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Près de 20 % des patients hospitalisés en Estrie ne devraient pas être à l’hôpital

Un lit dans un couloir d'hôpital. On distingue un travailleur de la santé à l'arrière-plan de la photo, qui a été floutée.

Les hôpitaux de l'Estrie comptent quelque 200 patients qui ne devraient pas y être.

Photo : getty images/istockphoto

Radio-Canada

Le CIUSSS de l'Estrie-CHUS fait face à tout un défi alors qu'un patient hospitalisé à l'hôpital sur cinq ne devrait pas y être.

Ces patients, plus ou moins 200, occupent des lits qui devraient normalement être réservés à des soins aigus.

La moitié d'entre eux attendent une place en CHSLD. Les autres devraient être dirigés vers d'autres ressources de réadaptation ou encore être retournés à la maison. Des transferts qui ne se font pas, faute de places ou d'accès à des soins à domicile ou d'effectifs. Un enjeu qui est devenu une priorité pour le réseau, qui cherche des solutions.

On a presque 20 % de nos lits qui sont occupés par des patients qui pourraient quitter vers un milieu de vie. S'ils avaient la possibilité, on libérerait certainement de la capacité pour faire autre chose, ça c'est le volet plus opérationnel. Ça a un impact important sur cette clientèle-là qui est prise pour rester à l'hôpital, explique le docteur Benoît Heppell, chef de la médecine générale au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

« Il y a un impact beaucoup plus humain sur ces gens-là qui sont malheureusement au mauvais endroit. »

— Une citation de  Dr Benoît Heppell, chef de la médecine générale au CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Autant que possible, ces patients sont placés à proximité l'un de l'autre par l'établissement. Pour essayer d'adapter le plus possible l'environnement à leurs besoins, on a tendance à les cohorter, ce qui aide la situation, précise le Dr Heppell.

« L'hôpital n'est pas un milieu de vie. »

Selon Benoît Heppell, l'hôpital n'a pas autant à offrir à ces patients que les milieux dans lesquels ils devraient se trouver. En CHSLD ou dans d'autres milieux, il y a une certaine forme de stimulation, des activités, de la zoothérapie, une salle à manger où les résidents mangent ensemble. À l'hôpital, c'est une chambre un peu stérile, où on va manger dans sa chambre et où il n'y a pas cette stimulation.

Certaines de ces personnes qui se retrouvent inutilement à l'hôpital doivent attendre des semaines, voire plusieurs mois, avant qu'un milieu puisse les accueillir. La majorité a des troubles cognitifs. L'absence de stimulation et le fait d'être à l'hôpital n'améliorent pas la situation. On voit une certaine détérioration cognitive, un certain déconditionnement physique justement par manque de stimulation, ajoute le chef de la médecine générale.

Le docteur Benoît Heppell.

Le docteur Benoît Heppell.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Devant ce constat, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a mis en place des programmes dans le but de mobiliser ces patients et d'éviter que leur état de santé ne se détériore trop. C'est fait depuis la pandémie parce que ça a été exacerbé. Donc, il y a, par exemple, des programmes de marche et la présence de certains techniciens en réadaptation qui sont là pour s'assurer qu'ils soient mobilisés, indique le Dr Heppell avant de souligner que cet enjeu est présent depuis longtemps dans le paysage du CIUSSS.

« Il faut s'adapter un minimum pour offrir un environnement de vie temporaire minimalement acceptable à l'hôpital. »

— Une citation de  Dr Benoît Heppell, chef de la médecine générale au CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Un pourcentage trop élevé

Le médecin admet cependant que le pourcentage actuel de patients qui sont hospitalisés inutilement dans un centre hospitalier de la région est trop élevé. À 20 %, c'est un peu intenable. Le vieillissement de la population, on le ressent, de même que le manque de ressources, autant à l'hôpital que dans les milieux de vie.

« On est à un point tournant où on doit agir. »

— Une citation de  Dr Benoît Heppell, chef de la médecine générale au CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Le comité des usagers du Centre hospitalier Memphrémagog demande aussi au CIUSSS de l'Estrie-CHUS d'agir alors que l'état de santé des patients continue d'empirer. Il y a aussi un impact pour les familles qui sont inquiètes de voir leurs proches se détériorer ainsi. Le personnel fait tout son possible, mais il y a pénurie et le personnel n'a pas choisi d'être en unité de milieu de vie. Un CHSLD, une unité de milieu de vie, c'est complètement différent d'une unité de soins, estime la présidente du comité, Danièle Salvail.

« Ça dépend, depuis de nombreuses années, des décisions politiques du gouvernement du Québec. On n'a pas prévu le coup et là, on est pris avec ce problème. »

— Une citation de  Danièle Salvail, présidente du comité des usagers du Centre hospitalier Memphrémagog

Benoît Heppell se montre tout de même optimiste quant à l'avenir. Il constate que l'établissement a récemment fait de cet enjeu une priorité. Ça devient une priorité organisationnelle de réorienter la partie évaluation de la personne âgée à domicile, pour que les gens n'aient pas à rester à l'hôpital pendant cette période.

L'arrivée prochaine d'un milieu de soins de longue durée à Magog ainsi que d'une Maison des aînés à Sherbrooke va également offrir un peu d'air frais aux hôpitaux de la région, affirme le chef de la médecine générale.

Le syndicat dubitatif

Malgré les efforts déployés par le CIUSSS de l'Estrie-CHUS pour rétablir ou, à tout le moins, améliorer la situation, le secrétaire-trésorier, Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l'Est, David Lambert, n'est pas convaincu.

C'est sûr que les soins à domicile, c'est à privilégier. Actuellement, on fait le contraire. On a l'idée de sortir les patients et de les renvoyer à la maison le plus possible avec des soins du CLSC et des soins à domicile. Cependant, les ressources de soins à domicile roulent pour l'instant à 50 %. Pire encore, j'ai des gens qui sont délestés pour aller aider dans les CHSLD. Comment va-t-on faire pour s'occuper des patients qui vont envahir les soins à domicile quand les filles sont dans les CHSLD?, se questionne-t-il.

Avec la collaboration de Guylaine Charette

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