•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une Ottavienne doit se rendre à Brampton pour recevoir l’aide médicale à mourir

Margaret Bristow assise sur son canapé.

Margaret Bristow tente depuis des années d’obtenir les autorisations requises pour l’aide médicale à mourir à Ottawa. Après avoir essuyé plusieurs refus, elle recevra cette aide le 10 août prochain dans un hôpital de Brampton, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Ki Sun Hwang/CBC

Radio-Canada

Incapable d’obtenir l’aide médicale à mourir dans sa région, une Ottavienne se rendra à Brampton afin de recevoir ce traitement.

Margaret (Maggie) Bristow essaie depuis plusieurs années d’obtenir les autorisations requises pour l’aide médicale à mourir. Elle soutient que l’attente a considérablement réduit sa qualité de vie. La semaine prochaine, elle recevra cette aide dans une autre région, à cinq heures de route de chez elle.

Mme Bristow qualifie ses douleurs chroniques d'intolérables et de paralysantes. Elle souffre de fibromyalgie, d'arthrite de la colonne vertébrale, de discopathie dégénérative, de sténose lombaire et de plusieurs autres problèmes au dos.

J'ai l'impression que les gens prennent des pics à glace et me les enfoncent dans la poitrine. J'ai l'impression que ma peau brûle sur mon corps 24 heures sur 24 et sept jours sur, explique Mme Bristow, assise, immobile, sur son canapé.

Pendant 20 ans, Margaret Bristow a dormi en position assise, raconte-t-elle, en raison de ses maux de dos.

Ces derniers temps, j'ai l'impression que le bas de ma colonne vertébrale va sortir de ma peau, raconte Mme Bristow, son visage crispé par la douleur.

Margaret Bristow a œuvré dans l’industrie de l'aérospatiale il y a des décennies. Un des meilleurs moments de ma vie, se souvient-elle. Amoureuse des chiens, elle a également tenu un refuge.

Toutefois, à partir de 1998, elle a commencé à ressentir de la douleur et son état de santé s’est rapidement dégradé.

Elle raconte avoir consulté un neurologue, des neurochirurgiens et des spécialistes de la douleur. Elle a également essayé diverses thérapies ainsi que des opioïdes pour apaiser ses douleurs chroniques.

Rien n'a vraiment fonctionné pour moi, témoigne Mme Bristow.

Margaret Bristow dit avoir fait une demande à trois reprises pour obtenir l’aide médicale à mourir depuis la décriminalisation de cette mesure, en 2016 : deux fois avant et une fois après les récentes modifications législatives de 2021, qui ont élargi les critères d’admissibilité.

À ces trois occasions, dit-elle, ses évaluateurs d'Ottawa ont rejeté sa demande.

Lorsqu'elle a demandé pourquoi elle avait essuyé trois refus, Mme Bristow soutient qu'on lui a expliqué que son évaluateur n'était pas à l'aise d'approuver sa requête.

Ils m'ont abandonnée, laissée de côté avec ma douleur [...]. Ils ont choisi de rendre ma vie horrible, dit-elle.

Margaret Bristow assise dans son salon à Ottawa en juillet dernier.

Margaret Bristow, assise dans son salon à Ottawa, a appris en juillet que sa demande pour recevoir l’aide médicale à mourir avait été approuvée dans la région du Grand Toronto.

Photo : Radio-Canada / Nick Persaud/CBC

Demander de l’aide ailleurs

Selon le cadre législatif fédéral, un patient doit avoir des problèmes de santé graves et irrémédiables pour être admissible à l’aide médicale à mourir (AMM). Cela signifie qu’il doit souffrir d’une maladie ou d’un handicap grave et incurable et que ses capacités doivent être jugées dans un état de déclin avancé et irréversible.

De plus, il doit endurer des souffrances physiques ou psychologiques qui lui sont intolérables et qui ne peuvent pas être soulagées dans une mesure qu'il juge acceptable.

Depuis 2021, des patients comme Margaret Bristow sont admissibles à l'aide médicale à mourir même si la mort naturelle n'est pas raisonnablement prévisible.

Le printemps dernier, son médecin de famille a soumis son dossier à des évaluateurs qui traitent les demandes d’AMM dans la région de Toronto.

Margaret Bristow a appris que sa requête avait été approuvée en juillet.

Après toutes ces années de combat, j'obtiens enfin ce dont j'ai besoin, a-t-elle dit, l’air soulagé.

L’intervention est prévue le 10 août à Brampton, en Ontario. Pour s’y rendre, elle devra prendre de puissants analgésiques afin d'atténuer sa douleur durant le trajet.

Elle a choisi de subir l’intervention dans un hôpital parce qu'elle veut faire don de ses organes.

