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Dans les coulisses de la visite papale : une réception privée pour « Marcher ensemble »

L'événement tenu au Séminaire de Québec était dédié aux chefs et intervenants autochtones.

La femme pose pour la caméra au milieu d'une grande salle remplie de personnes en habit religieux.

Savanna McGregor, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, lors du souper privé sous le thème Marcher ensemble.

Photo : Gracieuseté de Savanna McGregor

Maria-Louise Nanipou

Deux semaines après le départ du pape François, sa venue au Canada fait encore réfléchir les différents intervenants qui ont participé aux activités officielles.

Savanna McGregor – grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg, qui représente entre autres la communauté de Kitigan Zibi, en Outaouais – a fait partie des invités à un souper donné au Séminaire de Québec, la veille du départ du pape. Il avait pour thème : Marcher ensemble.

Le pape François n’était pas présent à cette réception, mais le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, monseigneur Raymond Poisson, et l'archevêque de Québec, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, étaient les hôtes des représentants autochtones.

Premières démarches avec l’Église

Savanna McGregor a partagé ce repas à la même table que la grande cheffe de la nation crie d'Eeyou Istchee et déléguée de l’Assemblée des Premières Nations (APN) au Vatican, Mandy Gull-Masty, et le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish.

Cet événement ciblait à la fois l’amélioration des conditions de vie des survivants et de leurs descendants, ainsi que l'avenir de nos peuples, décrit Savanna McGregor.

« J'ai été invitée à cette soirée et ce fut un grand honneur. »

— Une citation de  Savanna McGregor, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg

Ce fut un souper intime et rempli de discussions à la fois sérieuses et intenses, [des discussions] substantielles afin d'établir des relations à long terme, précise celle qui est née d’une mère de la nation algonquine et d’un père de la nation crie.

Des religieux et des civils assistent à un souper privé.

Dans le cadre de la visite papale, une réception sous le thème « Marcher ensemble » a réuni au Séminaire de Québec des chefs et des intervenants autochtones, ainsi que des membres de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Photo : Gracieuseté de Savanna McGregor

Le pape n'a pas répondu aux attentes de plusieurs représentants autochtones lors de sa visite au Canada. Certains avaient de plus grandes attentes quant aux excuses qu’il a formulées.

Des blessures à la fois individuelles et collectives

Selon Savanna McGregor, certains survivants ont accueilli le pape sans attentes précises. Ils voulaient absolument exprimer qu'ils avaient souffert, explique celle qui a rencontré des survivants du Québec, de l'Ontario et d’autres provinces au Canada.

La possibilité de dire sa souffrance personnelle au pape, c'était important pour des survivants, estime la grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg.

Lors de la visite du pape, des survivants ont exprimé qu'ils souhaitaient des actions pour guérir des blessures laissées par les pensionnats. Certains survivants ont aussi parlé de justice.

De dire cette souffrance directement au pape, à travers le voyage personnel de leur guérison, il ne pouvait y avoir mieux, explique-t-elle.

Deux survivantes autochtones.

Les survivantes Joan St-Denis et Noella Robinson, deux aînées accompagnées par Savanna McGregor, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg.

Photo : Gracieuseté de Savanna McGregor

Lors de son séjour à Québec, Savanna McGregor accompagnait deux survivantes, Joan St-Denis et Noella Robinson, deux Algonquines originaires de la communauté de Kebaowek, aussi appelée Eagle Village First Nation.

Pour Savanna McGregor, la visite du pape avec les survivants et l’invitation à ce repas sont à la fois surréelles et historiques.

« Je voulais être là pour soutenir ces deux survivantes que j’accompagnais, mais en fait, c’est leur énergie qui me supportait tout au long de ce passage. »

— Une citation de  Savanna McGregor, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg

Des rencontres et des actions historiques

À un moment donné, pendant la visite du pape François, je retenais mon souffle, souligne-t-elle.

Puis, [le pape] a parlé du génocide et il ne peut le reprendre, poursuit Savanna McGregor avec une voix à la fois rassurée et concernée. Elle a immédiatement pensé à la convention de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui exige des critères spécifiques pour reconnaître un génocide.

« Voir les changements nécessaires pour rectifier le génocide. Comment fait-on cela? [...] On ne peut que le faire ensemble, c’est inévitable et c’est un devoir collectif que nous souhaitons tous. »

— Une citation de  Savanna McGregor, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg

Pour la grande cheffe, c’est là aussi que le mot justice prend tout son sens.

Nos aînés devraient avoir la chance de voir des résultats, ainsi que la justice. La justice, c’est aussi de changer les fondations qui ont construit ce pays, dit celle qui a suivi trois programmes de certification au Tulo Center of Indigenous Economics à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Savanna McGregor rappelle qu’il faut également renouveler les relations avec le gouvernement.

Le génocide au Canada, une reconnaissance espérée

La grande cheffe se consacre à une meilleure connaissance des génocides et des crimes contre l’humanité. Elle a d’ailleurs suivi des cours axés sur ces sujets pendant ses études.

Autant la Commission de vérité et réconciliation (CVR) que l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) ont conclu qu’au Canada, les Autochtones étaient victimes d’un génocide.

La CVR concluait à un génocide culturel et l’ENFFADA concluait à un génocide canadien.

Savanna McGregor est en voie de terminer un baccalauréat en études autochtones et en sciences politiques, et elle a aussi choisi des cours axés sur les génocides et les crimes contre l’humanité au campus Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique.

Portrait du pape François dans un avion.

Dans l'avion qui le ramenait au Vatican, le pape François a admis pour la première fois que les Autochtones ont vécu un « génocide » dans les pensionnats.

Photo : Associated Press / Guglielmo Mangiapane

La reconnaissance du génocide deviendrait un outil important dans tout. Ce serait plus facile pour nous tous. Il s’agit d’un souhait collectif, conclut la grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine-anishinabeg.

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