•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus de 10 M$ dépensés par Hydro-Québec pour un projet suspendu en Abitibi-Témiscamingue

On aperçoit des pylônes de 69 kilovolts qui seront démantelés.

Selon des prévisions d’Hydro-Québec datant de juin 2021, une croissance économique accompagnée d’une hausse de la demande en électricité était attendue dans la région au cours des prochaines années.

Photo : Radio-Canada / Alex Lévesque

Le projet de renforcement du réseau de transport d'électricité à 315 kilovolts (kV) et à 120 kV en Abitibi-Témiscamingue, évalué à 612 millions $, a été suspendu par Hydro-Québec le 13 juin dernier. Pourtant, Radio-Canada a appris que 10,6 millions $ ont déjà été investis par la société d’État depuis l’élaboration du projet, à l'automne 2018.

Selon des prévisions d’Hydro-Québec datant de juin 2021, une croissance économique accompagnée d’une hausse de la demande en électricité était attendue dans la région au cours des prochaines années. La société jugeait alors que la capacité des réseaux à 315 kV de l'Abitibi-Témiscamingue [devait] être augmentée pour répondre à ces besoins.

Historique et prévision de la consommation d'électricité en Abitibi-Témiscamingue

Le graphique.

Le graphique sur l'historique et la prévision de la consommation d'électricité en Abitibi-Témiscamingue

Photo : Gracieuseté : Hydro-Québec (Étude d'impact sur l'environnement)

Le projet de renforcement retenu prévoyait notamment la construction d’une nouvelle ligne de transport de 150 km entre le poste Lebel et un nouveau poste à construire dans la municipalité d’Authier, ainsi que le rattachement de ce dernier aux postes de Figuery à Amos et au poste de Palmarolle par deux nouvelles lignes de 5 km chacune.

Selon l’étude d’impact sur l’environnement réalisée par Hydro-Québec l’an dernier, des simulations montrent que le transit d’électricité des prochaines années sur le réseau à 315 kV surpasserait la limite actuelle des installations. Plus loin, la société affirme que dans le cas de la perte d’un équipement, le réseau pourrait ne pas être en mesure de maintenir la tension et d’alimenter l’ensemble des clients de la région.

En ce qui concerne le réseau de transport à 120 kV, les simulations dévoilent qu’une perte d’équipement pourrait mener à la surcharge d’autres lignes ou à des niveaux de tension trop faibles dans les divers postes de transport concernés.

Les nouvelles infrastructures envisagées par Hydro-Québec créeraient ainsi une nouvelle voie d’acheminement de l’électricité provenant de la Baie-James, ce qui réduirait les chutes de tension sur l’ensemble du réseau de la région, augmentant par le fait même sa capacité d’absorber la croissance de consommation.

Le projet de renforcement retenu

Une carte du projet de renforcement d'Hydro-Québec.

La carte illustrant le projet de renforcement retenu

Photo : Gracieuseté : Hydro-Québec (Étude d'impact sur l'environnement)

Les raisons derrière la suspension

Après avoir souligné les lacunes du réseau de l’Abitibi-Témiscamingue pendant plus de trois ans, la société d’État fait volte-face et soutient maintenant que le réseau de la région possède une marge de manœuvre suffisante pour accueillir la croissance attendue au cours des prochaines années.

« On suit la consommation de la région depuis une bonne quinzaine d’années en continu. On a constaté, depuis ce temps, qu’il y avait une croissance constante. On a le devoir de répondre à la demande de la population, mais on a aussi le devoir de s’arrêter lorsque cette demande ne se matérialise pas. »

— Une citation de  Diane Guillemette, conseillère en affaires régionales et relations avec le milieu pour Hydro-Québec

Questionnée par Radio-Canada sur les études d’évaluation de la demande des clients industriels, Hydro-Québec affirme que compte tenu de la volatilité du secteur minier, plusieurs entreprises y œuvrant suspendent, retardent ou abandonnent leurs projets pour des motifs leur appartenant, apportant un aspect de gestion de risques pour [la société].

Hydro-Québec n’a pas voulu dévoiler davantage d’informations concernant les études de planification et de faisabilité ayant mené à la suspension du projet, puisqu’elles contiendraient des renseignements commerciaux confidentiels.

Le rôle de la Régie de l’énergie est également important dans ce dossier, puisqu’elle a comme tâche de réglementer les activités monopolistiques liées à la fourniture d’électricité.

La Régie va nous demander si nos prévisions se concrétisent. Présentement, la croissance naturelle, les clients résidentiels et commerciaux sont au rendez-vous, mais ce qui devait s’ajouter n’est pas encore là. La Régie doit s’assurer qu’on fait l’investissement au bon moment. Si on ne le fait pas au bon moment, c’est un investissement ailleurs sur le réseau qu’on ne fait pas, souligne Alexandre Ouellet, conseiller pour la planification du réseau de transport d’Hydro-Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Des investissements perdus?

Selon les informations obtenues auprès de la société d’État, près de 70 % des investissements réalisés ont été alloués à l’ingénierie, soit près de 7,3 M$. Les coûts liés à la réalisation de l’étude d’impact sur l’environnement, toujours inconnus au moment d’écrire ces lignes, sont compris dans cette somme.

Bien que le ministère de l’Environnement puisse exiger de revoir certains aspects de l’étude, comme les inventaires du milieu naturel et du paysage, Hydro-Québec soutient que la majorité du travail réalisé jusqu’à présent pourra être mobilisé à nouveau si le projet est réintroduit.

Des investissements de 1,5 M$ liés aux frais de gérance et d’environ 1 M$ liés à des coûts indirects ont également été faits jusqu’à maintenant.

Conditions justifiant la réalisation du projet

Selon Alexandre Ouellet, il serait difficile d’identifier un seul indicateur qui justifierait de redémarrer l’initiative. Il affirme toutefois que lorsque les prévisions de la demande se situent entre 1250 et 1400 mégawatts (MW), il est important d’analyser régulièrement la situation, puisque certaines limites pourraient être atteintes.

Selon les informations sur les prévisions de consommation obtenues grâce à la Loi sur l’accès à l’information, la demande d’électricité pourrait atteindre 1322 MW en Abitibi-Témiscamingue en 2026, après avoir atteint 1232 MW en 2022, 1277 MW en 2023, 1286 MW en 2024 et 1294 MW en 2025 (l'historique des pointes de consommation fait état de 1112 MW en 2017, 1151 MW en 2018, 1158 MW en 2019, 1122 MW en 2020 et 1040 MW en 2021).

Lors de l’étude d’impact sur l’environnement de juin 2021, il était estimé que les travaux seraient terminés à l'automne 2025. Cette prévision n’est donc plus envisageable, étant donné la suspension du projet.

Je n’aime pas donner des chiffres comme ça, parce que c’est plus nuancé. Autrement dit, il faut toujours simuler le réseau. Un mégawatt qui est consommé à Matagami, à La Sarre, à Rouyn-Noranda ou à Val-d’Or n’a pas le même impact sur le comportement du réseau, précise M. Ouellet.

Diane Guillemette soutient quant à elle que des délégués suivent les demandes des clients industriels dans la région et que dès qu’ils sont prêts, Hydro-Québec va redémarrer sa démarche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !