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Des pétoncliers dénoncent le harcèlement en mer fait par des pêcheurs de homard

La GRC a ouvert une enquête au sujet du conflit qui oppose les pêcheurs de pétoncle aux pêcheurs de homard au large de la Péninsule acadienne.

Un homme et une femme devant le quai de Lamèque, au Nouveau-Brunswick.

Lyse Léger et Hervé Mallet essaient en vain depuis quelque jour de pêcher le pétoncle dans la zone 21A, au large de Grande-Anse.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Radio-Canada

Dans la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, des pêcheurs de pétoncles ont dû couper court à leurs activités en mer en raison de la présence de pêcheurs de homard mécontents.

Des pétoncliers pêchent actuellement dans une zone qui va de Belledune à Grande-Anse, et certains homardiers s’inquiètent des effets de cette pêche pour l’habitat du homard.

La capitaine Lyse Léger et ses trois hommes d’équipage sont de ceux qui ont dû freiner abruptement leurs activités en mer, après avoir quitté le quai de Lamèque à trois heures du matin, lundi, pour pêcher le pétoncle.

Rapidement, une quinzaine de bateaux de homards les ont entourés et ont commencé à les harceler, selon elle. Des bateaux ont même heurté celui de Lyse Léger, causant des dommages à son embarcation.

Un bateau de pêche arrive sur un quai.

Lyse Léger est capitaine-propriétaire du bateau DAD, un nom qui fait un clin d’œil à son père, un pêcheur de homard de Cap-Lumière qui a un bateau nommé Mademoiselle Lyse.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Ils disent toutes sortes de bêtises. […] Je ferme juste ma vitre et je continue à pêcher pareil jusqu’à tant qu’ils [recommencent] à me fesser, et là, c’est rendu que c’est trop haut. Il faut que je m’en revienne [au quai]. Je ne peux pas perdre mes hommes, dit Lyse Léger.

« Ça met tout le monde en danger.[...] Ça brise mes affaires et ça m’empêche de pouvoir pêcher pour faire une vie pour moi et ma petite de huit ans. »

— Une citation de  Lyse Léger, pêcheuse de pétoncle

Lyse Léger et son équipage ont finalement été escortés hors des eaux par un hélicoptère de la Garde côtière.

Une semaine d’enfer

Cet événement n’est pas isolé. La semaine dernière, Lyse Léger affirme avoir vécu du harcèlement au même endroit lorsqu’elle est sortie en mer.

Cette fois-là, des agents de la GRC se sont rendus sur les lieux de pêche à bord d’un bateau. Lyse Léger affirme qu’ils ont observé la scène, mais ne sont pas intervenus. Des représentants du ministère des Pêches et des Océans étaient aussi là.

« Le MPO est venu, mais ils ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire. [...] Il n’y a pas de raison en toute pour ce qui se passe. Le MPO pourrait tout arrêter ça. »

— Une citation de  Lyse Léger, pêcheuse de pétoncle

Lyse Léger a fini par retourner au quai, incapable de continuer de travailler dans cette atmosphère.

On a perdu toute la semaine passée […] et aujourd’hui j’ai aussi perdu ma journée, a-t-elle dit lundi, découragée de se sentir victime d'un scénario qui se répète depuis des jours.

Comme les autres pétoncliers, le permis de Lyse Léger lui donne le droit de pêcher pendant dix jours seulement pendant une période d’un mois.

Ses sorties en mer ont également un coût, car elle doit payer son équipage et son carburant.

Quatre personnes devant le quai de Lamèque, au Nouveau-Brunswick.

Lyse Léger et les membres de son équipage de retour au quai de Lamèque, lundi, après une journée de travail interrompue.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Elle trouve injuste que les pêcheurs de homard, qui ont une saison plus longue, l’empêchent de pouvoir exercer ses activités. Ils ne veulent pas qu’on pêche les pétoncles dans la zone 21A, parce qu’ils croient que ça défait les fonds de homards, mais ce n’est pas vrai. […] on n’a pas pogné le homard dans les dragues.

Lyse Léger assure qu’elle va retourner pêcher le pétoncle mardi, parce que c’est son droit.

La capitaine a néanmoins la frousse, car elle estime que personne ne la protège.

Ce n’est pas une bonne atmosphère de travail

Le capitaine Hervé Mallet, pêcheur de maquereau en temps normal, pêche aussi le pétoncle cette année et a vécu une situation semblable au même endroit, la semaine dernière.

Le bateau dont il est propriétaire a lui aussi été encerclé par ceux des pêcheurs de homard.

Il y a eu des collisions entre bateaux. Il y a eu des menaces de faites, affirme Hervé Mallet.

Un homme regarde la caméra sans sourire.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hervé Mallet.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Les pêcheurs de homard lui ont dit qu’ils souhaitaient protéger leur ressource.

Ce qui est comme dur à comprendre, c’est pourquoi est-ce qu’ailleurs ils pêchent le pétoncle et le homard dans les mêmes zones, puis qu’il y a beaucoup de prise de homard et que ça ne dérange pas?, se demande Hervé Mallet.

« On a les permis. On est une des seules zones de pêche de pétoncles qui est obligée d’avoir une boîte noire à bord des bateaux, pour savoir exactement où l’on est, pour ne pas que l’on sorte de la zone [21A]. »

— Une citation de  Hervé Mallet, pêcheur de pétoncles

C’est dangereux […] Nous autres, on essaie de gagner notre vie, surtout qu’on n'a rien fait depuis le printemps, souligne Hervé Mallet. Ce n’est pas une bonne atmosphère de travail.

Les pêcheurs de pétoncles et de homard font partie du même syndicat, l’Union des pêcheurs des Maritimes.

Le syndicat là-dedans, lui, il n’a pas le choix de travailler un pour l’autre, dit Hervé Mallet.

Tout comme Lyse Léger, Hervé Mallet a l’intention de reprendre la mer cette semaine. On a juste dix jours de pêche, rappelle-t-il.

De son côté, Lyse Léger estime que les dirigeants de l’Union des pêcheurs ne font rien pour régler la situation.

La GRC mène une enquête

Le caporal Stéphane Esculier, porte-parole de la GRC, confirme que la police mène une enquête après avoir reçu deux plaintes.

Ces plaintes concernent des événements survenus le 11 juillet et le 18 juillet dans baie des Chaleurs. La GRC va déterminer si des gestes criminels ont été posés, a-t-il ajouté.

La GRC surveille la situation de près et veut assurer la sécurité du public et des pêcheurs, a-t-il signalé.

L'union des pêcheurs veut favoriser le dialogue

À l'Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), le conseiller Luc Leblanc admet qu'il existe un problème démocratique, puisque la majorité des membres de la zone – mais pas tous – s'opposent à la pêche au pétoncle.

C'est une situation regrettable et c'est la sécurité des pêcheurs qui est en jeu. Cette situation date de plusieurs années. La majorité des pêcheurs de homard dans cette zone sont en faveur de l'arrêt de la pêche au pétoncle, mais ça ne fait pas l'unanimité, a-t-il commenté.

Luc Leblanc poursuit que les pêcheurs de homard, dont plusieurs sont aussi des pêcheurs de pétoncle, ont accepté une pause de trois ans dans la pêche au pétoncle parce qu'ils ont une préoccupation légitime face à la ressource de homard.

Ils ont travaillé pendant près de 20 ans à améliorer les stocks de homard et les pêcheurs de pétoncle sont perçus comme une menace. L'UPM va favoriser le dialogue pour en arriver à une solution, a-t-il promis, de la part de son organisation.

D’après le reportage de René Landry

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