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Témoignages : histoires d’horreur dans une école chrétienne de Saskatoon

(De gauche à droite) Sean Kotelmach, Coy Nolin et Caitlin Erickson, anciens élèves de la Legacy Christian Academy, à Saskatoon.

(De gauche à droite) Sean Kotelmach, Coy Nolin et Caitlin Erickson accusent les professeurs et responsables de l’école, certains encore en fonction dans différents établissements religieux, de les avoir contraints à des exorcismes, des châtiments corporels et de l’isolement cellulaire, notamment.

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

Radio-Canada

Dix-huit anciens élèves de l’école privée Legacy Christian Academy, à Saskatoon, accusent les responsables de l’école et de l’église Mile Two Church de maltraitance criminelle survenue entre 1995 et 2010.

Rectificatif

Une version précédente de ce texte indiquait par erreur, dans le titre, que l'école était de confession catholique, ce qui n'est pas le cas.

Ils demandent également au gouvernement de la Saskatchewan d’interrompre le financement de l’école, subventionnée par la province depuis 10 ans, jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

« C’était une secte. »

— Une citation de  Caitlin Erickson, la première plaignante

La plainte collective

L’école Legacy Christian Academy s’appelait Christian Centre Academy de son inauguration en 1984, jusqu’en 2013.

L’école Legacy Christian Academy s’appelait Christian Centre Academy à son inauguration, en 1984, jusqu’en 2013.

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

Refusant les demandes d’entrevues répétées de CBC/Radio-Canada, la Mile Two Church a réfuté toutes les allégations des plaignants dans une déclaration écrite, affirmant que les occurrences de maltraitance doivent être rapportées à la police.

Après une enquête de 12 mois, le Service de police de Saskatoon a transféré le dossier au procureur de la Couronne, au mois d’avril. Une décision concernant le statut de la plainte est attendue d’ici avril 2023.

Les victimes allèguent que la majorité des événements ont eu lieu après la décision de la Cour suprême du Canada, prise en 2004, statuant qu’il est illégal d’imposer des châtiments corporels à des enfants.

Les anciens élèves affirment que le directeur de l’école avait envoyé une lettre aux parents en 2003, peu avant la décision de la Cour suprême, leur demandant la permission de poursuivre les méthodes disciplinaires de l’établissement.

Caitlin Erickson et la peur et les châtiments corporels

Une femme blonde, portant des tatouages sur le bras gauche, se tient devant un mur de pierres à l'extérieur.

«Elles pleuraient toutes, mais pas moi, j’étais trop en colère», raconte Caitlin Erickson au sujet d'une séance de châtiments corporels collectifs subie par son équipe de volleyball féminin aux mains du personnel de l'école, en 2003.

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

« Tout est basé sur la peur. La peur d’être frappée et la peur d’aller en enfer. »

— Une citation de  Caitlin Erickson, la première plaignante

Caitlin Erickson raconte la punition collective subie un lundi matin, à l’automne 2003. La veille, l’équipe de volleyball féminin sénior avait chuchoté pendant la messe.

À leur arrivée à l’école le lendemain, les filles ont subi des insultes de la part de leur entraîneuse et du directeur d’école, avant d’être assujetties à des séances individuelles de fessées dans une chambre à part.

C’était tellement cruel; deux hommes adultes qui frappent des adolescentes comme ça, avec de grosses palettes, comme des rames de canoë, chacun son tour, raconte Caitlin Erickson.

L’école affirme qu'elle a arrêté cette pratique il y a de cela une vingtaine d’années. 

L'exorcisme de Coy Nolin comme thérapie de conversion

Un jeune homme aux cheveux noirs et portant un t-shirt gris rayé devant une pelouse bien verte, à l'extérieur.

«C’était une des pires journées de ma vie. Juste d’y penser, je faiblis», relate Coy Nolin, victime de thérapie de conversion sous forme d'exorcisme, en 2004.

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

« C’était de la maltraitance. C’était un crime haineux. »

— Une citation de  Coy Nolin, ancien élève

L’ancien élève Coy Nolin rapporte qu'il a été victime de maltraitance devant sa mère, dans leur propre maison, en 2004, trois jours après que le directeur eut qualifié le garçon d’abomination à l'occasion d’un interrogatoire de trois heures. Quelqu’un avait dévoilé que Coy Nolin était gai.

Selon ce que raconte la mère et le fils, les quatre visiteurs ont placé leurs mains sur l’adolescent, marmonnant des prières pendant près d’une heure, afin de la guérir de son homosexualité.

Nous n’avons jamais pratiqué d'exorcisme dans nos établissements et nous n’avons jamais été informés d’une telle pratique, affirme la direction de l’école dans sa réfutation écrite des allégations.

