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COVID-19 : les Québécois ont baissé la garde cet été

Le chanteur se fait porter par la foule. Il chante en même temps. Les spectateurs le filment avec leur cellulaire.

Le Festival d'été de Québec a généré des cas de COVID-19, selon la santé publique.

Photo : Radio-Canada / Marc-André Turgeon

La hausse du nombre de cas de COVID-19 observée en cette septième vague n'est peut-être pas étrangère à la perception qu'avaient les Québécois de la pandémie à l'aube de la saison chaude. Selon des données de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), jamais l'intention de se prémunir contre le virus n'a été aussi faible au sein de la population.

Les autorités ont d'ailleurs senti le besoin de faire le point sur la situation sanitaire au Québec jeudi. Le directeur national de la santé publique, le Dr Luc Boileau, n'a pas caché que les grands rassemblements comme le Festival d'été de Québec ont contribué à générer de nouveaux cas de COVID-19.

Les employés de la santé, pour beaucoup, ont fréquenté le Festival. Ils sont revenus et ont eu [la COVID] au bout de quelques jours. Quand un employé de la santé a la COVID, on essaie de ne pas le ramener tout de suite dans le milieu hospitalier, a-t-il dit. Il a invité la population à la prudence pour la suite et l'a encouragée à porter le masque.

Pendant que le nombre de cas augmente, le système de santé est de nouveau mis sous pression.

Faible adhésion

Plusieurs ingrédients étaient réunis pour une nouvelle vague d'infections, si on en croit les données de l'INSPQ, qui tient des sondages bihebdomadaires sur les attitudes et sur les comportements de la population par rapport à la pandémie.

Entre le 24 juin et le 6 juillet, le coup de sonde a mesuré la plus faible adhésion aux mesures de prévention de la transmission de la COVID-19 depuis le début de ces sondages, en octobre 2020. Au cours de cette période, à peine une personne sur quatre disait toujours se laver les mains et maintenir une distanciation physique avec les autres.

Un graphique montre que l'adhésion aux gestes barrières recommandés ou obligatoires s'est effritée avec le temps et a atteint un creux au début de l'été.
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L'adhésion aux gestes barrières recommandés ou obligatoires s'est effritée avec le temps et a atteint un creux au début de l'été.

Photo : Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ)

Cette proportion s'est graduellement effritée au fil du temps. Elle atteignait 55 % à l'automne 2020 et 48 % durant la vague Omicron, l'hiver dernier. Il y a réellement une diminution de l'adhésion. Ce n'est pas surprenant dans un contexte où les mesures obligatoires ont été enlevées, affirme Ève Dubé, anthropologue et chercheuse à l'INSPQ.

Chez les 18-24 ans, la proportion est encore moindre, soit à 13 %. Les personnes âgées de plus 60 ans continuent de se protéger davantage, alors qu'un tiers dit toujours adopter des comportements barrières contre la COVID-19.

Évidemment, les personnes plus âgées peuvent se sentir plus à risque si elles attrapent la COVID, donc elles ont généralement tendance à continuer de suivre ces mesures-là, alors que chez les plus jeunes, on dit "jamais" ou "parfois", note Mme Dubé.

Une femme en entrevue par visioconférence.

Ève Dubé est anthropologue à l'INSPQ.

Photo : Radio-Canada

Autre fait notable soulevé par la chercheuse : l'intention de maintenir une adhésion à certaines mesures ne s'est pas nécessairement manifestée une fois les obligations levées. Dans le cas du masque, beaucoup de personnes avaient démontré une volonté de continuer de le conserver dans certaines situations. Ce qu'on a vu, c'est qu'une fois l'obligation levée, la plupart des gens ont cessé de le porter.

Plus tôt cette année, une autre équipe affiliée à l'INSPQ avait démontré que les contacts sociaux suivaient une courbe saisonnière. L'été, le temps des Fêtes et les semaines de relâche étaient particulièrement propices à la transmission du virus.

Gonflés d'optimisme

Les Québécois étaient également gonflés d'optimisme par rapport à la situation pandémique en ce début d'été 2022. Une écrasante proportion (85 %) estimait et estime toujours que le pire est derrière nous.

Le même positivisme avait pu être observé à l'été 2021 (86 %) mais avait décliné l'hiver dernier (26 %) lors de la vague Omicron et du retour du couvre-feu après le temps des Fêtes, marqué par une alerte transmise sur les téléphones cellulaires le 31 décembre.

Avec la levée des restrictions sanitaires annoncée en mars et la fin du port du masque obligatoire à la mi-mai, le vent d'optimisme a soufflé de nouveau (86 %).

L'optimisme des Québécois est généralement très élevé l'été, alors qu'il chute lors des vagues automnales ou hivernales.
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L'optimisme des Québécois est généralement très élevé l'été, alors qu'il chute lors des vagues automnales ou hivernales.

Photo : Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ)

Les signaux gouvernementaux allaient dans le même sens que cette remontée de l'humeur de la population.

En point de presse il y a trois mois, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait évoqué la fin d'un long combat contre le virus. Il s'était alors engagé à ne plus imposer de mesures populationnellesmais seulement à alléger les restrictions.

Il reste maintenant à voir si la septième vague aura un effet sur l'attitude de la population, comme le variant Omicron. Jusqu'à maintenant, toutefois, Ève Dubé ne voit pas une telle corrélation dans les sondages.

Inquiétudes

Cette tendance au relâchement inquiète maintenant des professionnels de la santé à l'approche de l'automne et de la rentrée scolaire.

Pour le Dr Donald Vinh, microbiologiste associé à l'Université McGill, la politique de la santé publique sur le port du masque est une source toute particulière d'inquiétude. L'importance du masque n'est pas assez soulignée, insiste-t-il, jugeant d'ailleurs décevante la faible l'adhésion de la population à cette mesure.

« Il y a une mauvaise compréhension de l'importance du masque pour protéger tout le monde, tout le monde dans la société, le système de santé. Je pense que c'est une communication ratée. »

— Une citation de  Le Dr Donald Vinh, microbiologiste associé à l'Université McGill

Le Dr Vinh rappelle que les vagues de COVID-19, la septième étant soutenue par une transmission communautaire, ont des impacts sur tous les domaines de notre société, que ce soit l'éducation ou l'économie. Il souhaite voir réapparaître une certaine conscience collective et une volonté de se protéger les uns les autres. Il appelle toutes les franges de la population, même les moins à risque, à voir plus large que leur propre situation.

Le microbiologiste n'a pas de boule de cristal, mais il craint tout de même que la rentrée scolaire puisse relancer la septième vague ou encore en voir apparaître une nouvelle. Je ne suis pas JoJo Savard, prend-il cependant le soin de dire par prudence.

Même chose ailleurs dans le monde

La fatigue pandémique et la levée des mesures sanitaires sont des phénomènes observés ailleurs dans le monde. Le cas du Québec n'est donc pas unique.

La semaine dernière, Christina Pagel, directrice de l'unité de recherche opérationnelle clinique de l'University College de Londres, a déclaré que le monde était entré dans un cercle vicieux. Comment est-ce une approche durable? Combien de vagues verrons-nous avant que les dirigeants agissent? a-t-elle demandé.

À son avis, ce n’est pas normal d’avoir une vague l'été, au Canada comme ailleurs. Ce n’est pas normal qu’on annule des centaines de vols parce qu’on manque d'employés. Ce n’est pas normal qu’on manque de professeurs dans les écoles parce qu’ils sont infectés; certains l’ont été deux, trois, voire quatre fois. Nous ne sommes pas retournés à la normale, a-t-elle tranché lors d'un entretien avec Radio-Canada.

Avec la collaboration de Pierre-Alexandre Bolduc

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