, en mettant à profit son expérience et sa connaissance du milieu carcéral.

Une panoplie de services

Son entreprise, DeadEyes.NoLies, qu’il a cofondée il y a sept mois avec Amy-Rae Goodman, offre une variété de services. Par exemple, elle peut apprendre à un prisonnier à plaider pour une libération conditionnelle ou en faveur de la réduction d’une peine, ou encore l’aider à suivre son plan correctionnel.

Pour ce qui est des personnes dont le séjour en prison s'achève et qui retournent dans la communauté, l'entreprise les aide à se connecter aux services communautaires, à trouver un logement et les appuie dans leur recherche d’emploi.

La consultation est facturée en fonction des services fournis et de la capacité de paiement du client.

Une industrie en plein essor aux États-Unis

Les États-Unis, dont le taux d'incarcération est l'un des plus élevés au monde, ont une industrie de conseil pénitentiaire bien établie.

Des personnalités comme Harvey Weinstein, Martha Stewart et même certaines personnes faisant face à des accusations liées à l'assaut du Capitole en 2021 ont eu recours à ces services.

Le pays dépense plus de 80 milliards de dollars chaque année pour garder environ 2,3 millions de personnes derrière les barreaux, selon un rapport de 2018 du Bureau des statistiques judiciaires.

En comparaison, Statistique Canada indique que 37 854 contrevenants adultes étaient incarcérés dans des établissements correctionnels fédéraux et provinciaux en 2018-2019.

Darin Edwards, ex-prisonnier et cofondateur de l'entreprise de consultation DeadEyes.NoLies.

Darin Edwards met à profit son expérience carcérale pour conseiller sa clientèle.

Photo : Fournie par Amy-Rae Goodman

Peu d'entreprises au Canada

Avant de lancer DeadEyes.NoLies, Darin Edwards a effectué des recherches pour s'informer au sujet de l’industrie de la consultation carcérale au Canada. Il n’a trouvé qu'un seul cabinet offrant ce genre de services à Toronto, l'entreprise Canadian Prison Consulting, fondée en 2010 par Lee Steven Chapelle.

Ce dernier, qui a passé plus de 20 ans dans des établissements correctionnels au Québec et en Ontario, affirme que l'idée de créer son entreprise lui est venue en 2007, alors qu'il était président d'un comité de détenus.

Au cours des 12 dernières années, Steven Chapelle a réussi à développer des liens au sein du monde juridique, pour pouvoir notamment offrir des services de conseil axés sur la responsabilité. Par exemple, la nécessité pour un détenu de comprendre ce qui l’a conduit en prison, afin de surmonter son épreuve et de ne pas recommencer après sa sortie de prison, explique-t-il.

Il dit s'occuper en moyenne de 25 clients, auxquels il monnaye ses conseils pour 300 $ par service.

Outre le cabinet de Darin Edwards à St. Albert, le groupe Free Lands Free Peoples offre aussi des conseils aux prisonniers. Basé à Edmonton, il a la particularité d’être dirigé par des Autochtones et de militer pour l'abolition de la police et du système pénal.

Une de ses membres, Molly Swain, est d'avis que la nature de la consultation en milieu carcéral met en évidence la défaillance du système. C'est un service qui comble certainement un vide, dit-elle à propos de DeadEyes.NoLies.

Elle regrette par ailleurs que ces services ne soient fournis que par des entreprises privées, car tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir des services payants, estime-t-elle.

Avec les informations de Mrinali Anchan

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