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Des femmes font pétiller l’industrie brassicole du Québec

L'époque des tavernes, celle où la bière était considérée comme une boisson de gars, semble bien révolue. Même si la grande majorité des microbrasseries sont gérées par des hommes au Canada, les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire leur place dans le milieu brassicole.

Deux femmes sont assises sur la terrasse d'un bistro. L'une porte des bottes de caoutchouc et un pantalon de travail.

La copropriétaire de la Microbrasserie du Lac St-Jean Annie St-Hilaire et la brasseuse Maitena Ilharamouno

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

Marie-Christine Bouillon

L’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) estime que seulement une quinzaine de femmes seraient brasseuses sur un total de 302 microbrasseries dans la province. Les femmes ne sont pas exclues de cette industrie pour autant : elles sont nombreuses à occuper des emplois clés, souvent dans l’ombre de leurs collègues masculins, majoritaires dans les salles de brassage.

La tignasse rousse de la copropriétaire de la Microbrasserie du Lac St-Jean est difficile à manquer. Annie St-Hilaire est constamment en mouvement, passant de la brasserie au sous-sol, au pub à l’étage, puis à la terrasse et à la boutique adjacente. Elle a des journées bien remplies, mais quand on lui demande quelles sont ses responsabilités au sein de l’entreprise, elle peine à répondre.

Ah ça! Des chapeaux, j’en ai tellement. À force de ne pas être attitrée à une tâche en particulier, c’est difficile de définir ce que je fais. J’ai fait de l’administration pendant un temps cette année; là, je m’occupe beaucoup du bistro. Je vais souvent aller pallier ce qui va moins bien, explique-t-elle, attablée à la grande terrasse de sa microbrasserie de Saint-Gédéon.

L’entreprise célèbre cette année son 15e anniversaire, ce qui en fait l’une des premières de cette nouvelle vague de microbrasseries québécoises. Selon Annie St-Hilaire, bon nombre de ces établissements ont été créés par des couples hétérosexuels. Résultat, la dynamique est souvent la même : l’homme s’occupe des tâches manuelles, dont le brassage, et la femme est responsable de l'administration, du marketing ou de la planification.

Une affirmation plutôt juste, selon la directrice générale de l’AMBQ, Marie-Eve Myrand.

On retrouve souvent les femmes dans un rôle de gestion plus large, quelques-unes sont dans les salles de brassage ou ont un intérêt par rapport à ça, mais ce n’est pas légion, soutient-elle.

Catherine Dionne-Foster est l’une de ces quelques brasseuses et copropriétaires. Il y a 12 ans, elle a fondé la microbrasserie La Korrigane, située dans le quartier Saint-Roch à Québec, avec son conjoint Guillaume Carpentier.

Une femme est accoudée à la chaise d'une haute table d'un bistro.

La copropriétaire et brasseuse de la microbrasserie La Korrigane, à Québec, Catherine Dionne-Foster

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

Quand je brasse, j’aime tellement ce climat-là, chaud, humide, tropical, ça me fait du bien. C’est zen, ça me calme, avec les odeurs en plus, ça sent vraiment bon, confie celle qui ne brasse plus depuis le début de la pandémie, pour assurer du travail à temps plein à son brasseur.

Écoutez le reportage de Marie-Christine Bouillon à l'émission Désautels le dimanche.

En 12 ans, La Korrigane s’est développée, agrandie, et le milieu brassicole a évolué. Mais Catherine constate qu’encore aujourd’hui, les femmes sont peu nombreuses dans les salles de brassage.

« J’ai collaboré davantage avec les brasseurs qu’avec les propriétaires, administratrices ou gestionnaires en général. Et c’étaient toujours des hommes. [...] Des femmes, il n’y en a pas tant que ça qui brassent! »

— Une citation de  Catherine Dionne-Foster, brasseuse et copropriétaire de La Korrigane

La brasseuse a modifié quelques-unes des façons de faire pour se simplifier la tâche. Par exemple, ses cuves sont plus petites, et elle divise en plusieurs quantités les céréales moulues qu’elle doit verser dans la cuve d’empâtage, de façon à réduire le poids qu’elle doit supporter.

Ça reste qu’il y a quand même quelques étapes dans le brassage qui vont demander un certain effort physique. Mais on peut toujours adapter les façons de faire pour pas que ce soit trop forçant et pour ne pas se blesser, assure-t-elle.

Deux grandes cuves en acier inoxydable. Entre elles se trouvent un petit escalier et un écran de programmation. Plusieurs boyaux sont branchés tout autour.

Deux cuves de la Microbrasserie du Lac St-Jean qui servent à l'empâtage et à l'ébullition.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

Selon une étude de l’AMBQ, publiée en mai 2022, environ le tiers des microbrasseries ont vu le jour dans les cinq dernières années. Selon la directrice générale de l’association, Marie-Eve Myrand, cela peut expliquer le manque d’équilibre dans la représentation des genres et des minorités.

Une industrie en fermentation

Les microbrasseries sont vraiment dans le b.a.-ba de leurs opérations, elles sont à mettre en place les choses. Et l’industrie est comme ça, très jeune, explique-t-elle.

Une femme est assise au bar d'un bistro. Derrière elle, sur un tableau, il y a une liste des produits offerts.

La directrice générale de l'Association des microbrasseries du Québec, Marie-Eve Myrand

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

« Ben oui, c’est un milieu d’hommes, mais je ne pense pas que c’est un milieu où on envoie l’image qu’une femme n’a pas sa place. C’est important de se demander : est-ce qu’on est inclusif? Je dirais que oui. Les femmes sont bienvenues, ont une place. »

— Une citation de  Marie-Eve Myrand, directrice générale de l'AMBQ

Ni l’Association canadienne des brasseries artisanales ni l’Association des microbrasseries québécoises ne compilent les statistiques concernant les femmes qui œuvrent dans le milieu brassicole.

Annie St-Hilaire, copropriétaire de la Microbrasserie du Lac St-Jean, fait valoir que les femmes sont bien présentes dans l’industrie, mais qu'elles sont rarement sous les feux des projecteurs.

Il y a une confrérie entre les gars dans le milieu brassicole, ils se connaissent. Le propriétaire de la Micro du Lac, pour beaucoup de monde, c’est Marc Gagnon. Ce n’est pas grave, ça ne me dérange pas du tout. Moi j’ai mon autre bout. Mais quand je dis qu’on travaille plus dans l’ombre, les filles, dans le milieu brassicole, c’est ça, relate-t-elle.

De futures brasseuses?

Maitena Ilharamouno commence tout juste à brasser pour la Microbrasserie du Lac St-Jean. Elle a remporté un concours de l’AMBQ l’an dernier qui lui a permis de faire une formation à l’Institut brassicole du Québec. Aujourd’hui, elle a la chance d’observer de plus en plus de femmes du milieu avant de décider si elle compte, elle aussi, en faire une carrière.

« Est-ce que quand j’aurai des enfants plus tard je me vois faire ça? C’est quand même un boulot physique. On ne dirait pas, mais c’est assez physique… Je ne sais pas trop. Mais à date, ça me plaît, j’apprends tous les jours. Je n’ai pas fini d’en apprendre. »

— Une citation de  Maitena Ilharamouno, brasseuse, Microbrasserie du Lac St-Jean

Et pour celles qui voudraient se lancer dans le métier de brasseuse, la copropriétaire et brasseuse de La Korrigane à Québec, Catherine Dionne-Foster, lance ce message :

Ben go! C’est vraiment un beau métier. Je suggérerais d’aller l’essayer une journée. Moi, pour vrai, je le dis, s’il y a des filles [...] qui ont envie de l’essayer une journée, ça va me faire plaisir de les recevoir, qu’elles viennent brasser une journée et qu’elles voient vraiment ce que c’est, dit-elle avec enthousiasme.

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