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Acheter son cannabis directement chez le cultivateur : c’est permis en Ontario

Vue aérienne des installations de Sensi Brands et du magasin Station House.

Les produits vendus au magasin Station House sont cultivés et transformés à côté, dans les installations du producteur de cannabis Sensi Brands.

Photo : Radio-Canada / Yan Theoret

L’Ontario est reconnu pour ses vignobles, où les touristes viennent découvrir les coulisses de la fabrication du vin et repartent souvent avec quelques bouteilles, achetées directement auprès du vigneron. Imaginez maintenant un concept semblable, appliqué à l’industrie du cannabis. C’est un peu l’esprit des magasins de type farmgate, ou « directement du producteur », qui commencent à s’implanter dans la province.

L’Ontario permet désormais aux producteurs de cannabis autorisés (titulaires d’un permis du fédéral) d’ouvrir un point de vente au détail à l'endroit où se trouvent leurs cultures. C’est ce qu’on appelle en anglais le modèle farmgate, autrement dit la vente à la ferme.

La compagnie Sensi Brands a été l’une des premières au pays à ouvrir un commerce de ce genre. Son magasin baptisé Station House a été inauguré en septembre dernier à côté de ses salles de culture, dans la petite ville de St. Thomas.

Il y a plusieurs avantages à ce modèle, selon Tony Giorgi, PDG et fondateur de Sensi Brands. Ça nous permet de rendre le processus de distribution plus efficace, explique-t-il.

En Ontario, tous les producteurs autorisés de marijuana sont tenus de passer par un organisme d’État, la Société ontarienne du cannabis (OCS), pour vendre leurs produits qui sont ensuite redistribués aux détaillants. Dans le cas du magasin Station House, Sensi Brands doit également traiter avec l’OCS, remplir tous les papiers, mais n’a pas besoin d’expédier sa marchandise.

Tony Giorgi, debout dehors devant un magasin de cannabis.

Tony Giorgi est le PDG et fondateur de l'entreprise de production de cannabis Sensi Brands Inc.

Photo : Radio-Canada / Yan Theoret

Donc, vous avez un produit cultivé localement, qui est transformé et emballé rapidement, entreposé ici, et qui est plus frais. Et nous économisons sur certains coûts, résume M. Giorgi.

Contacts avec les clients

Le cannabis c'est un domaine où il y a beaucoup de taxes, il y a beaucoup d'impôts et avoir un magasin farmgate, ça donne aux producteurs un petit peu plus de contrôle, note Lucas McCann, directeur scientifique en chef de CannDelta, une société de conseil en réglementation du cannabis.

Ces magasins favorisent aussi les échanges directs entre producteurs et consommateurs, poursuit-il. Donc à cause de ça, je pense que c'est quelque chose qui [les intéresse] beaucoup.

La loi fédérale encadre de manière très stricte la publicité pour les producteurs, qui ont très peu de moyens de communication pour expliquer ce que sont leurs produits, rappelle Michael Armstrong, professeur associé à la Goodman School of Business de l’Université Brock. Ces interactions, dit-il, sont donc précieuses pour l’industrie, et permettent aussi aux producteurs d’en savoir plus sur ce que les clients recherchent.

Tony Giorgi, lui, estime que l’aspect de proximité dans les magasins fermiers permet de faire tomber certaines barrières par rapport à un monde qui reste mystérieux. Il croit qu’il y a là une occasion d’éducation à saisir.

À l’intérieur de notre magasin, nous projetons des images de nos salles de culture pour que les clients qui entrent puissent voir les plantes qui poussent en direct, décrit-il.

Les gens aiment l’expérience interactive, la personnalisation.

Pas tout à fait comme un vignoble

Mais c’est un modèle qui a encore ses limites, constate M. Giorgi. Dans les vignobles, l’expérience passe aussi généralement par la dégustation, ce qui n’est pas possible dans les magasins de cannabis de type farmgate, puisqu’à l’heure actuelle les salons de consommation ne sont pas autorisés.

Pour le PDG de Sensi Brands, pouvoir offrir des échantillons sur place serait la prochaine étape logique.

Un panneau en anglais qui indique : « Farmgate Market », sur la devanture du magasin de cannabis Station House.

L'expression farmgate fait référence à la vente chez le fermier ou le producteur.

Photo : Radio-Canada

L'industrie aimerait beaucoup avoir ces lieux de consommation parce que c'est une autre façon de répondre aux besoins des consommateurs, ce serait bon pour la demande, observe Michael Armstrong.

Et d'un autre côté, du point de vue de la santé publique, c'est une préoccupation parce que l'approche canadienne de la légalisation est vraiment une approche de "réduction des méfaits".

Encore nouveau

Pour l’instant, le modèle des magasins fermiers de cannabis reste de toute façon relativement marginal.

Selon la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario, en date du 18 juillet 2022, 25 producteurs de cannabis autorisés avaient présenté une demande de licence d’exploitation pour vente au détail, et 14 avaient demandé une autorisation de magasin de vente au détail (les deux permis obligatoires en Ontario pour ouvrir un point de vente de marijuana, peu importe sa forme).

Seuls 4 de ces producteurs ont complété le processus et ouvert un magasin, alors que la province compte quelque 1500 détaillants de cannabis réguliers.

Ailleurs au pays, le Nouveau-Brunswick a aussi récemment ouvert la porte aux magasins de type farmgate, et un cadre réglementaire est attendu en Colombie-Britannique (Nouvelle fenêtre).

Lucas McCann est convaincu que le cannabis a beaucoup plus à apporter à l’industrie touristique.

Lucas McCann, dans les bureaux de sa compagnie.

Lucas McCann, directeur scientifique en chef de la société de conseil CannDelta.

Photo : Radio-Canada / Dean Gariepy

Mais en Ontario, on a juste le droit d'avoir un magasin de cannabis farmgate par producteur, fait-il remarquer. Ce n’est pas non plus un modèle facile à développer partout, puisque la culture des plantes nécessite un certain espace. On ne trouve pas les lieux de production au centre-ville. C'est très souvent dans des locaux loin des endroits touristiques. Donc ça, c'est un défi pour ces producteurs-là.

C’est une expérimentation intéressante, ça peut être une composante intéressante de la vente au détail, mais je ne pense pas que ça prendra beaucoup d’ampleur, prédit pour sa part Michael Armstrong.

Pour reprendre l’analogie, la visite d’un vignoble, d’une distillerie ou encore d’une ferme reste une expérience à part, note-t-il, qu’on vit une fois de temps en temps et qui nécessite un déplacement. Mais pour le reste, la plupart des gens achètent du vin à la Régie des alcools, on achète nos produits d’épicerie à l’épicerie, nos produits pharmaceutiques à la pharmacie, on ne va pas chez le producteur, le magasin au coin de la rue demeure plus pratique.

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