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Le cercle vicieux des vagues de COVID-19 à répétition

Des gens portant des masques défilent devant une murale dédiée aux travailleurs de la santé.

Des vagues de COVID-19 à répétition continuent d'avoir des impacts à tous les niveaux et les conséquences s'accumulent, avertit la professeure Christina Pagel.

Photo : Reuters / Eloisa Lopez

L’abandon de presque toutes les mesures sanitaires nous a poussés dans un cercle vicieux de vagues de COVID-19, mettent en garde des spécialistes de la santé. En plus des impacts sur la santé de la population, chaque nouvelle vague a des conséquences socio-économiques importantes.

Chaque nouvelle vague de COVID-19 a un impact sur notre système d'éducation et de santé, pousse des travailleurs hors du marché du travail et perturbe la vie des gens. Comment est-ce une approche durable? Combien de vagues verrons-nous avant que les dirigeants agissent?, demande une professeure de l'University College de Londres.

Cette semaine, Christina Pagel, directrice de l'unité de recherche opérationnelle clinique de l'University College de Londres, qui étudie diverses méthodes analytiques pour régler diverses problématiques en santé, a publié un texte (Nouvelle fenêtre) expliquant comment et pourquoi le monde est entré dans un cercle vicieux de vagues de COVID-19.

Selon cette membre d’Independent SAGE, un groupe indépendant de chercheurs qui offrent des conseils scientifiques pour la gestion de la pandémie, il est de plus en plus clair que vivre avec la COVID-19 sans mesures de mitigation ne fait que prolonger la pandémie.

Vivre avec le virus ne veut rien dire. Ça veut juste dire qu’on essaie de retourner à la normale en ignorant la situation, a-t-elle affirmé en entrevue avec Radio-Canada.

Elle comprend mal l’indifférence actuelle des politiciens et du public alors que la pandémie continue de faire des ravages à tous les niveaux.

Ce n’est pas normal d’avoir une vague en été, d’avoir une troisième vague depuis six mois. Ce n’est pas normal qu’on annule des centaines de vols parce qu’on manque d'employés. Ce n’est pas normal qu’on manque de professeurs dans les écoles parce qu’ils sont infectés; certains l’ont été deux, trois, voire quatre fois. Nous ne sommes pas retournés à la normale.

Les impacts d'un cercle vicieux de vagues

Portrait de Christina Pagel.

Christina Pagel est directrice de l'unité de recherche opérationnelle clinique de l'University College de Londres et membre d’Independent SAGE au Royaume-Uni.

Photo : University College London

Selon Mme Pagel, l’abandon de presque toutes les mesures sanitaires nous a poussés dans un cercle vicieux de vagues de COVID-19. Au-delà des impacts sur la santé de la population, chaque nouvelle vague a des conséquences socio-économiques importantes.

Dans le milieu scolaire, lorsqu'il y a une nouvelle vague d’infections, ce sont non seulement les enfants infectés qui manquent de nombreux jours de classe, mais aussi les enseignants, infectés à répétition, qui doivent être remplacés.

Les enfants et les enseignants infectés transmettent ensuite le virus dans leurs familles, forçant les parents malades à s’isoler et à manquer des jours de travail.

Plus les travailleurs manquent des journées de travail en raison d’une infection ou d’une réinfection, plus ils se sentent obligés de retourner travailler avant la fin de leur isolement ou même d'aller travailler alors qu'ils sont malades.

De plus, précise Mme Pagel, de nombreuses personnes à faible revenu ou occupant des emplois précaires ne peuvent pas se permettre de rester chez elles. Plusieurs personnes ne peuvent pas prendre deux ou trois semaines de congé, ne peuvent pas se passer de ce revenu ou risquent d’être congédiées.

Ainsi, la transmission communautaire se poursuit allègrement et fait augmenter le nombre d’infections.

Mme Pagel rappelle qu’il ne faut pas ignorer le fait que des centaines de milliers de personnes ont des symptômes qui perdurent. Les maladies de longue durée et les personnes handicapées [par cette maladie] augmentent à chaque vague et épuisent notre main-d'œuvre.

Même la Banque d’Angleterre a averti que la pandémie a des répercussions sur la pénurie de main-d'œuvre, souligne-t-elle.

Puis il y a l'impact sur les systèmes de santé, qui ne réussissent plus à récupérer les dommages des vagues précédentes. Il n’y a tout simplement pas de répit pour les travailleurs de la santé, dit-elle.

Enfin, plus on permet au virus de se propager, plus il y a de risques de mutations, ce qui peut mener à l’apparition de nouveaux variants plus contagieux et plus virulents.

