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Triple meurtre : plus de ressources en psychiatrie légale, demandent des experts

Une voiture de la police devant un motel.

La criminologue Maria Mourani souhaite une réponse coordonnée de tous les intervenants pour empêcher les homicides en lien avec la santé mentale.

Photo : Radio-Canada / Kolya H. Guilbault

Radio-Canada

Le triple homicide survenu en pleine rue à Montréal et à Laval en début de semaine révèle les besoins en psychiatrie légale, font valoir des spécialistes.

Vendredi, on apprenait que le suspect souffrait de schizophrénie diagnostiquée en 2018 et qu'il était suivi par une infirmière en mars.

Des services d’accompagnement existent pour les patients souffrant de troubles mentaux, rappelle Cédric Andrès, chef du département de psychiatrie du CIUSSS Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

On a mis en place des équipes, elles font des visites à domicile, qui peuvent aller jusqu’à huit par mois selon les besoins du patient. Donc, nous faisons un suivi intensif, souligne-t-il.

Mais, pour la criminologue Maria Mourani, c’est insuffisant.

« Même si une infirmière vient le rencontrer à la maison le lundi ou la semaine avant le délit [et qu'il] a l'air de prendre ses médicaments [...], on n'est pas capable de savoir quand il va récidiver. On n'est pas capable de savoir quand il va passer à l'acte violent. »

— Une citation de  Maria Mourani, criminologue et présidente de Mourani-criminologie

Un problème de transition

Pour Mme Mourani, la question est d'autant plus compliquée lorsque le patient est confronté à un problème de santé mentale et qu'il a des antécédents pour lesquels il a été reconnu non responsable criminellement.

Lorsque cette personne se retrouve en prison, c'est l'institution carcérale qui gère le risque, la dangerosité qu'elle représente pour la communauté. Mais une fois qu'elle est sortie de prison, sa prise en charge est assurée par des maisons de transition publiques ou privées.

Les interventions auprès de personnes atteintes de troubles de santé mentale demandent un soin particulier et une attention assidue. La clé selon les intervenants du milieu : un suivi personnalisé et intensif. Mais avec le manque de ressources actuel, il est parfois difficile d'y arriver. Reportage de Gabrielle Proulx

Lorsque la personne n'est plus en prison, elle commence à manquer de ressources et de suivi. C'est là où se situe le risque. C'est un écart qu'il faut combler, souhaite Mme Mourani. C’est pourquoi elle demande une meilleure coordination des intervenants, tant dans la sphère criminelle qu'en santé mentale.

Selon le Dr Mathieu Dufour, psychiatre-légiste à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel à Montréal, où Abdulla Shaikh a été interné en 2018, pour qu'un patient soit libéré de son hôpital, il faut d'abord qu'il soit reconnu non criminellement responsable pour les gestes qu'il avait déjà commis. Puis, il faut l'avis de la Commission d'examen des troubles mentaux qui précise les conditions de suivi.

Le suivi dépend du risque que représente le patient, a-t-il ajouté. Soit c'est un suivi serré avec des visites à domicile, soit l'individu est envoyé en consultation externe à l'hôpital.

Même s'il reconnaît que le système présente des lacunes, il fait savoir que l'évaluation du risque est fondée sur des données scientifiques.

« Le taux de récidive des patients sortis des hôpitaux est beaucoup moins grand que celui de ceux qui ont séjourné en milieu carcéral, où il n'y a presque pas de suivi après. »

— Une citation de  Dr Mathieu Dufour, psychiatre-légiste

Dans nos établissements, c'est une équipe interdisciplinaire qui intervient avant de libérer un patient, souligne-t-il.

Pour prévenir les récidives de violence, le Dr Dufour prône l'augmentation des ressources dans les consultations externes et le renforcement des ressources spécialisées en psychiatrie légale.

Le Dr Amine Saadi, directeur intérimaire des programmes de la direction de la santé mentale, dépendances et itinérance du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, a affirmé que la structure suit des patients qui ont commis des actes criminels, mais qui sont reconnus non responsables. Toutefois, l'organisme dispose des leviers pour rapatrier un patient vers un hôpital dès que le risque de dangerosité est élevé, a-t-il assuré.

Avec les informations de Gabrielle Proulx

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