•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La violence des gangs en Haïti secoue sa diaspora à Montréal

Une femme se couvre le nez et la bouche en passant devant un barrage routier en feu.

Des routes de Port-au-Prince ont été bloquées à la mi-juillet pour dénoncer la pénurie de carburant.

Photo : Reuters / Ralph Tedy Erol

Maud Cucchi

Le cauchemar vécu depuis des semaines par Haïti, paralysé par des affrontements entre gangs d'une violence inouïe, ébranle la communauté haïtienne de Montréal. Plusieurs se sont confiés à Radio-Canada dans le quartier Saint-Michel et témoignent, même à distance, du chaos politique et de la criminalité galopante qui sévissent en Haïti.

Pendant que je sortais de l'école avec mon fils, on a essayé de nous kidnapper, confie Arestil Nadie, une mère de quatre enfants rencontrée à Montréal-Nord, où elle a déménagé après un exil en République dominicaine puis aux États-Unis.

Difficile pour elle d’oublier complètement la violence qui règne dans ce pays caribéen en proie à une grave crise politique, économique et sécuritaire depuis le début de l'année, tout particulièrement depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet.

Les gangs peuvent rentrer chez vous, et même si vous avez de grandes barrières, ils les scient, témoigne Mme Nadie. C’est du business. Parfois, ils pillent. Parfois, [ils entrent] pour tuer, pour kidnapper.

 Arestil Nadie en entrevue.

Menacée d'être kidnappée, Arestil Nadie est partie en exil avec ses enfants en passant par la République dominicaine et par les États-Unis.

Photo : Radio-Canada

Si elle a échappé de justesse à un tel sort, ce n’est malheureusement pas le cas de sa sœur ni d’un cousin, tous deux victimes des violences incontrôlées dans l’île, poursuit-elle.

« Je ne voulais pas rester là- bas, j’avais peur pour mes enfants et pour moi. »

— Une citation de  Arestil Nadie

Le Festival Haïti en Folie, qui s'est terminé à Montréal dimanche, a également été l'occasion pour les artistes et pour le public présents de manifester haut et fort leur soutien au peuple haïtien.

Enlisement

La protection de la population reste une grande préoccupation. Selon les Nations unies, entre le 8 et le 17 juillet 2022, plus de 471 personnes ont été tuées, blessées ou portées disparues.

L’ONU signale également de graves incidents de violence sexuelle à l'encontre des femmes, alors que des garçons sont recrutés par les gangs. Environ 3000 personnes ont également fui leur domicile, y compris des centaines d'enfants non accompagnés, tandis qu'au moins 140 maisons ont été détruites ou incendiées.

Ce qui me touche le plus, c'est le fait que la communauté internationale nous tourne le dos, dénonce à son tour Kenny Marchand, propriétaire haïtien du magasin MK Électro ménager depuis 25 ans.

Kenny Marchand en entrevue.

Kenny Marchand est propriétaire du magasin MK Électro ménager sur le boulevard Saint-Michel, à Montréal.

Photo : Radio-Canada

La distance géographique n’a pas effacé l’empathie et la compassion qu’il éprouve pour ses compatriotes. Mes frères et sœurs qui sont en train de mourir de faim… la faim encore, on est en 2022! s’indigne M. Marchand. Nous vivons comme si nous étions à Port-au-Prince, c’est très stressant, abonde Joseph Frédéric Louis, un autre Haïtien rencontré à Saint-Michel.

Sur l'île, l’explosion de la criminalité fait vivre la population dans la crainte des enlèvements crapuleux commis par des gangs surarmés qui font régner leur loi sur le pays et dissuade ceux qui souhaiteraient s’y rendre pour voyager.

J’ai des parents là-bas, c’est vraiment dur, confirme une jeune Haïtienne rencontrée dans les rues de Montréal.

On ne sait pas si on peut y aller, on se demande jusqu’où ça va aller, on a peur pour les gens là-bas, poursuit cette Haïtienne qui ne s’y est pas rendue depuis quatre ans.

De janvier à juin, l'ONU a recensé 934 meurtres à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Dans le quartier de Cité Soleil, la semaine du 8 juillet seulement, au moins 234 personnes ont été tuées ou blessées dans le cadre des violences liées aux gangs. Chez nous, la situation préoccupe évidemment beaucoup la diaspora haïtienne. Reportage de Mélissa François.

Armes et complicité

Les causes de la situation dramatique sont multiples, fait observer Jean Fils-Aimé. Cet analyste politique d’origine haïtienne se questionne notamment sur la provenance des armes en circulation, des armes de guerre, qui coûtent cher.

Toutes les enquêtes démontrent que ces armes arrivent par les États-Unis, transitent par la République dominicaine et aboutissent en Haïti, dit-il. Mais qui a l’argent pour les acheter? Les garçons qu’on voit avec viennent des quartiers pauvres.

Selon lui, la provenance des armes s'avère multiple : les gens d’affaires et les hommes politiques les utilisent comme moyen pour intimider leurs concurrents, analyse-t-il. Beaucoup d’entre eux possèdent des ports privés par lesquels les livraisons pourraient transiter.

Nombreux sont ceux qui pointent aussi la responsabilité de l’État, à l’instar de Joseph Frédéric Louis.

Théoriquement, Haïti est un pays indépendant, mais il ne l’est pas totalement, car il est sous la tutelle de grandes puissances étrangères, fait-il remarquer. Nous ne trouvons plus de gens [pour gouverner] comme nos ancêtres qui s'étaient sacrifiés pour nous donner cette liberté.

D'après les informations de Mélissa François

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !