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Des joueurs et joueuses de sport électronique brisent les clichés sur les handicaps

Une personne handicapée joue à des jeux vidéo dans son salon avec de l'équipement adapté.

Shunya Hatakeyama s'entraîne au jeu vidéo à son domicile, à Shiwa.

Photo : afp via getty images / PHILIP FONG

Agence France-Presse

D'un coup de menton expert, Shunya Hatakeyama réalise une prise dévastatrice dans le jeu de combat Street Fighter, espérant en même temps détruire les préjugés sur le handicap dans le sport électronique.

Né avec une dystrophie musculaire, une maladie dégénérative, le jeune homme de 28 ans participe surtout aux tournois de Street Fighter V, ouverts à tout le monde.

La possibilité de dépasser les handicaps et de concourir contre des personnes différentes fait selon lui toute la beauté des jeux de combat.

Quand je participe à un tournoi, je ne veux pas que mon handicap soit un problème. Je veux impressionner les gens avec ma manière de jouer, affirme-t-il à l'Agence France-Presse (AFP).

Totalement aveugle depuis ses 20 ans en raison d'une malformation congénitale de l'œil, Naoya Kitamura, 28 ans lui aussi, parvient à jouer à Tekken 7 en se fiant uniquement aux sons.

Une personne aveugle enfile un casque lors d'un événement de sport électronique.

Le joueur de sport électronique aveugle Naoya Kitamura.

Photo : afp via getty images / PHILIP FONG

Je vais bloquer un coup [de l'adversaire], et le son que cela va produire va me dire de quel coup il s'agissait, explique-t-il.

Ensuite, je vais réagir et faire mon coup, ajoute-t-il, faisant la démonstration avec une attaque impressionnante en jouant Lucky Chloe, un personnage de Tekken.

Le sport électronique explose

Le sport électronique est en plein essor dans le monde entier, avec des recettes évaluées à plus de 1 milliard de dollars américains (1,3 milliard de dollars canadiens) par an dans le monde.

Le secteur n'est pas aussi dynamique au Japon qu'en Chine ou en Corée du Sud, mais il y prend progressivement de l'importance.

Désireux d'offrir toutes leurs chances aux joueuses et joueurs japonais avec un handicap, Daiki Kato, un employé de la sécurité sociale nipponne, a fondé ePara en 2016.

Cette entreprise emploie des joueurs et joueuses comme Shunya Hatakeyama et Naoya Kitamura et leur donne du temps pour s'entraîner aux jeux vidéo en parallèle de leur travail, qui comprend la gestion du site de l'entreprise et l'organisation d'événements vidéoludiques.

Encourager l'inclusivité au sein de l’industrie du jeu vidéo

Shunya Hatakeyama utilise un fauteuil roulant depuis qu'il a 6 ans. Il a toujours aimé les jeux de combat, mais ses muscles se sont tellement affaiblis avec les années qu'il ne pouvait même plus tenir une manette.

Déprimé, il a décidé d'arrêter de jouer pendant six ans, jusqu'à qu'il décide avec un ami de fabriquer un manche à balai (joystick) personnalisé qu'il peut utiliser avec son menton, tout en tapant avec ses doigts sur le clavier de son ordinateur.

Désormais, il entraîne d'autres joueuses et joueurs handicapés en leur expliquant les différents enchaînements et certaines techniques.

Si je n'avais jamais joué aux jeux de combat, je pense que je n'aurais jamais cherché à trouver des solutions, même quand j'étais dans l'adversité, estime-t-il.

Changer les perceptions

Selon M. Kato, il y a un marché en pleine croissance pour les personnes handicapées, et les entreprises de jeux vidéo commenceront bientôt à en tenir compte.

« Si vous avez plus de personnes malvoyantes ou malentendantes qui jouent aux jeux vidéo, alors les constructeurs réagiront en faisant plus de jeux auxquels ils pourront jouer. »

— Une citation de  Daiki Kato

M. Kato veut utiliser le sport électronique pour montrer des personnes handicapées talentueuses, avec qui la population japonaise n'a pas vraiment la chance d'interagir.

Pour Naoya Kitamura, le sport électronique aide à changer la perception selon laquelle les personnes handicapées n'ont besoin que d'assistance.

« Je suis vraiment bon avec les ordinateurs et je suis capable de choses que certaines personnes voyantes ne peuvent pas faire. »

— Une citation de  Naoya Kitamura

Les personnes handicapées n'ont pas juste besoin d'aide. Selon les circonstances, nous pouvons aussi aider les autres. C'est une histoire de coopération, plaide-t-il.

Selon lui, le terme sport électronique aide à être pris au sérieux, donnant une image de compétition, et pas seulement celle de gens qui jouent aux jeux vidéo.

Beaucoup pensent que cette discipline apparaîtra un jour aux Jeux olympiques et paralympiques, mais il n'y a pas besoin de distinguer les gens qui ont un handicap et ceux qui n'en ont pas dans le sport électronique, affirme M. Kato.

Que vous soyez en fauteuil roulant ou non, ce sont les mêmes règles et les mêmes compétitions.

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