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Les camionneurs artisans de Gaspé entament des moyens de pression

Des camionneurs et des camions stationnés se trouvent devant les bureaux de Gaspé du ministère des Transports du Québec.

De nombreux camionneurs se stationnent devant les bureaux de Gaspé du ministère des Transports du Québec pour faire pression auprès du gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Whalen

Radio-Canada

L’Association des camionneurs artisans de Gaspé, qui a commencé lundi matin des moyens de pression, compte se faire entendre au cours de la semaine. Ses membres revendiquent de meilleurs salaires et comptent faire grand bruit pour obtenir gain de cause. De son côté le ministère des Transport dit agir pour améliorer la rémunération des camionneurs.

Selon le président de l’association locale Simon Boulay, des camions ont été disposés à différents endroits où des contrats sont en cours dans le secteur de Gaspé. Ils se sont dispersés à quatre points stratégiques de la ville pour se faire entendre, dont à Sandy Beach et près de l'épicerie Super C.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que les camions de l’extérieur ne viendront pas voler notre ouvrage. […] Mercredi, on va prendre les moyens qu’il faut, a expliqué M. Boulay à l’émission Bon pied, bonne heure lundi matin, ajoutant que de vraies manifestations devraient alors avoir lieu à ce moment. Les camionneurs prévoient continuer leurs manifestations jusqu'à ce que le gouvernement accepte leurs revendications.

« Si ça ne se règle pas, on va prendre seulement une semaine de vacances, soit en octobre pour aller à la chasse. D'ici là, on ne fera aucun travaux dans la Ville de Gaspé pour le MTQ. [...] On est prêts à faire des campements et s'organiser style Ottawa, crois-moi qu'on va l'avoir. »

— Une citation de  Simon Boulay, le président des camionneurs artisans de Gaspé

Pour les jours à venir, on risque d'être un peu plus dérangeants. On va prendre la route et on va nuire bien gros au trafic de la ville de Gaspé. Ce n'est par contre pas notre but de déranger les travailleurs le matin, le midi et le soir , mentionne Simon Boulay, remarquant un grand appui dans le combat de la part de la population.

Concernant les festivités entourant le Festival Musique du Bout du Monde qui débutera ce jeudi le 11 août, il affirme que des klaxons risquent de résonner pendant certains concerts. On va les accompagner avec les flûtes, lance-t-il.

Des policiers de la Sûreté du Québec interpellent des camionneurs.

Bien qu'ils disent comprendre les revendications des camionneurs, les policiers de la Sûreté du Québec ont averti les camionneurs que s'ils continuaient à créer autant de trafic, ils allaient être obligés de sévir avec des amendes.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Whalen

Sinon, les camionneurs envisagent de perturber le conseil municipal de Gaspé lorsqu'une séance s'y tiendra, annonce Simon Boulay. Nous sommes mécontents d'avoir été écartés du tronçon routier pour les pales d'éoliennes reliant l'usine de LM Wind  Power et le port de Sandy Beach, explique le président de l'association locale.

Une réalité régionale éloignée de celle des grands centres

L’association locale demande une augmentation salariale de 25 %. Son président explique que la rémunération des camionneurs artisans est fixée à l’échelle provinciale. Ainsi, les 80 membres de Gaspé et de Chandler travaillent au même salaire que leurs confrères des grands centres. M. Boulay fait toutefois valoir que leurs dépenses sont plus élevées.

On est loin de nos concessionnaires, on est loin de nos pièces. On a beaucoup de frais de transport et des frais fixes de plus qu’aux autres endroits du Québec, mentionne celui qui est lui-même camionneur artisan.

M. Boulay relate que les compagnies ont eu l’ordre de faire venir des camions de l’extérieur par le ministère des Transports du Québec (MTQ). Ces camions non inscrits ne sont pas régis par la Commission des transports du Québec comme le sont les camionneurs artisans locaux, ce qui signifie que la rémunération qui est versée à ces travailleurs peut différer.

« C’est un peu un affront qu’on nous fait. […] On n’a pas l’impression qu’on est beaucoup appuyés là-dedans par notre association, à Québec. »

— Une citation de  Simon Boulay, président de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé
Des camions roulent en ligne sur l'une des artères les plus importantes de Gaspé.

Plusieurs camions ont pris d'assaut la Ville de Gaspé en après-midi créant ainsi de gros bouchons de circulation.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Whalen

Selon le calcul effectué par l’Association des camionneurs artisans de Gaspé, les camions venus de l’extérieur ont coûté plus cher d’environ 31 % que la facture généralement engendrée par la main-d’œuvre locale, et ce, en excluant l’augmentation désirée.

Le président de l’association fait valoir que l’augmentation de 25 % a été incluse dans divers appels d’offres depuis le printemps. Selon lui, cette facture a été payée par plusieurs clients. Radio-Canada n’a pas été en mesure de valider ces informations.

Ce ne sont pas tous les camionneurs de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé qui protestent ces jours-ci puisque le MTQ n'est pas leur seul employeur. En effet, certains continueront leur travail puisqu'il y a des entrepreneurs tels que Eurovia qui leur accordent les 25 % d'augmentation demandés, selon Simon Boulay.

Le président de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé Simon Boulay devant un camion.

Le président de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé Simon Boulay ne juge pas que l'augmentation salariale de 25 % souhaitée engendrera une hausse des coûts. Bien au contraire, dit-il, les travaux vont se faire rapidement.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Whalen

Un manque d'écoute

Simon Boulay rappelle que les camionneurs artisans de la Basse-Côte-Nord bénéficient de tarifs plus élevés en raison de leur situation géographique. Il déplore un manque d’écoute de la part du MTQ.

« On n’a eu aucune négociation avec le ministère. Tout ce qu’on entend, c’est que c’est bloqué en haut. […] La situation n’est plus comique [du tout]. »

— Une citation de  Simon Boulay, président de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé

M. Boulay ne perçoit d’ailleurs aucune ouverture de la part de Québec.

Si la demande des camionneurs artisans de Gaspé n’a jamais été officiellement refusée par le provincial, M. Boulay confirme que l'association locale n'a jamais été rencontrée par le ministère des Transports. On n’a [même] jamais eu un retour d’appel, déplore-t-il.

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Simon Boulay interpelle directement le premier ministre du Québec, François Legault, lui demandant de prendre acte de l'absence d'avancement dans ce dossier (archives).

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Le représentant de l'association mentionne que certains projets qui nécessitent le travail de camionneurs artisans accusent actuellement des retards en région, et ce, en raison du recours à des travailleurs de l’extérieur. C’est complètement ridicule. Je ne sais pas où l’on s’en va, mais ça fait vraiment dur.

Il s’inquiète également pour la relève au sein de la profession et pour la rétention des camionneurs artisans déjà en poste. On voit beaucoup de camions à vendre et ils ne trouvent même pas preneur, ajoute M. Boulay.

Québec a conclu une entente en mai dernier avec l’Association nationale des camionneurs artisans relativement à des compensations financières plus importantes lorsque le coût de l’essence est à la hausse.

Le ministère des Transports se défend d'abandonner les camionneurs

Du côté du ministère des Transports, on réfute certaines affirmations du président de l’Association des camionneurs artisans de Gaspé.

Dans un courriel, le porte-parole Nicolas Vigneau rappelle qu’à la suite de la hausse soudaine des prix du diesel, l'Association nationale des camionneurs artisans a interpellé le Ministère afin qu’il prenne des mesures pour en atténuer l’impact sur les entreprises de camionnage en vrac abonnées aux services des titulaires de permis de courtage.

Selon lui, le Ministère a répondu à la demande en adaptant le mécanisme d’ajustement des tarifs en fonction de l’évolution des prix du carburant. Le Ministère s’est alors engagé à démarrer des travaux de la Table de concertation sur le camionnage en vrac pour discuter en priorité de la révision du recueil des tarifs de camionnage en vrac, écrit-il.

Nicolas Vigneault avec les ponts de Québec derrière lui.

Nicolas Vigneault, relationniste de presse pour le ministère des Transports (archives).

Photo : Radio-Canada

Des discussions doivent donc s’amorcer avec l’Association nationale des camionneurs artisans (ANCA) qui regroupe la vaste majorité des postes de courtage en services de camionnage en vrac, assure le porte-parole.

Rappelant qu’il s’agit d’un exercice complexe qui demandera du temps, M. Vigneau mentionne que l’exercice doit couvrir l’ensemble du territoire québécois plutôt que d’être fait à la pièce, zone par zone.

La façon de faire est la même à l’échelle de la province, explique-t-il. Le Ministère demande à l’entrepreneur auquel il a accordé un contrat de construction ou réparation de route d’utiliser les camions du poste de courtage de la zone visée (au moins 50 % des camions utilisés pour le transport de matières en vrac) afin de favoriser les retombées locales. Pour ces transports, les prix du Recueil des tarifs de camionnage en vrac du Ministère s’appliquent.

Si le poste de courtage refuse de travailler aux taux prévus au Recueil des tarifs du Ministère, l’entrepreneur est libéré de l’obligation de faire affaire avec le poste de courtage.

Le Ministère nie avoir demandé que des camionneurs hors régions viennent travailler sur des projets locaux, sauf si des camionneurs abonnés à un poste de courtage refusent d’aller travailler pour un entrepreneur auquel le Ministère a accordé un contrat de construction ou de réparation de route.

Enfin, M. Vigneau indique que le Ministère est informé de la demande du poste de courtage de Gaspé de majorer l’ensemble des tarifs de camionnage en vrac pour la zone de Gaspé et que des échanges ont déjà eu lieu à cet effet.

Avec les informations d’Émilie Gagné, de Roxanne Langlois et de Guillaume Whalen

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