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Le grand plan de Joe Biden sur le climat et la santé est adopté par le Sénat

Joe Biden.

Joe Biden, président des États-Unis

Photo : Getty Images / Anna Moneymaker

Agence France-Presse

Après 18 mois de négociations et une nuit marathon de débats, le Sénat américain a adopté dimanche le grand plan de Joe Biden sur le climat et la santé, ce qui offre une victoire d'étape significative au président à moins de 100 jours d'élections cruciales.

Par leurs seules voix, les démocrates ont approuvé ce plan de plus de 430 milliards de dollars d'investissements, qui prend la route de la Chambre des représentants pour un vote final la semaine prochaine avant d'être promulgué par Joe Biden.

Ce projet de loi va changer l'Amérique pour les décennies à venir, a assuré le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, la voix chevrotante juste après le vote, accueilli par un tonnerre d'applaudissements dans son camp.

C'est une immense victoire pour Joe Biden et les démocrates. Après un an et demi de négociations, le Sénat américain a enfin adopté, hier, le plan de plus 700 milliards de dollars pour la réduction de l'inflation. Plus de la moitié de ce budget sera consacrée au climat. Reste à savoir si cette victoire se traduira par des votes lors des élections de mi-mandat en novembre. Reportage d'Azeb Wolde-Giorghis et entrevue avec Valérie Beaudoin, chercheure associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM

Tous les sénateurs républicains ont voté contre le texte, baptisé Inflation Reduction Act, qu'ils accusent au contraire de générer des dépenses publiques inutiles.

Le chef des républicains au Sénat Mitch McConnell a accusé les démocrates de vouloir doubler la mise sur leur désastre économique.

Fruit de difficiles tractations avec l'aile droite du Parti démocrate, cette enveloppe comprend le plus grand investissement jamais engagé aux États-Unis pour le climat, soit 370 milliards de dollars pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2030.

« Il a fallu faire de nombreux compromis. Faire des choses importantes en exige presque toujours. »

— Une citation de  Joe Biden, dans un communiqué

Le président a salué le passage du projet de loi au Sénat en exhortant la Chambre des représentants à adopter le texte sans attendre.

Le Sénat est enfin sur la même longueur d'onde que le public pour reconnaître l'urgence de la crise climatique, mais, à l'avenir, davantage d'actions sont nécessaires, a réagi dans un communiqué Johanna Kreilick, présidente de l'Union des scientifiques préoccupés (UCS), ONG traitant notamment des questions environnementales.

Vers une transition énergétique

Avec cette réforme, un Américain recevra jusqu'à 7500 $ en crédits d'impôt pour l'achat d'une voiture électrique. L'installation de panneaux solaires sur le toit de sa maison sera prise en charge à 30 %.

Les constructeurs automobiles saluent des mesures qui contribueront à accélérer la conversion de l'industrie du pays, mais déplorent que les exigences en matière de crédit d'impôt rendent la plupart des modèles inéligibles, selon John Bozzella, PDG de l'Alliance pour l'innovation automobile, groupement de constructeurs américains et étrangers représentant près de la totalité des voitures vendues aux États-Unis.

C'est une occasion manquée à un moment crucial qui met en péril notre objectif collectif de 40 à 50 % de ventes de véhicules électriques d'ici 2030, a-t-il regretté.

Cette réforme doit aussi permettre de renforcer la résilience des forêts face aux incendies monstres qui ravagent l'Ouest américain, dont la multiplication a été directement attribuée au réchauffement de la planète.

Plusieurs milliards de dollars de crédits d'impôt seront également proposés aux industries les plus polluantes afin de les assister dans leur transition énergétique, une mesure vivement critiquée par l'aile gauche du parti, qui a dû se ranger derrière ce texte, faute d'être parvenue à un accord plus ambitieux.

Arrivé au pouvoir avec d'immenses projets de réformes, Joe Biden les a vues être enterrés, ressuscités puis enterrés à nouveau par un sénateur très modéré de son camp, Joe Manchin. Au vu de la très fine majorité démocrate au Sénat, cet élu de la Virginie-Occidentale, un État connu pour ses mines de charbon, possède virtuellement un droit de veto sur ses projets.

Fin juillet, le chef des démocrates au Sénat a finalement réussi à arracher un compromis à M. Manchin.

Procédure marathon

Samedi, les sénateurs ont enfin commencé à débattre du texte dans l'hémicycle.

Dans la soirée, ils sont entrés dans une procédure marathon baptisée vote-a-rama, lors de laquelle les élus, les traits tirés, ont durant quinze heures d'affilée proposé des dizaines d'amendements et exigé un vote sur chacun.

Cela a été l'occasion pour l'opposition républicaine, qui juge le plan Biden trop coûteux, et pour l'aile gauche démocrate, qui le voulait plus ambitieux, de présenter leurs doléances.

Influent sénateur de gauche, Bernie Sanders a présenté au cours de la nuit plusieurs amendements censés renforcer le volet social du texte qui, au cours des derniers mois, a été considérablement rogné.

Le texte prévoit 64 milliards de dollars d'investissements dans la santé ainsi que la baisse progressive du prix de certains médicaments, qui peuvent être jusqu'à dix fois plus chers que dans d'autres pays riches.

Toutefois, les progressistes ont dû abandonner leurs ambitions de maternelles et d'universités publiques gratuites ainsi que de meilleurs soins pour les personnes âgées.

« Des millions de retraités vont continuer à avoir des dents pourries et à ne pas recevoir les prothèses dentaires et auditives ou les lunettes qu'ils méritent. Ce projet de loi ne fait rien pour résoudre ce problème. »

— Une citation de  Bernie Sanders, sénateur et ancien candidat à la présidentielle

Cependant, le camp démocrate, soucieux de mettre en œuvre ce plan avant les périlleuses élections législatives de novembre et d'offrir une victoire à un président à la cote de popularité anémique, a fait bloc et rejeté l'immense majorité des amendements.

Parallèlement à ces investissements massifs, le projet de loi entend réduire le déficit public avec un nouvel impôt minimal de 15 % pour toutes les sociétés dont les bénéfices dépassent le milliard de dollars.

Il vise à empêcher certaines grosses sociétés d'utiliser les niches fiscales qui leur permettaient jusqu'ici de payer beaucoup moins d'impôt que le taux théorique.

Selon les estimations, cette mesure pourrait générer plus de 258 milliards de dollars en recettes pour l'État fédéral américain au cours des 10 prochaines années.

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