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Nancy Pelosi veut montrer un « appui sans équivoque » à la démocratie taïwanaise

Joseph Wu accueille Nancy Pelosi à son arrivée.

Le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph Wu, a accueilli Nancy Pelosi à son arrivée à l'aéroport Taïwan-Taoyuan, vers 22 h 45, heure locale.

Photo : Reuters / Gracieuseté du ministère taïwanais des Affaires étrangères

Radio-Canada

Malgré les menaces et la colère des autorités chinoises, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, est arrivée à Taïwan, où elle se prépare pour une journée de rencontres dans un contexte de vives tensions.

Selon des médias locaux, elle va s’entretenir avec la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, mercredi, avant de repartir en fin de journée pour poursuivre son voyage en Asie.

Un manifestant tient une pancarte insultant Nancy Pelosi.

Des manifestants ont exprimé leur mécontentement à l'égard de la visite de Nancy Pelosi devant le Grand Hyatt Hotel, où elle passe la nuit.

Photo : AFP / Annabelle Chih

Dans une lettre ouverte publiée par le Washington Post quelques instants après son arrivée, Mme Pelosi écrit que cette visite montre l’appui sans équivoque des États-Unis à la vibrante démocratie taïwanaise.

Nous ne pouvons rester immobiles pendant que le PCC [Parti communiste chinois] continue de menacer Taïwan, et la démocratie elle-même, ajoute-t-elle, évoquant notamment la répression brutale de Pékin contre des manifestants prodémocratie à Hong Kong et le traitement de la minorité musulmane ouïgoure.

« La solidarité de l'Amérique avec les 23 millions d'habitants de Taïwan est plus importante aujourd'hui que jamais, alors que le monde est confronté à un choix entre autocratie et démocratie. »

— Une citation de  Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis

Elle écrit toutefois que cette visite ne contredit en aucun cas la politique de longue date des États-Unis dans la région. Depuis 1979, les États-Unis ne reconnaissent qu'un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien décisif à Taipei. Depuis des décennies, Washington cultive également une ambiguïté stratégique à l’égard de Taïwan, s’abstenant de dire s’il défendrait ou non militairement l’île en cas d’invasion des forces chinoises.

Au cours des derniers jours, des représentants de l'administration Biden ont tenté de minimiser la portée de cette visite.

Nancy Pelosi pose pour une photo sur le tarmac avec d'autres membres de la délégation américaine et des représentants du gouvernement taïwanais.

Nancy Pelosi est accompagnée de six parlementaires américains pour cette visite à Taïwan, qui s'inscrit dans le cadre d'une tournée en Asie.

Photo : Reuters / Gracieuseté du ministère taiwanais des Affaires étrangères

Le porte-parole du Conseil national de sécurité, John Kirby, a noté qu’elle n’était pas sans précédent, rappelant qu’un ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, s’était rendu à Taïwan en 1997.

S'exprimant après l'arrivée de Nancy Pelosi, il a ajouté que cette visite ne constituait pas une violation de la souveraineté chinoise et ne contrevenait en rien à la politique américaine d'une seule Chine.

Il n'y a aucune raison pour que cette visite devienne l'élément déclencheur d'une crise, d'un conflit ou d'un prétexte que les Chinois pourraient ensuite utiliser pour justifier une action militaire, a-t-il déclaré mardi sur les ondes de CNN.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a pour sa part expliqué que la décision de la présidente de la Chambre des représentants de se rendre à Taïwan ne relevait pas de la Maison-Blanche, le Congrès étant une entité indépendante.

Menaces et représailles

Quoi qu’il en soit, Pékin a immédiatement dénoncé l'arrivée de la présidente de la Chambre américaine des représentants à Taïwan et a argué une grave violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Chine.

L'ambassadeur américain à Pékin, Nicholas Burns, a été convoqué pour lui reprocher le voyage choquant de Mme Pelosi, selon les médias d'État chinois.

Le ministère chinois des Affaires étrangères dit aussi y voir une atteinte aux fondements politiques des relations entre la Chine et les États-Unis, alors que la question de Taïwan est la plus sensible et la plus importante de ces relations bilatérales.

Pékin considère Taïwan comme une partie de son territoire à réunifier, par la force si nécessaire, et a plusieurs fois mis en garde Washington contre une visite de Nancy Pelosi, qu'il perçoit comme une provocation majeure.

Signe de la colère de Pékin, des avions de chasse ont été aperçus dans le détroit de Taïwan avant et après l'arrivée de Nancy Pelosi.

Le gouvernement taïwanais a précisé que plus de 20 avions militaires chinois ont effectué une incursion dans sa zone de défense aérienne, mardi.

Ces incursions seront appelées à se reproduire au cours des prochains jours, puisque la Chine a annoncé avoir placé son armée en état d'alerte et vouloir tenir des actions militaires ciblées en réponse à la visite de Mme Pelosi.

Une annonce aussitôt condamnée par le ministère taïwanais de la Défense sur Twitter. Le ministère a accusé la Chine de vouloir menacer les ports et les villes de Taïwan et de chercher à intimider psychologiquement ses citoyens.

En plus des menaces et des démonstrations de force, le gouvernement chinois a exprimé son mécontentement par la voie économique, lundi soir, interdisant l'importation de 3000 produits alimentaires taïwanais et de produits alimentaires de plus de 100 fabricants.

Des tensions « extrêmement élevées »

À en croire le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby, cela pourrait constituer la première de plusieurs rondes de sanctions. Ce dernier est d'avis que la Chine se positionne de manière à imposer d’autres mesures de coercition économique à Taïwan.

Ce qui n’empêchera pas les États-Unis, a-t-il assuré, de continuer de mener des activités dans les cieux et les eaux de la mer de Chine orientale.

Professeur de relations internationales à l'Université Temple à Tokyo, Benoît Hardy-Chartrand s’attend pour sa part à voir la Chine multiplier les exercices militaires au cours des prochaines semaines.

La Chine veut montrer qu’il y a une ligne rouge qui doit être respectée par les Américains et tous les autres pays du monde par rapport à Taïwan, a-t-il expliqué au micro de Midi info.

S’il ne croit pas que la visite de Mme Pelosi constitue un point de rupture dans les relations entre la Chine et les États-Unis, il estime qu’elle donnera lieu à l’une des pires périodes dans les relations sino-américaines depuis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays en 1979.

Que ce soit sur le plan du commerce ou des pourparlers sur le climat et d’autres enjeux, il anticipe que l’ensemble des relations fonctionnelles entre les pays seront très difficiles dans les prochains mois.

C’est ce qui explique, d’après lui, la raison pour laquelle des représentants de la Maison-Blanche se sont évertués à dire qu'ils ne pouvaient rien faire pour empêcher la visite de Mme Pelosi.

Ils sont clairement inconfortables face à cette visite, parce que ça vient tout simplement compliquer une relation qui était déjà extrêmement délicate entre les deux pays.

Avec les informations de Agence France-Presse

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