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« La petite fille au napalm » aide des Ukrainiens à s’installer au Canada

Kim Phuc Phan Thi près de la porte d'un avion.

Kim Phuc Phan Thi prend la pose près d'un avion qui transporte des Ukrainiens au Canada depuis Varsovie.

Photo : La Presse canadienne / offerte par KIM Foundation International

Radio-Canada

Des larmes ont coulé sur le visage de Kim Phuc Phan Thi au moment où elle se tenait à l'entrée d'un avion destiné à transporter de nouveaux arrivants ukrainiens de Pologne au Canada le mois dernier.

Cet avion est orné d'une célèbre photo en noir et blanc de Mme Phan Thi, prise alors qu'elle était âgée de neuf ans. Depuis la publication de cette photo, en 1972 – une des photos les plus importantes de l’histoire du photojournalisme –, Mme Phan Thi est surnommée la petite fille au napalm. On la voit nue, hurlant et fuyant des incendies causés par des bombes au napalm pendant la guerre du Vietnam.

Kim Phuc, « La petite fille au napalm » (Vietnam, 1972).

Kim Phuc, « La petite fille au napalm » (Vietnam, 1972)

Photo : AP / Nick Ut

Cette photo a été prise il y a 50 ans. Aujourd’hui, Mme Phan Thi participe à l’aide humanitaire. Elle aide des Ukrainiens à fuir la guerre dans leur pays pour trouver refuge au Canada, tout comme elle-même l'a fait il y a des décennies.

Je me suis souvenue de ce qui leur arrive. [...] Je suis passée par là. Je comprends ce dont ils ont besoin, a-t-elle déclaré en entrevue depuis sa maison d'Ajax, en banlieue de Toronto.

« Je suis immensément reconnaissante d'être en vie, d'être là pour eux, de leur donner de l'espoir. »

— Une citation de  Kim Phuc Phan Thi

Il y a des années, Mme Phan Thi a fondé une organisation qui vise à aider les enfants touchés par la guerre. Elle travaille actuellement à soutenir les nouveaux arrivants ukrainiens et espère participer à d'autres vols similaires à celui qu'elle a effectué le mois dernier.

Elle explique avoir reçu un courriel d'une organisation de justice sociale qui lui demandait la permission d'utiliser la célèbre photo sur la carlingue de son avion.

Enrique Pineyro, pilote et fondateur de l'organisation Solidaire, avait prévu d’y transporter, de Varsovie à Regina, plus de 200 Ukrainiens.

Kim Phuc Phan Thi et Enrique Pineyro près de la porte d'un avion.

Mme Phan Thi et le pilote Enrique Pineyro

Photo : La Presse canadienne / offerte par KIM Foundation International

J'ai dit : "Wow, c'est merveilleux. Nous pouvons travailler ensemble", a déclaré Mme Phan Thi. Parce que c'est ça, l'impact de [cette] photo, même 50 ans [plus tard], n'est-ce pas?

Mme Phan Thi, 59 ans, a donné la permission d'utiliser la photo et a demandé si elle pouvait se joindre au voyage, une demande que M. Pineyro a rapidement acceptée.

Des traitements 50 ans plus tard

Le voyage a toutefois nécessité une planification minutieuse.

Mme Phan Thi suit des traitements au laser à Miami pour réparer certaines des lésions cutanées causées par le napalm. Sa douzième séance de laser était prévue quelques jours seulement avant son départ pour Varsovie.

J'ai dû demander à mon médecin de faire un traitement plus léger, parce que si elle me traite très profondément ou très fort, je dois rester à la maison pendant deux mois.

Mme Phan Thi a finalement pu accueillir les 236 Ukrainiens qui ont pris l'avion.

Je suis restée juste à côté de ma photo dans le grand avion. Ils montaient les escaliers et j'étais là, à la porte, pour les accueillir, se souvient-elle.

Je me suis dit qu'à ce moment-là, oui, il y a 50 ans, j'étais au mauvais endroit au mauvais moment. Mais maintenant, je suis au bon moment et au bon endroit. Je suis là pour donner de l'espoir à ces gens.

Souvenir indélébile

Mme Phan Thi se souvient parfaitement de ce qui a été capté sur cette célèbre photo. Ce jour-là, des avions de l’armée sud-vietnamienne ont largué des bombes au napalm sur son village par erreur.

Elle jouait dehors près d'un abri anti-bombes avec d'autres enfants après le déjeuner lorsqu'un soldat leur a soudainement crié de courir.

J'ai vu l'avion, il arrivait très vite, il était très proche et très bruyant, raconte-t-elle.

Je suis restée là. J'étais une enfant, je devais courir, mais je ne l'ai pas fait. Je suis restée là. Puis j'ai tourné la tête, j'ai vu l'avion. Et puis j'ai vu quatre bombes.

Une série d’explosions ont retenti au-dessus de nos têtes et des flammes ont jailli, se souvient-elle.

Il y avait du feu partout autour de moi. Et, bien sûr, mes vêtements brûlaient aussi. J'ai vu du feu sur mon bras. Elle raconte s'être brûlée à la main droite après avoir essayé d'essuyer le napalm sur son bras gauche.

Par la suite, quand je suis [sortie] de l’incendie, j'ai vu mes frères [...], puis j'ai vu mes deux cousins, puis des soldats sud-vietnamiens. On s’est alors mis à courir, courir, courir.

À un moment donné, elle s'est fatiguée et a crié : Trop chaud! Trop chaud! Elle se souvient qu'un soldat lui a donné de l'eau à boire.

Il a essayé de m'aider, il a versé l'eau sur moi, a-t-elle dit.

J'ai perdu connaissance. Je ne me souviens de rien [après ce moment].

Cette célèbre photo a été prise par le photographe Nick Ut, de l'Associated Press.

Nick Ut et Kim Phuc Phan Thi à Los Angeles en 2013.

Nick Ut et Mme Phan Thi à Los Angeles en 2013

Photo : AP Photo / Damian Dovarganes

Apprendre à vivre avec amour

Mme Phan Thi a déménagé au Canada en 1992. Elle est ensuite devenue mère.

Je ne veux pas que mon bébé souffre comme cette petite fille, comme moi-même lorsque j'étais enfant, a-t-elle déclaré. Cette photo a vraiment eu un grand impact dans ma vie et je la considère comme un cadeau puissant qui me permettra d’agir tant que je serai en vie.

Mme Phan Thi est ambassadrice de bonne volonté de l'UNESCO et a passé des années à voyager dans le monde entier pour donner des conférences et pour raconter son histoire.

Elle a également fondé la Fondation Kim International pour soutenir les enfants touchés par la guerre.

Depuis le début de la pandémie, elle consacre du temps à s'occuper de sa mère vieillissante, atteinte de démence, et tente d'aider son frère, qui habite au Vietnam, à obtenir un visa pour se rendre au Canada afin de réaliser le souhait de sa mère de le voir.

Mme Phan Thi espère soutenir les nouveaux arrivants ukrainiens en leur communiquant les leçons qu'elle a apprises au fil des ans.

J'ai appris à vivre avec amour, espoir et pardon, dit-elle. Nous devons travailler pour la paix.

Avec les informations de La Presse canadienne

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