Je pensais qu'Ottawa était la capitale du Canada. Pourquoi ne m’offrent-ils pas l’intervention ici? Pourquoi me forcent-ils à me déplacer? Honte à Ottawa, lance Mme Bristow, qui est confinée à la maison depuis des années.

Margaret Bristow se laisse prendre en photo.

Margaret Bristow a tenté pendant plusieurs années d'obtenir l'aide médicale à mourir à Ottawa, où elle vit.

Photo : Radio-Canada / Nick Persaud/CBC

Les résultats en matière d'admissibilité peuvent différer selon le clinicien

La Dre Chantal Perrot est médecin de famille à Toronto et partenaire du programme d'aide médicale à mourir. Elle dit avoir évalué quelques patients de la région d’Ottawa qui avaient de la difficulté à trouver un évaluateur en temps opportun.

Cela fait partie du problème. Nous ne sommes pas si nombreux à travers le pays, dit-elle.

La Dre Perrot explique que la coordination de l'aide médicale à mourir n'est pas uniformisée à l'Échelle du pays. Par exemple, alors qu'Ottawa a un réseau régional, ce n’est pas le cas à Toronto.

Il n'est pas rare d'entendre parler de patients qui se déplacent pour obtenir l'AMM en Ontario, dit-elle, car il se peut qu'il n'y ait pas de professionnels de la santé à proximité, disposés ou capables de fournir l'aide médicale à mourir dans certaines régions.

Certains sollicitent les services dans une autre province.

Chaque évaluateur prend une décision clinique en ce qui concerne l'admissibilité d'un patient au cas par cas, en fonction de son interprétation de la législation, des antécédents et des problèmes de santé du patient, explique la Dre Perrot.

Il n'est pas rare qu'une personne soit déclarée inadmissible par un évaluateur mais jugée admissible par un autre, dit la Dre Perrot.

Respect de la décision des médecins

Le programme régional d’aide médicale à mourir à Ottawa, le Champlain Regional Medical Assistance in Dying Network, dont l’Hôpital d’Ottawa est partenaire, a refusé d’accorder une entrevue. Dans une réponse écrite envoyée par courriel, le gestionnaire du programme souligne que tous les professionnels de la santé participent sur une base volontaire.

Si un médecin ou une infirmière praticienne n’est pas disponible ou mal à l'aise pendant le processus, le réseau a indiqué qu'il faisait tout son possible pour orienter les patients vers d'autres prestataires qui peuvent les soutenir.

Le droit à l'objection de conscience est une valeur et un principe fondamental du réseau. Si un fournisseur n'est pas disposé à accepter un cas, nous respectons ce droit, écrit le gestionnaire du programme régional d’aide médicale à mourir à Ottawa.

Le ministère de la Santé de la province a également refusé d'accorder une entrevue. Il a déclaré dans une réponse écrite que si un réseau régional refusait un patient, son service de coordination des soins aiderait à le mettre en contact avec des cliniciens alternatifs.

Un réseau régional peut avoir ses propres problèmes de capacité, de ressources ou de politiques internes qui peuvent l'empêcher de fournir l’aide médicale à mourir à certains patients, a ajouté le ministère.

Le monde perd un joyau, dit une amie

Ann Marie Gaudon a rencontré Margaret Bristow par l'intermédiaire de l'Association canadienne de la douleur chronique. Elle la considère maintenant comme une bonne amie.

J'ai vu une femme incroyablement fière. J'ai vu de la grâce, j'ai vu de la prévenance, de la générosité, beaucoup d'amour et même des moments d'humour malgré la situation, témoigne Mme Gaudon.

Elle qualifie Mme Bristow de survivante, d’un bout à l’autre.

Maggie est un joyau et nous allons tous la regretter. Le monde va la regretter, dit Mme Gaudon.

Margaret Bristow a déclaré qu'elle souhaitait communiquer son histoire dans l'espoir que d'autres personnes dans sa situation ne rencontrent pas autant d'obstacles.

Une photo de Margaret Bristow avec son défunt fiancé, Brian.

Une photo souvenir de Margaret Bristow avec son défunt fiancé, Brian.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Ki Sun Hwang/CBC

Tout en tenant une photo d'elle et de son défunt fiancé Brian, Margaret Bristow a confié qu'elle avait hâte de retrouver son âme sœur.

C'est l'amour de ma vie, a-t-elle déclaré. Peu de gens rencontrent leur véritable amour. Je l'ai rencontré et je l'ai eu avec moi pendant quatre ans et demi... J'espère le voir bientôt.

Avec les informations de Priscilla Ki Sun Hwang, CBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !