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Un juge serait revenu sur sa promesse de ne pas emprisonner Roman Polanski

Photo de Roman Polanski vêtu d'un manteau de cuir, prise à l'extérieur.

Le cinéaste d'origine polonaise Roman Polanski

Photo : Reuters / Charles Platiau

Radio-Canada

Le témoignage d'un ancien procureur, dont la levée de la confidentialité a été ordonnée par un tribunal américain la semaine dernière, révèle qu’un juge de Los Angeles avait déclaré en privé en 1978 qu'il reviendrait sur sa promesse de ne pas emprisonner Roman Polanski pour avoir agressé sexuellement une adolescente de 13 ans en 1977.

Une transcription, obtenue par l'Associated Press, de ce témoignage du procureur de district adjoint à la retraite Roger Gunson va dans le sens de Roman Polanski, qui affirme qu’il a fui les États-Unis à la veille de sa condamnation, en 1978, parce qu'il ne pensait pas obtenir un traitement équitable.

Dans un témoignage donné à huis clos en 2010, M. Gunson a déclaré que le juge responsable du dossier, Laurence Rittenband, aujourd’hui décédé, avait rompu sa promesse de laisser Roman Polanski en liberté après que les responsables de la prison d'État eurent déterminé qu'il ne devait pas purger une longue peine.

Le juge lui avait promis cela à deux reprises [...] une chose qu'il a reniée, a déclaré M. Gunson. Donc, ce n'était pas surprenant pour moi, quand on lui a dit qu'il allait être envoyé dans une prison d'État [...], qu'il ne pouvait pas ou ne voulait pas faire confiance au juge.

La divulgation de ce témoignage était notamment réclamée depuis 2010 par deux journalistes travaillant sur ce dossier impliquant le réalisateur franco-polonais, qui aura 89 ans en août.

Cette affaire est l'une des plus longues sagas de l'histoire de la justice pénale californienne, a déclaré le procureur du district de Los Angeles, George Gascón, dans un communiqué publié le 12 juillet dernier. Pendant des années, ce bureau s'est battu contre la divulgation d'informations que la victime et le public ont le droit de connaître.

Une affaire qui remonte à 1977

En mars 1977, Roman Polanski a emmené une jeune fille de 13 ans pour une séance photo chez Jack Nicholson, alors que l'acteur n'était pas à la maison. Selon le témoignage de la victime, Roman Polanski lui a donné du champagne et une dose de sédatif, puis l'a forcée à avoir des relations sexuelles. L’adolescente a expliqué ne pas avoir lutté parce qu'elle avait peur de lui. Quand elle est rentrée chez elle, sa mère a appelé la police.

Lorsque la jeune fille a refusé de témoigner devant le tribunal, Roman Polanski a plaidé coupable d'avoir eu des relations sexuelles illégales avec une mineure, en échange de l'abandon des accusations liées à la drogue, au viol et à la sodomie. 

Après la publication d’un rapport des responsables de la probation selon lequel Roman Polanski ne devait pas passer de temps derrière les barreaux, le juge Rittenband a envoyé le cinéaste dans une prison d'État en 1977 pour une évaluation diagnostique de 90 jours afin d'aider à déterminer la peine à laquelle il serait condamné.

Le juge a alors dit que si Roman Polanski recevait un rapport favorable de la prison, il ne purgerait aucune peine supplémentaire, a déclaré M. Gunson.

Après six semaines d'évaluation en prison, Roman Polanski a été libéré avec la recommandation de n’accorder qu’une probation, a indiqué Harland Braun, l'avocat de la défense

Toutefois, le juge Rittenband a considéré que les rapports de probation et de prison minimisaient ou déformaient les crimes du réalisateur et il a précisé en privé à M. Gunson et à l'avocat de Roman Polanski qu'il devait se montrer plus dur à l'égard du cinéaste en raison du battage médiatique entourant l'affaire.

Il a déclaré qu'il condamnerait Roman Polanski à une peine de prison, mais qu'il le ferait ensuite libérer dans les 120 jours, ce qui était possible en vertu des règles de l'époque.

Roman a dit : "Comment puis-je faire confiance à un juge qui a menti deux fois? Alors il s'est envolé pour l'Europe", a raconté M. Braun.

M. Gunson a reconnu lors de son témoignage que le juge avait le pouvoir discrétionnaire de condamner Roman Polanski jusqu'à 50 ans parce qu'aucune peine n'avait été fixée. 

Opposé à la procédure orchestrée par le juge, il a estimé que M. Rittenband avait rompu les promesses faites au cinéaste.

La victime réclamait que ce témoignage soit rendu public

La victime, Samantha Geimer, a longtemps plaidé pour que l'affaire soit classée ou que Roman Polanski soit condamné par contumace. Il y a cinq ans, cette femme qui vit à Hawaï est allée à Los Angeles pour implorer le juge de prendre des mesures pour enfin clore cette affaire en tant qu'acte de miséricorde envers elle-même et sa famille. 

En 1993, le réalisateur a accepté de verser à Mme Geimer plus de 600 000 $ US.

En 2013, Samantha Geimer est revenue sur l’affaire Polanski dans son livre La fille : ma vie dans l'ombre de Roman Polanski (The Girl: A Life in the Shadow of Roman Polanski).  

Le mois dernier, elle a demandé la levée de la confidentialité du témoignage de Roger Gunson et a exhorté le bureau du procureur à jeter un nouveau regard sur l'affaire.

Le bureau du procureur s’était toujours opposé à la publication du témoignage, mais il a fini par céder pour honorer les souhaits de Mme Geimer.

Quelles conséquences pour Roman Polanski?

L'avocat de la défense Harland Braun a déclaré vendredi – dans l'attente de la publication du témoignage du procureur Gunson – qu’il allait renouveler ses efforts pour faire condamner Roman Polanski par contumace (en absence de l'intéressé), ce qui mettrait fin à son statut de fugitif.

M. Braun a déjà tenté cette manœuvre, sans succès, les juges exigeant que Roman Polanski se présente devant la Cour supérieure de Los Angeles pour régler l'affaire.

Cependant, le bureau du procureur n'a pas indiqué si Roman Polanski allait pouvoir éviter une comparution devant le tribunal. Dans son communiqué de presse du 12 juillet, il a précisé que le réalisateur demeurait un fugitif et qu'il devait se rendre au tribunal pour être condamné.

Avec les informations de Associated Press, et Agence France-Presse

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