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La chicoutai menacée par la cueillette hâtive et les changements climatiques

Gros plan sur une main dans laquelle se trouvent des baies de chicoutai.

Les fruits mûrs sont jaune d'or, mous et juteux (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Renaud Chicoine-McKenzie

La cueillette de la chicoutai est de plus en plus populaire, mais certains nouveaux cueilleurs ont des pratiques non durables qui menaceraient la pérennité du petit fruit, également fragilisé par les changements climatiques.

Alex Beaudin est vice-président de la coop Le Grenier boréal et trésorier de l’Association québécoise pour la commercialisation des produits forestiers. Selon lui, la cueillette de la chicoutai avant l’heure est un problème de plus en plus grand.

La chicoutai est une ronce dont la tige, le rhizome, rampe sur une dizaine de centimètres sous la surface de la tourbière. Son extrémité hors terre, le ramet, pousse à partir d’un bourgeon, lui-même situé tout juste à la surface du sol. S’il est endommagé, la plante gaspille de l’énergie à le soigner, ce qui compromet sa fructification future.

Marie-Claire Gervais, scientifique au Centre d’exploration et de développement en forêt boréale, se montre tout aussi inquiète que M. Beaudin. Quand le fruit n’est pas mûr, on tire davantage sur la tige [pour le cueillir] et on endommage le bourgeon qui contient le fruit de l’année suivante, explique-t-elle.

Alex Beaudin, coordonnateur des cultures fruitières et produits forestiers non ligneux.

Alex Beaudin, coordonnateur des cultures fruitières et produits forestiers non ligneux à la coop Le Grenier boréal (archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Les cueilleurs qui récoltent la chicoutai pour la vendre vont généralement plus rapidement, souligne Alex Beaudin. Or, la chicoutai est un fruit dont la maturation n’est pas uniforme.

Selon Mme Gervais, les cueilleurs pressés pourraient décider de cueillir la baie avant qu’elle ne soit mûre pour la faire mûrir à la maison.

En plus d'endommager la plante, cette façon de faire aurait une influence néfaste sur les pratiques traditionnelles, ajoute Alex Beaudin.

Les aînés qui sont habitués d’aller cueillir quand c’est le temps, lorsqu’ils arrivent dans les tourbières, ils n’ont plus rien, parce tout a été raflé dès le début, indique-t-il.

La menace des changements climatiques

Les changements climatiques rendent aussi la vie de la chicoutai difficile, selon la chercheuse Marie-Claire Gervais. La synchronisation de deux cycles naturels, celui de la plante et celui des saisons, est de plus en plus perturbée.

Gros plan sur la chercheuse qui décortique le petit fruit.

La chercheuse Marie-Claire Gervais a mis au point une technique de multiplication in vitro de la chicoutai (archives).

Photo : Radio-Canada

Les trois petites feuilles qui couronnent le ramet sur lequel trône la baie tombent à l’automne. C’est un cycle inscrit à même l’ADN de la plante, qui ne dépend donc pas de facteurs environnementaux.

Néanmoins, un autre cycle de la plante, synchronisé avec le cycle de vie des feuilles, est lui directement déterminé par l'environnement. Il s'agit de la période de dormance de la chicoutai, qui débute avec les premiers gels à la fin de l’été ou à l'automne, et qui ralentit son métabolisme. Avec les changements climatiques, ces premiers gels tendent à être repoussés.

Or, sans ses feuilles, la chicoutai étouffe si elle n’est pas en dormance. L’énergie qu’elle puise normalement dans la photosynthèse n’étant plus accessible, elle doit faire appel à la respiration cellulaire pour maintenir son métabolisme. Selon Marie-Claire Gervais, faire appel à cette batterie de secours affaiblit la plante et diminue sa capacité à fructifier.

Un cueilleur récolte la chicoutai.

Un seul fruit pousse sur chaque plant de chicoutai.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Des racines profondes sur la Côte-Nord

Aussi appelée plaquebière, mûre blanche ou ronce des tourbières, la chicoutai a une riche nomenclature qui évoque son empreinte culturelle sur la zone subarctique, où elle pousse.

Aux noms de ronce petit-mûrier, mûre des marais ou boréale ou encore de margot, les Nord-Côtiers préfèrent le nom de chicoutai, qui descend de l’innu shikutew. D’après Marie-Claire Gervais, ces petites baies auraient même été au centre de la rencontre entre les Européens et les Innus. Ces derniers les auraient offerts aux premiers colons.

Sur la Côte-Nord, il y a comme une aura autour de ce fruit-là, souligne-t-elle.

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