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Une politique sur l’identité autochtone qui fait des heureux et suscite des questions

Ce sera aux Autochtones de déterminer qui est autochtone à l’Université de la Saskatchewan.

Image d'un certificat de statut indien avec la photo floutée en noir et blanc d'une femme aux cheveux noirs.

Ce certificat de statut indien du gouvernement fédéral est l'une des pièces d'identité qui sont acceptées par l'Université de la Saskatchewan comme preuve qu'une personne est autochtone.

Photo : site web Immigration et Citoyenneté Canada

Radio-Canada

Après des mois de consultation et la mise sur pied d’un comité de travail composé de représentants autochtones, l'Université de la Saskatchewan a récemment annoncé comment elle allait s’y prendre, désormais, pour vérifier qu’une personne qui se dit autochtone l’est bel et bien.

Pour vérifier l’identité des personnes souhaitant accéder à des emplois réservés aux Autochtones ou obtenir des bourses qui leur sont destinées, l'Université s'en remettra aux gouvernements autochtones.

Cela signifie qu’on se fiera à la carte de bande délivrée par le gouvernement fédéral dans le cas des Premières Nations ou à l’inscription au registre des citoyens métis dans le cas des Métis.

Ces deux solutions peuvent toutefois poser problème.

L’automne dernier, l’Université de la Saskatchewan s’est retrouvée en pleine tempête après une enquête de CBC démontrant que la professeure Carrie Bourassa, qui prétendait être autochtone, ne l’était pas. Cette dernière a par la suite démissionné.

Carrie Bourassa en 2019, lors d’un TEDx talk à Saskatoon.

En 2019, à l'occasion d’un TEDx Talk ayant eu lieu à Saskatoon, Carrie Bourassa avait publiquement dit qu'elle était métisse et anishinaabe et qu'elle avait subi du racisme.

Photo : (YouTube.com)

Jusque-là, l’Université s’appuyait sur un régime de confiance. Si quelqu’un se proclamait autochtone ou métis, cela suffisait.

Cependant, dans une entrevue récente, le président de l’Université, Peter Stoicheff, a déclaré que l'autoproclamation n’était plus adéquate et qu’il faudrait dorénavant documenter et vérifier l’appartenance des personnes désirant accéder à un poste réservé aux Autochtones ou obtenir une bourse qui leur serait destinée.

L'Université a mis sur pied un groupe de travail autochtone de 28 membres, composé d'aînés, de dirigeants et de gardiens du savoir autochtones, pour déterminer la future marche à suivre. Le 8 juillet, elle a annoncé sa nouvelle politique.

Selon Peter Stoicheff, le groupe de travail a conclu que l'Université ne doit pas décider qui est ou n’est pas autochtone, mais plutôt se tourner vers les gouvernements autochtones et métis, qui détermineront quelle documentation est nécessaire.

Membre du groupe de travail, le chef du Conseil tribal de Saskatoon, Mark Arcand, estime que l’Université est sur la bonne voie. Il est heureux que l'établissement se soit tourné vers les Autochtones pour clarifier les attentes pour les candidats aux emplois réservés aux Autochtones.

À ses yeux, déterminer qui est autochtone est assez simple.

« Si quelqu’un te demande de prouver qui tu es, boum! Tu peux le démontrer tout de suite. »

— Une citation de  Mark Arcand, chef du Conseil tribal de Saskatoon et membre du groupe de travail

Cette preuve, c’est la carte du gouvernement fédéral qui confirme son statut d'Indien à chaque membre des bandes des Premières Nations.

Mark Arcand en entrevue.

La carte reste un bon outil, selon Mark Arcand, parce qu’elle «permet de vérifier qu’une personne a des liens dans une Première Nation».

Photo : Radio-Canada / Chanss Lagaden

Ces cartes prouvent qu’une personne a une mère ou un père autochtone et qu'elle est un descendant ou une descendante légitime des traités signés avec les peuples autochtones.

Cette carte a vraiment du poids pour justifier que vous avez des racines dans les Premières Nations, dit-il. Je pense parler au nom des Autochtones, et je suis pas mal certain que tous les chefs dans la province m’appuieraient et diraient : oui, montrer son identité, c’est montrer sa carte.

Il dit que l’époque où seule la bonne foi comptait est révolue. Nous sommes fiers de montrer notre citoyenneté avec cette carte.

Une carte qui relève du système colonial

Néanmoins, certaines personnes trouvent offensante l’idée de devoir montrer une carte pour prouver leur identité.

Réal Carrière, un Cri et Métis qui est professeur à l'Université du Manitoba, raconte que plus tôt cette année, il a déposé sa candidature à un poste réservé aux Autochtones. Il l’a retirée quand il a compris que l’Université lui demanderait des documents prouvant qu’il est membre ou citoyen d’une Première Nation.

Dans une entrevue accordée à CBC le mois dernier, il explique : Notre identité a été contrôlée pendant des générations, et maintenant, on la réduirait à une carte ou à un morceau de papier? C’est ça, la réconciliation?

Réal Carrière a raconté au Globe and Mail qu’il rencontrait les critères pour obtenir une carte de bande et pour être inscrit à un registre de citoyenneté métisse. Cependant, selon le journal, il refusait de produire ces documents, qui relèvent du système colonial mis en place pour contrôler les peuples autochtones.

Il trouve cette exigence offensante, troublante, et pense qu’elle est simplement mauvaise.

Réal Carrière et sa soeur dans la nature en été.