L'établissement ajoute qu’il y a eu des changements du côté du personnel et des politiques dans les dernières années et que les étudiants LGBTQ+ sont tous bienvenus.

À la fin de la séance, le directeur aurait infligé des coups de pagaies en bois à Coy Nolin, laissant des ecchymoses sur son corps et rendant ses déplacements difficiles les jours qui ont suivi.

Ils m’ont fait croire que j’étais stupide – Sean Kotelmach

Portrait de Sean Kotelmach

«Je ne pouvais plus vivre avec cette rage», affirme Sean Kotelmach, qui a décidé de joindre sa voix à celle des autres plaignants après avoir discuté avec Caitlin Erickson.

Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway

« J’avais tellement peur. »

— Une citation de  Sean Kotelmach, ancien élève

À 13 ans, Sean Kotelmach a été contraint pendant trois semaines d’arriver 15 minutes avant ses camarades pour aller travailler seul dans une pièce sans fenêtre toute la journée, n’ayant le droit de quitter que 15 minutes après le départ des autres étudiants.

Dyslexique non diagnostiqué, Sean Kotelmach avait souvent de la difficulté à se plier aux ordres et aux directives des professeurs, qui lui ont imposé cette punition ayant des airs d’isolement cellulaire.

M. Kotelmach regrette de ne pas avoir dénoncé l’école alors qu’il la fréquentait, de 1996 à 2008, tandis que ses amis et lui portaient parfois jusqu’à neuf couches de sous-vêtements afin d’amortir les coups de palettes récurrents.

Ne laissez pas les larmes et les prières atténuer la sévérité de la punition

Les anciens élèves évoquent également le manuel disciplinaire The Child Training Seminar, écrit par le père du directeur actuel, vendu aux côtés de bibles et de pagaies de bois dans la boutique de cadeaux.

CBC a obtenu une copie du document de 85 pages contenant huit leçons. Le livre affirme que les professeurs et psychologues mécréants qui s’opposent aux châtiments corporels sont influencés par le diable, et qu’il faut les ignorer.

Des fois, la fessée laisse des traces sur l’enfant. Un libéral qui nous écoute pourrait prétendre que nous nous encourageons à tabasser les enfants, peut-on lire dans le manuel.

« Faites l’enfant se pencher et appliquez la palette avec fermeté. Assurez-vous que l’enfant ne puisse pas sautiller ou bouger. Ne laissez pas les larmes et les prières atténuer la sévérité de la punition. »

— Une citation de  Passage inclus dans le manuel The Child Training Seminar

Les pasteurs à la tête du foyer doivent appliquer cette discipline sans émotion et avec consistance, affirme le manuel.

Rien n’indique que le manuel circule encore ou que ses méthodes sont utilisées par le personnel.

L’école

Dix ans après son ouverture, l’école Legacy Christian Academy a reçu son accréditation provinciale permettant à ses étudiants de poursuivre leurs études au collège et à l'université.

L’école affirme qu'elle est guidée par les doctrines du Mile Two Church, notamment en ce qui concerne l'infaillibilité de la Bible. 

La Mile Two Church était anciennement appelée le Saskatoon Christian Centre.

Les deux établissements partagent un immeuble dans le quartier Lawson Heights, dans la Ville des Ponts. 

Inacceptable

Une méta-analyse publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC) affirme que les enfants qui ont subi des châtiments corporels sont plus enclins à développer des problèmes de santé mentale.

Sans exception, conclut le rapport, ils sont plus prompts à la violence, manifestant des niveaux d’agression élevés à l’encontre de parents, frères et sœurs, collègues et partenaires amoureux.

Tout ce que ces anciens élèves racontent, c’est de la maltraitance; c’est dégradant, explique la coauteure du rapport, Joan Durant.

Imposer la peur, isoler les enfants... C’est inacceptable.

Les autorités répondent prudemment

Dans une déclaration écrite, un porte-parole du ministère de l’Éducation de la Saskatchewan affirme que les écoles indépendantes sont évaluées trois fois par an, et que la dernière inspection à la Legacy Christian Academy remonte au 8 juin.

La missive ajoute que le Ministère n’a pas reçu de plainte concernant l'école depuis que les subventions pour les écoles indépendantes qualifiées ont commencé, en 2012.

Le Ministère ajoute qu’une réponse détaillée concernant les allégations de Mme Erickson est imminente.

Un porte-parole du Service de police de Saskatoon indique qu’il est impossible pour le corps policier de commenter une enquête en cours.

Il n’y a pas de date limite pour déposer des plaintes de ce genre quand celles-ci concernent des mineurs.

Avec les informations de Jason Warick

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