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Aucun pêcheur de calmars n’a encore mis ses lignes à l’eau aux îles de la Madeleine

Un calmar de couleur rouge est échoué sur une plage.

Un encornet rouge nordique (calmar) échoué sur une plage madelinienne.

Photo : Crédit : l'Atelier Côtier

Près de deux semaines après la relance de la pêche commerciale au calmar au Québec, aucun céphalopode n'a encore été débarqué sur les quais madelinots.

Plusieurs raisons expliquent qu'aucun des 14 détenteurs de permis de pêche au calmar au Québec, tous des Madelinots, n'ait pas encore pris le large malgré la réouverture de la pêche le 18 juillet.

D'abord, tous n’éprouvent pas un intérêt marqué pour tenter la capture de cette espèce méconnue dès cette année. Selon les informations récoltées par Radio-Canada, environ le tiers des détenteurs de permis ont l’intention d’effectuer des sorties en mer à court terme.

De plus, certains attendent encore de recevoir leurs turluttes, c'est-à-dire le type d'hameçon adapté à la capture des céphalopodes. Les pêcheurs ont dû se tourner vers des fournisseurs de Terre-Neuve ou de Saint-Pierre-et-Miquelon, car ce genre d’équipement n’est pas disponible dans l’archipel madelinot.

C’est le cas du pêcheur Réjean Vigneau, qui attend toujours ses engins de pêche.

J’ai commandé des turluttes pour aller voir et fouiller un peu, dit-il. Je prévois faire des sorties, mais je ne sais pas encore quand. Avec seulement 200 turluttes autorisées, ça va être très difficile de rentabiliser ça.

De plus, les pêcheurs ne savent pas pour l'instant si le calmar a bel et bien fait son entrée dans le golfe et où il se trouve précisément, ce qui rend les sorties en mer beaucoup plus risquées.

On est tous dans l’inconnu, indique M. Vigneau en rappelant qu'aucun pêcheur n'a pêché le calmar au cours des dernières décennies dans l'archipel madelinot. Le golfe du Saint-Laurent est très grand.

Nos grands-pères qui ont pêché le calmar, il n’en reste plus beaucoup pour nous conter comment ça se pêchait, renchérit un autre détenteur de permis, Ghislain Cyr.

Ghislain Cyr milite depuis des années pour que les gouvernements aident la communauté maritime à contrôler le troupeau de phoques gris. Il craint pour les stocks de poisson. Les phoques gris mangent trop de poisson, selon lui.

Ghislain Cyr prévoit faire quelques sorties en mer pour tenter de localiser le calmar, mais il ne prévoit pas mettre trop d'efforts sur cette pêcherie, notamment en raison du coût élevé du diesel (archives).

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

On ne sait pas où le calmar se trouve. Je vais tenter d’aller voir, mais c’est quand même des coûts importants si on pense au diesel des bateaux et à l’équipement, ajoute M. Cyr, également pêcheur de flétan et de crabe. Personne ne m’a dit qu’ils avaient pris du calmar ou vu du calmar quelque part cette année, ajoute-t-il. C’est difficile de dire qu’on va à une place et qu’on va trouver du calmar.

« Il y a le risque de se promener une journée sans en trouver, de dépenser 1000 $ de diesel et d’avoir zéro résultat. »

— Une citation de  Ghislain Cyr, pêcheur

Selon M. Cyr, les conditions d'utilisation liées à certains permis de pêche empêchent de jumeler la capture de différentes espèces lors d’une même sortie en mer, ce qui complexifie la localisation du calmar et l’acquisition de connaissance sur cette espèce.

Si tu vas au flétan, tu as seulement le droit d’avoir des hameçons numéro 14, explique le pêcheur de L’Étang-du-Nord. Tu n'es pas censé avoir aucun autre hameçon à bord du bateau, ce qui exclut les turluttes. Donc, je ne peux pas faire de test pour le calmar quand je suis au flétan, même si ça pourrait me permettre d’amoindrir mes coûts.

Avant, quand on voulait essayer quelque chose, on se promenait et on sondait avec tous nos hameçons, mais aujourd’hui, ça ne marche plus de même, se désole Ghislain Cyr.

Un bac rempli de calmars.

Au Canada, la majorité des titulaires de permis de pêche au calmar sont à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse (archives).

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Les pêcheurs de calmar sont aussi tenus d’aviser Pêches et Océans Canada avant 19 h, la veille du départ de chaque sortie en mer, ce qui rend impossible toute escapade organisée le jour même.

On a des conditions de pêche particulières, déplore M. Cyr. Quand on parle à nos amis de Terre-Neuve qui pêchent le calmar, on se rend compte qu’ils n’ont jamais eu de ce genre de conditions.

Les restaurateurs impatients

Si les pêcheurs sont frileux de prendre la mer, de leur côté, les restaurateurs attendent impatiemment les premiers débarquements de calmar, selon la directrice du programme de certification Fourchette bleue, qui vise à promouvoir la consommation locale des produits comestibles du Saint-Laurent.

On a reçu énormément de demandes de la part de restaurateurs et de poissonniers, notamment le nouveau collectif La Table ronde, qui regroupe 110 restaurants gastronomiques de la province, explique Sandra Gauthier. Ils font presque le pied de grue devant mon bureau, ils sont impatients et très intéressés à recevoir cette pêche.

« Les restaurateurs me téléphonent presque tous les jours pour avoir des nouvelles de la pêche au calmar. »

— Une citation de  Sandra Gauthier, directrice du programme Fourchette bleue
Sandra Gauthier sourit pour la photo.

La directrice d’Exploramer et fondatrice de la certification Fourchette bleue, Sandra Gauthier (archives)

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

L’entreprise madelinienne Poissons frais des Îles, située à Millerand, sur l’île du Havre-Aubert, se dit prête à acheter le calmar des pêcheurs.

On va être prêts s’il y a des débarquements de calmar, mais pour l’instant, on n’a aucune indication qu’il y aura des débarquements prochainement, affirme le propriétaire, Christian Vigneau.

La saison de pêche se terminera le 30 novembre.

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