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Pénurie de logements : un autre été difficile aux Îles-de-la-Madeleine

Un paysage de Havre-aux-Maisons.

Une étude dévoilée en août 2021 révélait qu'il faudrait construire 200 nouveaux logements d'ici cinq ans pour résorber le déficit d'unités locatives des Îles-de-la-Madeleine.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Depuis la mi-mai, une cinquantaine de résidents qui craignent de se retrouver à la rue ont fait appel au Service d’aide à la recherche de logement des Îles. Achalandage touristique, insularité et surenchère immobilière complexifient les démarches pour se loger dans un archipel où les appartements se font rares.

Depuis le début du mois de juillet, le pêcheur madelinot Jonathan Nadeau vit dans une petite roulotte stationnée dans la cour de ses parents à Fatima, avec sa conjointe et ses quatre enfants.

Il ne s’agit pas de vacances estivales, mais bien de camping forcé. La famille Nadeau est contrainte, pour un quatrième été, de quitter la maison qu'elle loue le reste de l'année pour laisser la place aux touristes.

On ne peut pas compétitionner contre les touristes qui louent des maisons à 1000 dollars par semaine, dit-il avec résignation. Je ne peux pas arriver et dire que je vais mettre 4000 dollars par mois dans mon été quand je viens de tomber sur le chômage.

Une famille photographiée dans une roulotte.

Les six membres de la famille Nadeau vivent à l'étroit dans une roulotte jusqu'à ce qu'ils puissent réintégrer la maison qu'ils louent en septembre.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La roulotte qu'il a pu dénicher n'est pas tout à fait adaptée pour accueillir six personnes. On n’est pas très confortable, c’est serré avec tous les jouets, explique M. Nadeau. J'ai fabriqué un mur pour fermer une chambre pour avoir un peu d’intimité.

« Ce n’est pas très agréable, mais c’est le prix à payer pour rester aux Îles avec la famille. Je ne me sens plus trop chez moi. »

— Une citation de  Jonathan Nadeau

Sur l’île du Havre Aubert, la directrice de la Maison des jeunes l’Hav-nir n’a eu d’autre choix que d’utiliser une partie de son bureau pour entreposer ses effets personnels, dans l’attente de trouver un logement permanent.

Ayant déménagé aux Îles en janvier, Gabrielle Létourneau a été contrainte, ce printemps, de quitter l’endroit où elle s’était établie, pour des raisons hors de son contrôle.

Gabrielle Létourneau photographiée devant la Maison des jeunes.

La directrice de la Maison des jeunes l'Hav-nir, Gabrielle Létourneau, prévoit qu'elle devra déménager huit fois cet été, avant de prendre possession d'un logement en septembre.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Depuis début mai, j’en suis rendue à mon quatrième déménagement, lance-t-elle.

La néo-Madelinienne est parvenue à se trouver un logement, mais celui-ci ne sera disponible qu'à partir de septembre. D'ici là, elle peut heureusement compter sur son réseau d'amis et de contacts pour bénéficier d'un toit.

« C’est certain que c’est un stress. Je dors une semaine à un endroit, deux semaines à un autre endroit. Je ne sais même plus à combien de places différentes j’ai dormi. »

— Une citation de  Gabrielle Létourneau, directrice de la Maison des jeunes l’Hav-nir

Au maximum, c’est quatre autres déménagements qui m’attendent avant de pouvoir rentrer enfin chez moi pour l'année, précise-t-elle.

Malgré ses huit déménagements estivaux, elle s’estime chanceuse d’avoir pu dénicher un logement. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde et que beaucoup sont dans la même situation que moi depuis vraiment plus longtemps, déplore-t-elle.

Des appartements avec un stationnement à l'avant.

Les immeubles à logements sont très peu nombreux aux Îles-de-la-Madeleine. Près de 85 % du parc immobilier de l'archipel est constitué de maisons unifamiliales.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Près de 50 demandes d’aide

Entre la mi-mai et le 25 juillet, le Service d’aide à la recherche de logement des Îles a reçu 46 demandes d’accompagnement de la part de résidents qui risquent de se retrouver sans hébergement. Ce service mis en place au printemps vise à trouver des solutions pérennes et permanentes dans l'archipel.

L’intervenant communautaire en recherche de logement, Pierre Desbiens, note le désespoir des personnes qui viennent le rencontrer.

« Il a une boîte de mouchoirs sur la table, ce n’est pas pour rien. Ce sont vraiment des choses très tristes qu’on entend. Chacun a sa petite histoire et ses blessures aussi, ce n’est pas évident. »

— Une citation de  Pierre Desbiens, intervenant communautaire en recherche de logement
Pierre Desbiens derrière son bureau.

L'intervenant communautaire Pierre Desbiens accompagne les résidents des Îles-de-la-Madeleine dans leur recherche de logement.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’an dernier, un centre d’hébergement d’urgence avait été aménagé dans l’ancien aréna de Havre-aux-Maisons, en collaboration avec la Croix-Rouge, pour éviter que les Madelinots se retrouvent à la rue.

Cette année, le Service d’aide à la recherche de logement des Îles a plutôt décidé de réserver quelques chambres dans un lieu d’hébergement Au moins une demi-douzaine de personnes ont déjà eu recours à cette option en deux mois.

Les actions municipales

De son côté, la maire des Îles-de-la-Madeleine soutient que les défis en matière de logement ne sont pas différents aux Îles qu’ailleurs.

Il y a un défi supplémentaire lié à l’insularité, donc à notre isolement, mais ce n’est pas un défi insurmontable non plus, précise Jonathan Lapierre.

« On entend bien les inquiétudes des Madelinots et de ceux qui sont dans une situation précaire, mais le message que je veux envoyer, c’est que la Municipalité a été plus que proactive en matière de logement et continue de l’être. »

— Une citation de  Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

Depuis deux ans, la Municipalité a décaissé plus d'un million de dollars pour stimuler la création de logements. On a fait ce que personne n’a fait au Québec comme municipalité pour encourager les promoteurs ou les individus à construire des logements locatifs disponibles à l’année, croit le maire.

Le maire photographié derrière son bureau à l'hôtel de ville.

« Les défis liés au logement ne pourront malheureusement pas se régler en un ou deux ans, donc pour les prochaines années, on va répondre tout aussi présent qu’on l’a été dans les dernières années», assure le maire Jonathan Lapierre.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’administration municipale a, entre autres, réservé 690 000 $ pour soutenir les promoteurs en vue de la création de 100 nouveaux logements, offert des incitatifs financiers pour l’hébergement des travailleurs, donné des congés de taxes et vendu deux arénas en retour de sommes symboliques pour assurer leur conversion en appartements.

Récemment, elle a aussi interdit la construction ou la conversion de maisons secondaires en résidence de tourisme de type Airbnb sur la vaste majorité du territoire, dans le but de freiner la spéculation immobilière, en plus d’imposer un moratoire sur la délivrance de nouveaux permis de construction en territoire agricole et forestier.

On a décidé d’agir pour tenter de diminuer le plus possible le volet spéculatif, la tentation de toujours payer beaucoup plus cher pour une propriété ou de la vendre beaucoup plus cher parce qu’on souhaite faire un revenu, résume le maire.

Un paysage de bord de mer avec plusieurs maisons colorées.

En plus de la situation du logement, l'aménagement du territoire et la préservation des paysages sont également des enjeux d'actualité aux Îles-de-la-Madeleine (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Jonathan Lapierre croit toutefois que la Municipalité ne peut agir seule face aux enjeux de spéculation et de surenchère immobilières et invite chaque propriétaire madelinot à contribuer à renverser la tendance.

Poursuivez la lecture avec le deuxième volet de ce reportage : Surenchère aux Îles-de-la-Madeleine : une responsabilité collective?

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