Réal Carrière et sa sœur Michela ont grandi en Saskatchewan, sur une ligne de trappe dans le nord du delta Cumberland. Professeur à l’Université du Manitoba, il voulait travailler en Saskatchewan, mais il s’est désisté quand il a compris qu’on allait lui demander de prouver son identité.

Photo : askiholisticadventures.com

Il ajoute que le comité de l’Université qui l’a interviewé pour le poste, composé en majorité d'Autochtones, a conclu qu’il était autochtone.

Peter Stoicheff dit ne pouvoir commenter cette situation, qui comporte des renseignements personnels dont il ne peut parler.

Toutefois, il rappelle qu’il s’est engagé auprès des chefs autochtones à ce que l'Université se tourne vers les communautés pour vérifier l’identité autochtone d’une personne.

Il n’agirait pas en vrai partenaire, dit-il, s'il affirmait maintenant à ces chefs que l'Université s’apprête à embaucher une personne sur la recommandation d’un comité formé de membres de son personnel.

Mark Arcand est d’accord avec Réal Carrière sur le caractère colonial de la carte de bande, mais il dit aussi que tant qu’on ne le change pas, on doit se plier au système en place.

Le critère de la citoyenneté chez les Métis

Le problème est plus complexe pour les Métis.

Selon le recensement, il y a 80 000 Métis en Saskatchewan, mais seuls 25 000 sont inscrits au registre de la Nation métisse de la Saskatchewan, l’organisme qui les représente.

Le registre a été mis en place en 2009.

Analyste politique à Regina, Chris Belhumeur s’est soumis au processus pour obtenir sa carte de citoyen métis. Ce processus, selon lui, est rigoureux.

Une carte de citoyenneté métisse délivrée par la Nation métisse de la Saskatchewan.

La Nation métisse de la Saskatchewan est le gouvernement des Métis. L'organisme a établi son registre en 2019.

Photo : Metisnationsk.com

Il faut fournir une recherche généalogique prouvant votre identité, qui comprend des certificats de naissance, de mariage, de décès, qui montrent exactement qui vous êtes, dit-il.

Il n'avait pas demandé sa carte avant le scandale lié à l’affaire Bourassa. Jusqu’à tout récemment, il ne croyait pas que la Nation métisse de la Saskatchewan était en mesure de gérer correctement ce registre, et il ne croyait pas nécessaire d’obtenir la carte.

Toutefois, il considère maintenant que le registre est la référence absolue pour garantir l’identité métisse.

Vice-doyenne à l'engagement auprès des Autochtones, Angela Jaime a présidé le groupe de travail de l’Université de la Saskatchewan. Il est clair, selon elle, que si de nombreux Métis sont à l’aise avec le registre de citoyenneté métisse, tout le monde ne veut pas s’inscrire en tant que citoyen.

Certaines personnes ne veulent pas être membres d’une organisation politique, et la politique [adoptée par l’Université] en tient compte, affirme-t-elle.

Angela Jaime explique que l'Université et la Nation métisse de la Saskatchewan se sont entendues pour offrir deux options à une personne métisse qui poserait sa candidature à un poste réservé aux Autochtones.

Cette personne pourrait démontrer son identité à l’aide de sa carte de citoyenneté métisse, ou elle pourrait faire le processus de vérification de la citoyenneté et recevoir une lettre de la Nation métisse authentifiant son identité.

Cette personne n’aurait pas à être une citoyenne de la Nation métisse de la Saskatchewan; elle n'aurait qu'à remplir le critère, explique Angela Jaime.

En entrevue, le président de la Nation métisse de la Saskatchewan, Glen McCallum, a contredit les propos de Mme Jaime, mais plus tard dans la journée, la Nation métisse de la Saskatchewan a confirmé dans un courriel que tels étaient bien les termes de l’accord entre l’Université et l’organisme.

Et les Autochtones non inscrits?

Autochtone non inscrit vivant en Colombie-Britannique, Kelly Mortensen concède que les Autochtones autoproclamés représentent un problème, mais il trouve aussi un angle mort à la nouvelle politique.

« Qu’est-ce qu’on fait de moi? »

— Une citation de  Kelly Mortensen, Autochtone non inscrit

Il explique que tout en étant autochtone, il n’a pas de communauté. Selon son certificat de naissance, il a des ancêtres autochtones et tchèques.

Sa mère était une pied-noire et son père était un Cri, mais il n’a pas connu son père et il dit que sa mère a vécu éloignée de ses racines.

Je peux pointer un territoire, mais pas une communauté, dit-il.

Une femme aux cheveux bruns et au chandail noir avec rayures blanches sourit à l'extérieur, près d'un arbre.

La vice-doyenne Angela Jaime a présidé le groupe de travail de 28 personnes à l'origine de la nouvelle politique. Elle espère que l'Université servira de modèles aux autres établissements.

Photo : Université de la Saskatchewan

Selon Angela Jaime, l’Université met sur pied un comité composé d’Autochtones pour réfléchir à ce type de situations. Elle ajoute qu’il pourrait aussi y avoir des défis dans le cas d’Autochtones venus d’autres pays. Le comité devra se pencher aussi sur cette question.

D’après elle, l’Université de la Saskatchewan est la première au pays à approuver une politique sur l’identité autochtone. Elle espère qu’elle pourra servir de modèle pour les autres.

Cela crée un changement systémique qui, avec le temps, aidera tout le monde, affirme la vice-doyenne.

Avec les informations de Geoff Leo

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