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Des feux d’artifice qui illuminent le ciel... et le polluent

Des gens regardent des feux d'artifices à Vancouver.

Des critiques de l'utilisation des feux d'artifice espèrent que d'autres technologies seront adoptées dans l'avenir pour réduire l'empreinte écologique de ces produits et des spectacles qui y sont liés.

Photo : Radio-Canada / Rafferty Baker

Les feux d'artifice ponctuent habituellement nos étés, mais alors que se clôture le festival Honda Celebration of Light, à Vancouver, des voix se lèvent pour remettre en question leur coût environnemental. Ces quelques minutes de magie en valent-elles le prix?

On trouve révolutionnaire de faire exploser de la poudre à canon. Au 18e siècle, c’était génial. Au 21e siècle, je me pose la question, dit d’emblée Sandy James, urbaniste et directrice de Walk Metro Vancouver, un organisme de défense des piétons. C’est en quelque sorte l’idée de célébrer à travers la violence et de faire beaucoup de bruit.

Sandy James voit une incohérence avec l’identité vancouvéroise : Si on souhaite parier le statut touristique et incontournable de notre ville autour de ce festival, ce serait plus sensé d’en faire un événement durable sur le plan environnemental.

« À Vancouver, on envoie nos feux d’artifice depuis une barge qui est à moins de 500 m du parc Stanley. À quoi pense-t-on? »

— Une citation de  Sandy James, urbaniste et directrice de Walk Metro Vancouver

L’urbaniste déplore que le festival soit financé par un constructeur automobile. On oublie qu'auparavant, des fabricants de cigarettes étaient derrière les feux d’artifice de Vancouver, dit-elle.

Feux de forêt ou chauffe-terrasse?

Bien que peu d’études exhaustives existent sur la pollution produite par les feux d’artifice à long terme, la recherche démontre qu'un spectacle pyrotechnique pollue de plusieurs façons : pollution atmosphérique, pollution des eaux et pollution auditive.

C’est une question d’échelle. Si on parle de grands événements, comme les feux d’artifice au Nouvel An, il y a une incidence sur la qualité de l’air sur une zone plus étendue, notamment en ce qui concerne les particules fines, précise Gwen O’Sullivan, professeure adjointe en sciences environnementales à l’Université Mount Royal, à Calgary.

Elle estime qu'en moyenne, un spectacle laisse des traces dans l'air pendant environ 24 heures.

Selon la chercheuse, la charge explosive des feux d’artifice peut contenir des perchlorates qui contaminent le sol et l’eau, et qui peuvent nuire à la santé, notamment à celle de la thyroïde.

« Ce sont les mêmes effets qu’avec le smog ou lorsque la qualité de l'air baisse quand il y a un feu de forêt. »

— Une citation de  Gwen O’Sullivan, professeure, Université Mount Royal
Des feux d'artifice dans le ciel de Vancouver.

Des feux d'artifice pour célébrer le Nouvel An à Vancouver

Photo : Downtown Vancouver Business Improvement Association

Paul Runnals, un responsable du festival, relativise le tout : Si une pizzeria laisse son chauffe-terrasse allumé toute une semaine en novembre, elle produit autant de monoxyde de carbone qu'un spectacle de feux d’artifice de grande envergure.

La Vancouver Humane Society rappelle cependant que ces explosions présentent des risques pour les animaux. Les oiseaux et les mammifères sauvages se blessent en fuyant le bruit, et ils abandonnent leurs petits dans ce moment de panique, dit Chantelle Archambault, directrice des communications.

Une industrie qui change de visage

Le milieu a vécu un virage dans la dernière décennie en ce qui concerne les enjeux environnementaux, souligne Paul Runnals. On s’est penché sur les matériaux utilisés, on n’utilise plus de plastique dans les mortiers et on a éliminé certaines couleurs plus polluantes, entre autres.

Le festival de Vancouver est même passé de quatre soirées à trois en 2010, pour réduire son empreinte écologique de 25 %.

Un spectacle de feux d'artifice à Ottawa

La chercheuse Gwen O’Sullivan estime que malgré les avancées pour rendre les feux d'artifice plus verts, il faudrait s'interroger sur ce qu'on laisse dans l'atmosphère après un spectacle.

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Marier

Le festival revendique d’ailleurs la carbonégativité grâce à son partenariat avec Planetair, qui lui vendra des crédits carbone.

Gwen O’Sullivan reconnaît qu’il y a eu énormément d'avancées dans le milieu pyrotechnique pour rendre les spectacles plus verts, mais que cela reste peu convaincant. Quand on voit de la fumée se dégager après [un feu d'artifice], difficile de nier que l'on vient d’émettre quelque chose dans l’atmosphère.

300 drones munis chacun d'une lumière DEL forment un immense drapeau américain au-dessus du stade où se tenait le Super Bowl dimanche à Houston

L'entreprise Intel a conçu ce drapeau américain lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl de 2017 avec des drones munis d'une lumière à diode électroluminescente (DEL).

Photo : Intel

Passer des explosions aux drones

L’urbaniste Sandy Banks aimerait que les organisateurs de spectacles se tournent vers les drones.

Elle croit que les spectacles de drones, qui existent dans d'autres pays, représentent une solution de rechange aux feux d'artifice. On pourrait inviter les entreprises comme Google ou Microsoft à financer ces événements et nous montrer de quoi cette technologie est capable! lance-t-elle.

Interrogée sur le sujet, la Ville de Vancouver a déclaré qu’elle n’estime pas que les feux d’artifice sont un enjeu prioritaire pour lutter contre le changement climatique. D’autres actions sont entreprises par la Municipalité pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

En ce qui concerne la possibilité d’utiliser des drones, les organisateurs du festival estiment qu’il faudra attendre. La technologie n’est pas encore au point, affirme Paul Runnals.

En fin de compte, les feux d'artifice en valent-ils la chandelle? Le scientifique Gwen O’Sullivan précise sa pensée : Mes amis me traitent de rabat-joie. J’aime bien le spectacle visuel, mais je préfère les spectacles de lumière et de drones.

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