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Gaz : l’UE s’accorde pour aider l’Allemagne face au péril russe

Kadri Simson et Jozef Sikela lors d'une réunion extraordinaire des ministres de l'Énergie de l'Union européenne à Bruxelles.

La commissaire européenne à l'Énergie Kadri Simson et le ministre tchèque de l'Industrie et du Commerce Jozef Sikela en conférence de presse

Photo : Reuters / Johanna Geron

Agence France-Presse

Les ministres de l'Énergie de l'Union européenne, réunis à Bruxelles, se sont accordés mardi pour réduire leur consommation de gaz de façon coordonnée et voler ainsi au secours de l'Allemagne, après l'annonce d'une nouvelle baisse draconienne des livraisons russes.

L'Union européenne a confirmé aujourd'hui qu'elle était unie et solidaire. Nous avons fait un immense pas en avant pour sécuriser la fourniture de gaz cet hiver, a déclaré le ministre tchèque, Jozef Sikela, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l'UE.

« Nous allons partager le fardeau. Les négociations n'ont pas été faciles, mais finalement tout le monde a compris que ce sacrifice était nécessaire. »

— Une citation de  Jozef Sikela, ministre tchèque de l'Industrie

La Hongrie a cependant dénoncé mardi un accord injustifiable, inutile, inapplicable et nuisible. Parmi les Vingt-Sept, seul Budapest s'est opposé au texte, qui est donc adopté à la majorité qualifiée.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué de son côté l'adoption du plan qu'elle avait présenté la semaine dernière. Même s'il a été profondément remanié.

Il prévoit toujours que chaque pays fasse tout son possible pour réduire, entre août 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d'au moins 15 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période.

La Russie représentait jusqu'à l'an dernier quelque 40 % des importations gazières de l'UE.

Arme économique

En cas de risque de grave pénurie, un mécanisme d'alerte rendra contraignante pour les Vingt-Sept la réduction de 15 %, mais cet objectif sera adapté aux réalités de chaque pays, notamment aux capacités d'exporter les quantités de gaz économisées aux pays dans le besoin, grâce à une série de dérogations.

Cet engagement collectif est très significatif et nous aidera à reconstituer les stocks avant l'hiver, a estimé Mme Von der Leyen.

Le géant russe Gazprom avait annoncé lundi qu'il allait diviser par deux dès mercredi ses livraisons quotidiennes à l'Europe via le gazoduc Nord Stream, tombant ainsi à seulement 20 % de ses capacités, en invoquant une opération de maintenance sur une turbine.

Un porte-parole du Kremlin a estimé mardi que la réduction de débit s'expliquait par les sanctions occidentales prises contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine. S'il n'y avait pas eu ces restrictions, tout aurait été accompli [...] dans les délais habituels, sans mener à la situation que nous voyons aujourd'hui, a-t-il dit.

Mais les Européens réfutent le motif technique et accusent Moscou d'utiliser le gaz comme une arme économique.

Une employée balaie les débris d'un bombardement russe.

Des employés nettoient l'intérieur de la Maison de la culture endommagée après des attaques nocturnes dans la région de Kharkiv, en Ukraine.

Photo : Getty Images / Sergey Bobok / AFP

Les combats se sont poursuivis mardi en Ukraine, où les régions du sud ont fait l'objet de bombardements russes massifs visant notamment un village balnéaire près d'Odessa et le port de Mykolaïv, selon les autorités ukrainiennes.

Réduire notre consommation de gaz [...] est le meilleur moyen de réagir au chantage au gaz de Poutine, a commenté le ministre luxembourgeois de l'Énergie, Claude Turmes.

La ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a salué un bon accord.

« Nos chaînes de production industrielles sont complètement interdépendantes. Si la chimie tousse en Allemagne, alors c'est toute l'industrie européenne qui peut s'arrêter. »

— Une citation de  Agnès Pannier-Runacher, ministre française de la Transition énergétique

Au cœur du dispositif européen, la réduction obligatoire de 15 % de la consommation avait suscité des critiques. Elle vise à mutualiser l'effort en cas d'urgence pour aider notamment l'Allemagne.

Très dépendante du gaz russe, l'Allemagne achetait toujours début juin 35 % de son gaz en Russie, un chiffre qui s'élevait à 55 % avant la guerre.

Or, un choc majeur sur la première économie européenne se répercuterait immanquablement sur l'ensemble des Vingt-Sept.

Cas par cas

La réduction de 15 % de la consommation de gaz impose de fait des contraintes à des pays comme la France ou l'Espagne, pourtant à l'abri d'une rupture des approvisionnements russes grâce à leurs politiques énergétiques. Mais l'effort restera plus important pour l'Allemagne.

Elle devra faire mieux que 15 %, a reconnu son ministre de l'Économie, Robert Habeck, tout en se félicitant de la solidarité européenne. Berlin a commis une erreur stratégique dans le passé en cultivant cette dépendance envers Moscou, a-t-il admis.

Selon Rome, l'effort pour l'Italie se limitera à une réduction de 7 % de sa consommation de gaz, grâce aux exemptions.

Des installations de Gazprom.

Des installations de Gazprom

Photo : Getty Images / David Hecker

Le plan avait fait ces derniers jours l'objet de vives critiques de la part de plusieurs États. Parmi les plus virulents : les pays d'Europe du Sud, dont l'Espagne, où le souvenir des plans de rigueur douloureux imposés par Berlin après la crise financière de 2008 est encore vif.

La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, avait jugé le projet injuste et inefficace.

Les diplomates des 27 ont tenu compte des griefs. Ce sera finalement le Conseil de l'UE, représentant les États membres, et non la Commission, comme celle-ci le demandait, qui déclenchera le mécanisme contraignant.

L'accord prévoit des exemptions pour les États insulaires (Chypre, Irlande, Malte), qui ne sont pas interconnectés aux réseaux de gaz des autres pays, ou pour ceux qui ont dépassé leurs objectifs de remplissage des réservoirs de gaz.

Il réduit aussi l'objectif d'économie des pays dont les interconnexions sont limitées ou qui ont besoin du gaz pour certaines industries critiques.

Tous les États membres ont leurs propres contraintes qui ont été prises en compte, s'est félicitée la ministre maltaise, Miriam Dalli.

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