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Fonderie Horne : le déplacement des 80 maisons les plus proches envisagé

La compagnie et la santé publique le recommandent, mais la Ville de Rouyn-Noranda y est réfractaire.

Une vue aérienne du quartier Notre-Dame. Au loin, les cheminées de fonderie Horne.

Le nord du quartier Notre-Dame est situé à quelques centaines de mètres de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

ROUYN-NORANDA – Après Malartic, Rouyn-Noranda? La Fonderie Horne et la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue préconisent de déplacer des dizaines de familles vivant trop près de l'usine et ses émanations de contaminants pour protéger leur santé. Radio-Canada a obtenu des détails de ce projet embryonnaire qui ne fait pas l'affaire de la Ville.

Le quadrilatère qui fait l'objet de discussions est la zone résidentielle la plus au nord du quartier Notre-Dame. Cette « zone tampon », qui verrait ses résidences rasées, irait de la 4e à la 9e Rue et de la ruelle Carter (au nord de la rue Carter) jusqu'à l'avenue Portelance.

Il s'agit du secteur le plus contaminé et le plus sujet aux rejets polluants, comme l'arsenic, le cadmium et le plomb. La différence d'exposition est importante par rapport aux résidences situées 500 mètres plus loin.

Graphiques du ministère de l'Environnement du Québec (2022) illustrant la différence de concentration d'arsenic, de cadmium et de plomb dans l'air, selon la distance de la fonderie.

Graphiques du ministère de l'Environnement du Québec (2022) illustrant la différence de concentration d'arsenic, de cadmium et de plomb dans l'air, selon la distance de la fonderie.

Photo : MELCC

Selon trois sources bien au fait du dossier, le sujet a fait l'objet de discussions préliminaires et a été abordé une fois, en interne, à la municipalité de Rouyn-Noranda. Mais rien n'est encore décidé, loin de là. C’est touchy, on ne veut pas faire paniquer personne, confie une source de la Ville.

Une résidente voisine de la Fonderie

Une résidente voisine de la Fonderie

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Des propriétaires du quartier Notre-Dame nous ont confié avoir été contactés par Glencore pour acheter leur maison. Selon un document de 2020, la compagnie possède déjà au moins cinq résidences dans le quadrilatère concerné.

On ignore encore si les maisons seraient détruites ou déplacées ou bien un mélange des deux, comme on l'a déjà expérimenté en Abitibi-Témiscamingue, avec la construction de la mine d'or de Malartic.

Une maison est montée sur une remorque et tirée par un camion.

Des maisons déménagées par camion, à Malartic, en 2009, pour faire place à une mine d'or à ciel ouvert de la compagnie Osisko.

Photo : L'or des autres/Amazone Film

Il y en a qui se sont fait offrir de démolir leur maison, mais ils ne sont pas pour ça, confirme François Thibault, résident de la 6e Rue. Il rappelle que certains ont complètement rénové leurs résidences dans les dernières années.

Il est devant la fonderie.

François Thibault réside dans la 6e rue du quartier Notre-Dame depuis 1986.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

L'entreprise a déjà acheté puis détruit les deux rangées de maisons les plus au nord, en 2020, et a créé une zone de transition. Elle ne cache pas son intérêt pour étendre le concept à une zone tampon plus large.

En décembre 2019, Glencore l'évoquait en complément d'autres mesures, dans son plan d'action présenté au gouvernement du Québec.

Des maisons dans le secteur envisagé.

Des maisons dans le secteur envisagé.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Nous pourrons vous en dire plus dans les prochaines semaines, répond la porte-parole de la compagnie Cindy Caouette, lorsque nous l'interrogeons sur ce sujet. Elle rappelle que la Fonderie Horne travaille sur un nouveau plan d'action qui sera présenté à la fin de l'été, avec des objectifs et des échéances.

Très intéressant, dit la santé publique

Pour nous, ça a toujours été une solution, la zone tampon [...] pour atteindre un niveau de protection de la santé, dit le directeur régional de la santé publique, le Dr Stéphane Trépanier.

L'idéal, ce serait les deux, selon lui : une zone tampon en plus d'un investissement de la fonderie pour moins polluer, mais s’il y a des enjeux technologiques qui ne permettent pas de réduire rapidement les émissions, là, c’est une option rapide à mettre en place.

« Moi, je vois le déménagement du quartier comme la façon d’atteindre les 3 [nanogrammes d'arsenic par mètre cube dans l'air, soit la norme québécoise]. »

— Une citation de  Stéphane Trépanier, directeur régional de la santé publique en Abitibi-Témiscamingue
Crayon à la main, il prend la pose avant le début d'une conférence de presse.

Le directeur régional de la santé publique en Abitibi-Témiscamingue, le Dr Stéphane Trépanier

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

Le Dr Trépanier note toutefois que cette solution a des impacts à considérer et qu'elle doit être réfléchie et analysée avec tous les partenaires et parties prenantes, notamment les résidents.

Le secteur est le plus défavorisé de la ville et la proximité du centre-ville et des services permet aux habitants de recourir à la marche et au transport en commun pour leurs déplacements.

Ça aurait des impacts sérieux. Je ne suis vraiment pas chaud, dit le conseiller municipal du district Noranda, Réal Beauchamp. On ne peut pas les envoyer dans un quartier qui a peu de services de proximité.

Il parle au téléphone.

Le conseiller municipal du district Noranda, Réal Beauchamp

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

En entrevue dans une ruelle du secteur concerné, l'élu marche sur des œufs : Inévitablement, si on n'arrivait pas à rejoindre le nombre de nanogrammes prescrits et qu'il y avait une incapacité de la fonderie à rejoindre cet objectif-là, c'est sûr que la fonderie regarde pour d'autres scénarios. Oui, il y en a un, qu'on n'a pas abordé officiellement, qui concerne de reculer un peu plus la frontière du quartier habitable, pour éloigner la population.

Le déménagement du quartier demeure une option de dernier recours, ajoute la directrice des communications de la ville, Anne-Marie Nadeau, à la suite de cette entrevue. Elle affirme qu'aucune analyse n'a encore été faite et que les efforts doivent être mis sur la réduction des émissions.

« L’important c’est que Glencore fasse les investissements nécessaires pour atteindre les normes environnementales pour l’ensemble des métaux. Ultimement, on veut une meilleure qualité de l’air pour l’ensemble de la ville et des quartiers. »

— Une citation de  Anne-Marie Nadeau, directrice des communications de la ville de Rouyn-Noranda

Rouyn-Noranda ne comprend pas d'autres secteurs comparables ni de terrains vacants à proximité du centre-ville où certaines propriétés pourraient être délocalisées. De plus, le taux d'inoccupation y est actuellement de 0,3 %, un record.

Ils chargent une camionnette.

Martin Cloutier (à droite) aide son voisin à récupérer de la ferraille, dans la ruelle Carter.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Martin Cloutier qui aide un voisin à charger de la ferraille dans la ruelle Carter ne serait pas contre l'idée de s'éloigner de la fonderie, mais ça lui ferait mal au cœur. C'est sûr que ça ferait mon affaire, mais c'est le quartier qu'on aime. C'est les gens. C'est que du monde simple, terre à terre.

Ils seraient mieux d’arranger ça à la fonderie, de travailler sur leurs machineries, dit son voisin, moins intéressé.

La zone tampon plaît à l'agent immobilier de Proprio Direct Raynal Rail, dont le bureau est juste en dessous du secteur concerné.

« Je trouve ça correct. Il y a des gens que ça inquiète de rester dans le quartier. Ils ont peur du cancer. »

— Une citation de  Raynald Rail, agent immobilier dans le quartier Notre-Dame

D'après les données de Centris, les maisons du secteur se sont vendues en moyenne 294 000 $ ces deux dernières années. Et la Fonderie Horne achète à la valeur marchande. Se procurer 80 maisons pourrait donc coûter au moins 23 millions de dollars, sans compter le coût du déménagement ou de la reconstruction des résidences.

La Ville de Rouyn-Noranda a reçu 6,5 millions de dollars du gouvernement provincial pour planter des arbres dans le quartier.

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