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Des ambulances coincées aux urgences à Québec

La cible ministérielle de 45 minutes n'est pas respectée dans les hôpitaux de la capitale depuis au moins trois ans.

Des paramédicaux de la Coopérative des techniciens ambulanciers de Québec (CTAQ) en action.

Des équipes ambulancières sont parfois coincées plusieurs heures en attente du triage de leur patient à l'urgence.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Des équipes ambulancières continuent d'attendre « plusieurs heures » au triage des urgences de Québec, incapables de transférer leurs patients et d'être libérées pour répondre à d'autres appels.

Selon les données obtenues par Radio-Canada auprès du CIUSSS de la Capitale-Nationale, aucun des établissements du CHU de Québec n'arrive à respecter l'objectif ministériel sur la réception des ambulances. L'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec non plus.

Le critère de performance visé, de l'arrivée de l'ambulance au centre hospitalier jusqu’à sa remise en disponibilité, est de 35 minutes pour 80 % des situations et de 45 minutes pour 98 % des situations, peut-on lire dans un guide du ministère de la Santé et des Services sociaux.

À Québec, les civières sont demeurées captives en moyenne de 53 à 61 minutes selon l'hôpital, entre juin 2021 et mai 2022.

Périodes critiques

Ces données ne disent pas tout, précise Marc Gagnon, coordonnateur des services préhospitaliers d'urgence au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Il y a des pics d'activité dans les salles d'urgence, et les appels sont concentrés dans certains moments de la journée, explique-t-il. Il y a certains moments dans une journée où les équipes ambulancières vont demeurer très longtemps, plusieurs heures en attente.

« Des deux heures, trois heures d'attente, ce n'est pas rare de voir ça dans les différentes urgences du Québec métro. »

— Une citation de  Marc Gagnon, coordonnateur des services préhospitaliers, CIUSSS de la Capitale-Nationale

La moyenne peut donc être relativement encourageante sur une période de 24 heures ou une année, mais durant les périodes critiques, la rétention d'une ambulance peut excéder la cible de 45 minutes de façon beaucoup plus importante.

M. Gagnon mentionne aussi quelques exceptions dépassant encore plus largement le seuil souhaité. Pendant l'attente, les ambulanciers ne peuvent prendre de nouveaux appels, même les plus urgents.

Le risque est éventuellement de subir une découverture ambulancière sur le territoire, alors qu'il arrive parfois qu'aucun véhicule ne soit disponible à Québec.

Beaucoup d'heures d'attente

  • Si tous les transferts s'étaient réalisés dans le délai maximal de 45 minutes, les ambulanciers auraient évité quelque 12 000 heures de rétention dans la dernière année.
  • Au total, les ambulanciers ont passé 58 069 heures en attente au triage entre juin 2021 et mai 2022.
  • La cible au CHU de Québec était de 30 à 40 minutes en 2020.
  • Les centres hospitaliers du CHU de Québec et de l'IUCPQ ont reçu 61 528 ambulances dans la dernière année.

Contexte difficile

La situation ne s'est pas améliorée dans les hôpitaux de Québec au cours des dernières années, mais elle ne s'est pas non plus envenimée. Les statistiques de 2019 et de 2020 démontraient en effet une rétention au-delà de la cible, oscillant autour des mêmes moyennes.

La différence, c'est que divers moyens ont été déployés depuis pour tenter d'optimiser les pratiques, sans toutefois ramener les données à la baisse.

Marc Gagnon fait le même constat. Malgré les mesures qui ont été mises en place et celles qu'on applique actuellement, les délais demeurent les mêmes, déplore-t-il. La COVID-19 et les protocoles sanitaires n'ont pas aidé, selon lui, et la pénurie de personnel non plus. Il soulève également le vieillissement de la population parmi les facteurs ajoutant à la pression sur le réseau.

Le CIUSSS a beau ajuster le nombre d'ambulances sur le terrain en fonction de la demande et de la rétention dans les hôpitaux, il y a une réalité que les ressources ne sont pas illimitées, souligne M. Gagnon. Les solutions sont ailleurs, à son avis.

La devanture d'un hôpital durant la nuit.

L'Hôpital de l'Enfant-Jésus a reçu le plus grand nombre d'ambulances ces 12 derniers mois, avec 16 166 transports.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Projets déployés, innovation recherchée

D'autres moyens de réduire l'attente aux urgences ont été imaginés et mis en chantier.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a notamment lancé un projet pilote de répartition des appels, en mars 2020. À certains moments de la semaine, les demandes pour lesquelles les patients ne nécessitent pas une visite à l'urgence sont redirigées vers d'autres ressources, comme les cliniques ou les groupes de médecine familiale.

Environ 3600 appels pour une ambulance ont été réorientés jusqu'ici, soit environ 1800 par année. Dans la même veine, une clinique d'urgence mineure a ouvert ses portes à l'hôpital Jeffery Hale, en mai dernier.

Mais ça ne suffira pas, selon Marc Gagnon. Il faut en faire plus, il faut travailler encore plus.

En mode solution, des discussions ont été relancées récemment avec les différents partenaires du réseau. Le leadership qu'on assume au CIUSSS, c'est de réunir ces gens-là autour d'une même table, dit-il. Les compagnies ambulancières et le CHU de Québec font partie des pourparlers.

Un homme devant un ordinateur.

La répartition des appels au 911 fait partie des éléments clés pour aider à diriger les ambulances vers des ressources autres que les urgences.

Photo : Ville de Calgary

Le mot d'ordre est d'envoyer le bon patient au bon endroit, de la répartition à la prise en charge et tout au long de la trajectoire de soins. Pour améliorer les choses, M. Gagnon croit qu'il faut régler certains enjeux de gouvernance dans les hôpitaux, assurer une saine répartition des appels, éviter de surcharger un même centre hospitalier et miser sur les forces de chaque établissement.

Il espère également une plus grande valorisation du travail des techniciens paramédicaux, ce qu'ils réclament eux-mêmes depuis plusieurs années.

On ne peut plus penser que les ambulanciers ne peuvent pas être mis à contribution plus largement que de se rendre chez un usager à la maison et de le transporter à l'hôpital. D'autant qu'un nombre important d'appels pour une ambulance ne sont pas urgents.

On veut donc, aussi, sensibiliser la population quant au rôle des urgences et des ambulances.

Bond des visites aux urgences

Stéphane Tremblay, directeur des soins critiques au CHU de Québec, ne cache pas l'important problème des ressources dans les cinq hôpitaux de l'organisation. Quelques jours avant l'entrevue, le CHU annonçait du délestage et que des centaines d'employés manquaient à l'appel en raison de la COVID-19.

En plus d'avoir des équipes à bout de souffle, M. Tremblay rappelle que les activités ont repris rondement dans les hôpitaux, malgré les vagues successives de coronavirus. Même que dans les derniers mois, le CHU de Québec observe un bond des consultations aux urgences.

On a un 12 % d'augmentation de volume ambulatoire. Ce que ça fait, c'est que ça augmente la pression sur le triage, soutient Stéphane Tremblay.

« On est revenu au volume prépandémique de 2019-2020, mais avec un personnel moins important. C'est ça, la trame de fond. »

— Une citation de  Stéphane Tremblay, directeur des soins critiques au CHU de Québec

Même si les patients arrivant en ambulance sont normalement triés en priorité afin de libérer les équipes et maintenir la couverture ambulancière sur le territoire, les centres hospitaliers peinent à respecter les cibles.

Il nous manque beaucoup d'employés et les urgences sont au cœur de ça, concède M. Tremblay, qui mentionne à la fois des enjeux d'efficacité, mais aussi de capacités hospitalières, révisées à la baisse.

La grande priorité au CHU de Québec, pour assurer tous ses services, est de retenir le personnel.

Quant à l'attente ambulancière, Stéphane Tremblay assure que l'objectif de 45 minutes est le niveau à atteindre. Il évoque des projets de réorganisation des lieux physiques et des procédures, une modernisation des façons de faire au triage.

Si la pression baisse sur les urgences, il a bon espoir que le reste va suivre. Il faut travailler sur la libération rapide, mais c'est directement connecté à l'urgence.

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