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Un service d’analyse de drogues lors de festivals à Montréal

Depuis le début de l’année à Montréal, un organisme offre un service d'analyse de drogue en marge des festivals de musique et des raves.

Foule réunie dans le cadre d'Osheaga.

Malgré les fouilles et leur interdiction, la consommation de drogues illégales est une réalité dans les festivals.

Photo : Radio-Canada / Jérome Lafon

Marie-Isabelle Rochon

Après des années à le réclamer, le Groupe de recherche et d'intervention psychosociale (GRIP) a obtenu une exemption de Santé Canada pour analyser des substances grâce à un spectromètre. L'objectif : accroître la sécurité des consommateurs et éviter les surdoses lors des festivals.

C'est toujours une inquiétude, parce que j'ai beaucoup d'amis qui ont eu des problèmes avec le fentanyl. Donc, je trouve que ce service-là, c'est quelque chose qui devrait se faire plus souvent.

C'est ce qu'explique Judith (nom fictif). Elle est assise à l'arrière de la camionnette du GRIP, aménagée en laboratoire mobile.

Le véhicule est stationné à quelques pas de l'entrée du site d'Osheaga. Judith et son amie Sarah (nom fictif) sont venues faire analyser la cocaïne qu'elles comptent consommer.

Un petit échantillon de la substance est prélevé et déposé sur un spectromètre. Grâce à ce nouvel instrument, le GRIP peut déterminer précisément la composition d'une drogue en la comparant avec une vaste bibliothèque de données informatiques.

Après quelques minutes, les résultats s’affichent : l'échantillon de cocaïne analysé contient de la lidocaïne, un analgésique. C'est un agent de coupe qui est quand même fréquent dans la cocaïne, note Roxanne Hallal, coordonnatrice du service d’analyse de substance du GRIP.

Une fourgonnette avec le logo GRIP est stationnée au parc Jean-Drapeau. Ses portes sont ouvertes.

Le service mobile d’analyse de substances du GRIP était installé quelques jours au parc Jean-Drapeau, en marge du festival Osheaga.

Photo : Radio-Canada / Sebastien Lauzon

L'analyse avec un spectromètre a tout de même des limites. Ça ne veut pas dire que c'est sûr que c'est seulement ça qui est dedans, parce que tout ce qu'il y a en bas de 5 %, on ne peut pas le voir, ajoute-t-elle.

Depuis le début de l’année, le GRIP a offert des services d’analyse de drogue dans une dizaine d'événements festifs à Montréal.

Pour les mois d’avril et de mai 2022, 83 échantillons de drogues ont été analysés par l’organisme. Le GRIP signale que 24 échantillons de MDMA ont été analysés, mais 50 % d’entre eux ne contenaient pas de MDMA. Un échantillon contenait de la méthamphétamine, un autre contenait de la N-éthylpentylone et 10 échantillons contenaient de la MDA.

MDMA : souvent appelé ecstasy.

MDA : substance similaire au MDMA, mais dont les effets sont plus hallucinogènes et durent plus longtemps.

N-éthylpentylone : membre de la famille des substances parfois appelées sels de bain ou bath salts.

Un service légal pour quelques organismes

Au Québec, depuis un an, six organismes ont obtenu une exemption de Santé Canada pour analyser les drogues des consommateurs. La plupart de ces services sont offerts dans les centres de consommation supervisée à Montréal. Cette exemption permet de manipuler une substance illégale afin de l'analyser, de la redonner au consommateur ou de la détruire si ce dernier ne souhaite pas la garder.

Selon Santé Canada, les centres peuvent être établis dans des zones où il existe un besoin de santé publique lié aux surdoses de drogues et peuvent répondre à des besoins à court ou à long terme.

Photo d'un spectromètre.

Le spectromètre a coûté un peu plus de 50 000 $. Il peut déterminer la composition de centaines de substances.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Lauzon

Offrir ce service en milieu festif était réclamé par les festivaliers et par les intervenants du milieu depuis des années, explique Magali Boudon, directrice générale du GRIP.

« On a eu tendance, particulièrement avec la crise des surdoses, à oublier cette population consommatrice. C'est tellement récréatif et de temps en temps, qu'ils sont beaucoup moins au courant de ce qu'il se passe sur le marché de la consommation. »

— Une citation de  Magali Boudon, directrice générale du GRIP

Ils ont moins de connaissance au niveau des substances, ça peut être un danger dans ces cas-là pour une personne dans sa prise de risque.

Une question sensible

La question est délicate pour les organisateurs de festivals. Les drogues illégales sont fréquemment consommées lors de ces événements, malgré les fouilles et leur interdiction.

Nicolas Cournoyer, vice-président aux affaires publiques et responsabilité sociale pour Piknic Electronik et Igloofest, avoue que la consommation de drogue est une réalité du milieu de la musique électronique.

Ça existe, c'est une réalité. Après ça, c'est ce qu'on fait pour s'assurer qu'on est proactif pour [...] que les gens [aient] la meilleure expérience possible.

Depuis plusieurs années, Igloofest et Piknic Electronik collaborent avec le GRIP pour offrir un service d’information et de soutien aux festivaliers qui consomment des substances illicites.

Pour le moment, Nicolas Cournoyer se dit réticent à offrir un service d’analyse de drogue à l’intérieur même du site de Piknic Electronik cet été.

L'intérieur de la fourgonnette du GRIP contient une table, des bancs et des instruments pour analyser les drogues.

L'intérieur de la fourgonnette du GRIP a été transformé en laboratoire mobile.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Lauzon

Il y a un paradoxe, explique-t-il. L’exemption du GRIP, c’est pour l’analyse de la substance, mais la substance en tant que telle est encore illégale.

La fourgonnette d’analyse du GRIP sera tout de même présente au moins une fois cet été, à l’extérieur des clôtures de l'événement.

Les organisateurs de Fierté Montréal voient les choses différemment. La fourgonnette d'analyse du GRIP sera présente à l'esplanade du stade olympique, dans le cadre des festivités, le 7 août prochain.

Le directeur général de Fierté Montréal, Simon Gamache, soutient que la pandémie a été difficile pour plusieurs membres de la communauté LGBTQIA+ qui ont perdu des proches en raison de surdoses. Il y a eu de la consommation, plein d'enjeux de santé publique, explique-t-il. Il croit que l’analyse de substances est un pas de plus pour prévenir les risques.

Hausse des surdoses

La santé publique de Montréal recense une hausse des surdoses au cours de la dernière année. Il est en revanche impossible de comptabiliser les interventions reliées uniquement aux événements festifs à Montréal.

La crainte du fentanyl est toujours présente, selon Stéphane Smith, porte-parole chez Urgences-Santé.

« On associait souvent le fentanyl à des drogues de rue ou aux itinérants. Mais maintenant, on voit cette drogue-là beaucoup plus chez Monsieur et Madame Tout-le-Monde. »

— Une citation de  Stéphane Smith, porte-parole chez Urgences-Santé

Une crainte que partage la médecin de famille Marie-Ève Morin, qui oeuvre en santé mentale et en dépendance. Depuis 2017, son organisme Projet Caméléon collabore avec différents festivals pour réduire les méfaits. Projet Caméléon utilise la colorimétrie pour analyser les drogues des festivaliers : une technique moins coûteuse, mais parfois moins précise qu’un spectromètre.

L’analyse de drogue n'augmente pas la consommation, mais la diminue, soutient-elle. Quand on a une personne devant nous qui vient d'acheter 10 speed et qu'on lui dit : "Il y a des traces de fentanyl là-dedans", [elle] ne le[s] consommera pas.

Cette année, son équipe a reçu l'aval du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec pour effectuer légalement l'analyse de substances au festival Éclipse qui se déroulait à la fin de juillet en Outaouais.

L’analyse de substances devient une façon d’établir un dialogue avec les consommateurs.

Une manière d’éviter les mauvaises surprises et de réduire les risques de santé auprès des consommateurs.

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