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Qui succédera à Boris Johnson au Royaume-Uni?

Boris Johnson, de dos, marche vers une bâtisse.

Boris Johnson quitte la tête du Parti conservateur après trois années tumultueuses.

Photo : Getty Images / NIKLAS HALLE'N

Le chef conservateur a démissionné le 7 juillet après le départ fracassant d’une cinquantaine de membres de son gouvernement, dont plusieurs ministres et d'autres membres du Cabinet, qui soutenaient ne plus lui faire confiance.

1. Qui sont les candidats?

Il salue de la main gauche.

L'ex-ministre des Finances Rishi Sunak est arrivé premier lors du quatrième tour de scrutin.

Photo : Getty Images / Carl Court

Rishi Sunak, ex-ministre des Finances, 42 ans

M. Sunak a été l'un des tout premiers à se positionner dans la course qu’il a lui-même provoquée, explique Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique contemporaine à l'Université Sorbonne Nouvelle à Paris. C'est lui qui a été un peu à la manœuvre dans cette histoire parce qu’il était chancelier de l'Échiquier, un des postes les plus importants aux finances. Et c'est suite à sa démission que s'est mis en route le processus qui a conduit au retrait de Boris Johnson.

Son départ, immédiatement suivi de celui du ministre de la Santé Sajid Javid, a amorcé la vague qui a finalement emporté le premier ministre.

Né à Southampton, sur la côte sud anglaise, de parents originaires de l’Inde, Rishi Sunak a fait fortune dans la haute finance.

S’il est élu, ce serait la première fois qu’une personne d’origine indienne se retrouve à la tête du Royaume-Uni. Cependant, souligne Thibaud Harrois, il y a déjà eu plusieurs ministres originaires du sous-continent indien, dont M. Javid et l’ancienne ministre de l’Intérieur Priti Patel.

À part leur origine, ce sont des politiciens sortis d’un moule on ne peut plus classique, précise M. Harrois.

Rishi Sunak est un pur produit d'Oxford, où il a fait le programme philosophie, politique et économie, comme la plupart des premiers ministres récents. Il a un profil conservateur traditionnel. Après un MBA à l’Université Stanford, en Californie, il a été analyste pour Goldman Sachs et partenaire dans deux fonds spéculatifs.

« Ce n'est pas quelqu'un qui vient d'une classe populaire ou qui aurait une éducation différente. »

— Une citation de  Thibaud Harrois, maître de conférences à l'Université Sorbonne Nouvelle à Paris.

Ce milieu assez élitiste pourrait jouer en sa défaveur dans la mesure où les conservateurs tentent d’élargir leur base électorale en allant notamment chercher des voix dans le nord de l'Angleterre, plus traditionnellement travailliste, soutient M. Harrois. M. Sunak n'a pas ce profil-là, ajoute-t-il.

La réduction des impôts a été au cœur des échanges entre les candidats, note Brian Lewis, professeur au Département d’histoire de l’Université McGill. Sur cette question, M. Sunak est le plus réaliste étant donné qu’il ne propose pas de baisses d'impôts immédiates. Mais il est vulnérable, car, en tant que chancelier, il a augmenté les impôts à des niveaux jamais vus depuis les années 1940 pour faire face à la COVID-19. De plus, c'est un milliardaire et pas vraiment un homme du peuple.

Portrait de Liz Truss.

Liz Truss est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Johnson.

Photo : Reuters

Liz Truss, ministre des Affaires étrangères, 46 ans

Au fil des ans, Mme Truss a occupé plusieurs postes ministériels qui l’ont placée sous les projecteurs. Elle est reconnue pour son appui sans équivoque au libre-échange.

Elle est la candidate de la droite dure et du camp de Boris Johnson, observe Brian Lewis. Mais on se moque d’elle en disant que c’est un caméléon, qu’elle manque de substance et qu’elle possède de faibles compétences en matière de débat.

Même si les finalistes sont tous relativement jeunes (moins de 50 ans), aucun d’entre eux n'offre rien de nouveau ou de visionnaire, souligne Brian Lewis. Ils tendent à se positionner comme des thatchériens endurcis, note-t-il.

« Ils n'offrent aucune solution au principal dilemme des conservateurs, qui est de réussir à maintenir ensemble une coalition fragile composée, d’une part, de conservateurs fortunés, partisans d’un faible taux d’imposition et d’un désengagement de l’État, et, de l’autre, de Brexiters blancs appartenant à la classe ouvrière. »

— Une citation de  Brian Lewis, professeur au Département d’histoire de l’Université McGill.

Ils n’ont pas non plus de propositions pour joindre les plus jeunes électeurs, qui se sont massivement détournés des conservateurs, ajoute M. Lewis.

2. Comment se déroule le choix du chef?

Ce sont les 358 députés conservateurs qui choisissent les finalistes dans un scrutin à plusieurs tours qui a débuté le 13 juillet. À l’issue du dernier tour, mercredi, il ne reste plus que deux candidats.

Ce sera alors aux membres du parti (entre 160 000 et 200 000) de se prononcer dans le cadre d’un vote par correspondance au cours de l’été. Le résultat est attendu le 5 septembre.

La personne qui prendra la tête du Parti conservateur deviendra automatiquement premier ou première ministre du Royaume-Uni. En attendant, Boris Johnson reste en poste.

Boris Johnson, les deux pouces en l'air en signe de victoire

Boris Johnson célèbre sa victoire après l'annonce des résultats, le 12 décembre 2019.

Photo : Associated Press / Aaron Chown

3. Quand auront lieu les prochaines élections législatives?

Comme au Canada, la démission du chef du parti au pouvoir ne déclenche pas d’élections générales.

Les Britanniques sont allés aux urnes pour la dernière fois en décembre 2019. Les conservateurs, menés par Boris Johnson, avaient alors remporté la majorité.

Les prochaines élections sont prévues en décembre 2024. Mais un nouveau chef pourrait décider de convoquer les électeurs aux urnes bien avant, croit Thibaud Harrois.

On peut imaginer qu'un nouveau premier ministre conservateur cherche à profiter de la faiblesse de l'opposition et déclenche des élections avant que les travaillistes n'arrivent à remonter dans les sondages et à s'organiser pour gagner, dit-il.

Cela lui permettrait de s’assurer tout de suite cinq années au pouvoir plutôt que de devoir attendre à l'échéance de 2024 sans savoir quelle serait la situation à ce moment-là et si les travaillistes pourraient reprendre du poil de la bête.

De plus, soutient M. Harrois, anticiper l'élection permettrait au nouveau premier ministre de gagner de la légitimité auprès de l’ensemble de l’électorat.

Un manifestant devant le parlement de Westminster.

Un manifestant brandit une pancarte citant Boris Johnson qui dit : « Personne ne m'a prévenu. » La suite indique : « Sérieusement? »

Photo : Getty Images / Dan Kitwood

4. Qu’en pensent les électeurs?

Tous les Britanniques n’ont pas voix au chapitre dans l’élection du chef conservateur, puisque seuls les membres du parti peuvent se prononcer. N’empêche, les attentes sont fortes, estime M. Harrois.

Boris Johnson est extrêmement décrié et sa façon de gérer les crises a été très critiquée, rappelle-t-il. Les scandales qui se sont accumulés sur sa personne, et pas seulement sur sa politique, ont remué les passions.

Les gens ont maintenant hâte de voir comment la personne élue au poste de premier ministre va gérer la situation économique difficile que traverse le pays.

« Cela inquiète les électeurs. Ils attendent de voir comment le nouveau gouvernement va pouvoir répondre à ces très fortes inquiétudes et dans quelle direction on s'engage. Est-ce que ça sera plutôt libéral ou plutôt interventionniste? »

— Une citation de  Thibaud Harrois, maître de conférences à l'Université Sorbonne Nouvelle à Paris.

Cependant, Brian Lewis n’est pas tout à fait du même avis. Les Britanniques, croit-il, ont d’autres chats à fouetter. La plupart des gens sont plus préoccupés par la crise du coût de la vie, les prix élevés de l'énergie et la chaleur étouffante, observe M. Lewis.

Surtout, estime-t-il, dans la mesure où la grande majorité d’entre eux n’ont pas voix au chapitre.

« Le choix du prochain premier ministre sera fait par les 160 000 membres du Parti conservateur, qui sont disproportionnellement des hommes blancs, riches, vieillissants et originaires du sud-est de l'Angleterre. »

— Une citation de  Brian Lewis, professeur au Département d’histoire de l’Université McGill.

Plusieurs croient que c’est une drôle de façon d’élire un premier ministre, conclut-il.

Avec les informations de Agence France-Presse

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