En 2022, les vagues ont été de plus en plus rapprochées et ont été plus grosses que les années précédentes, rappelle Mme Pagel.

Des textes répartis entre des flèches qui forment un cercle.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le cercle vicieux des vagues de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Andrea Alvarenga

Et chaque nouveau variant amène un nouveau cycle d’infections et de conséquences socio-économiques.

Combien de fois allons-nous vivre ce cercle vicieux avant que les autorités agissent? se demande Mme Pagel.

« Je ne comprends tout simplement pas pourquoi nous avons espoir que chaque vague sera la dernière, alors que ce n'est clairement pas le cas. Voulez-vous vraiment être infectés deux, trois, ou quatre fois par année? »

— Une citation de  Christina Pagel, University College de Londres

Des vagues successives, des conséquences cumulatives

Mme Pagel dit qu’il ne faut pas seulement se concentrer sur les impacts de la vague en cours; il ne faut pas non plus oublier que les conséquences négatives s’accumulent et mettent tout le monde dans une situation de plus en plus précaire.

Les vaccins ont été fantastiques pour réduire les décès et les complications sévères, mais ils n’arrêtent pas cette infection de masse, ça n’arrête pas les perturbations dans notre société et ça provoque une lente érosion de plusieurs services et institutions.

Laisser de nouvelles vagues déferler l’une après l'autre fait en sorte que nos vies sont beaucoup moins prévisibles, ajoute Mme Pagel. Je pense que les gens commencent à remarquer l'impact sur leur vie au quotidien.

Elle n’est pas la seule qui pense cela. C'est le cas du professeur Raymond Tellier, microbiologiste médical au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et professeur agrégé au Département de médecine de l'Université McGill.

Chaque fois qu’on a un nouveau variant, il y a des conséquences négatives et il y a un effet cumulatif. On va subir les contrecoups de cette pandémie pendant très longtemps. Il y aura encore beaucoup de morts et de personnes handicapées, craint M. Tellier.

André Veillette, immunologiste à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, est lui aussi inquiet de voir des vagues à répétition. On va d’une vague à l’autre sans se rétablir de la vague d’avant. La société et les gens dont on dépend pour faire fonctionner la société ne sont pas rétablis. On essaie d’aller trop vite et on se brûle.

« Ce n’est pas juste un problème sanitaire ou médical à ce point-ci. C’est devenu un problème de société et économique. La société n’est ni capable ni prête à retourner à pleine vitesse. »

— Une citation de  André Veillette, Institut de recherches cliniques de Montréal

Il faut recommencer à prendre la pandémie au sérieux

Mme Pagel comprend mal comment, avant 2020, les autorités n’avaient aucun problème à dépenser des millions de dollars pour prévenir la grippe et d'autres maladies infectieuses, mais qu’ils sont maintenant frileux d’adopter des mesures pour réduire la propagation du SRAS-CoV-2.

« Pourquoi avons-nous arrêté de vouloir réduire la transmission de COVID-19? Si nous avions trois, quatre ou cinq saisons de grippe par an, nous aurions déjà agi. »

— Une citation de  Christina Pagel, University College de Londres

Pour sa part, M. Tellier croit qu’on a sous-estimé ce virus. Beaucoup s'attendaient à ce que ça soit comme en 2009 avec le H1N1, que ça soit terminé rapidement. Mais ce n’est pas ce qui se passe.

C’est pourquoi M. Tellier et Mme Pagel croient qu’il faut continuer de prendre la pandémie au sérieux, malgré le ras-le-bol généralisé.

C’est la nature, et non les politiciens, qui aura le dernier mot, affirme M. Tellier. On ne peut pas simplement dire : "ça ne me tente pas".

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs lancé un nouvel avertissement cette semaine : la pandémie n’est pas finie.

Nous jouons avec le feu en laissant ce virus circuler à des niveaux aussi élevés, a récemment écrit sur Twitter Maria Van Kerkhove, responsable technique de la COVID-19 à l'OMS. Nous ne vivons pas encore avec la COVID-19 de manière responsable. Nous n’y sommes même pas proches d’y arriver.

Elle a par ailleurs déploré le fait que des gens continuent de mourir inutilement, que des millions de personnes soient infectées chaque semaine et que de nombreuses personnes vivent avec des séquelles à long terme de la maladie, la COVID longue.

Ce qui m'empêche de dormir la nuit, c'est de voir la complaisance, écrit-elle.

Des gens, certains portant un masque, traversent une rue

Le port du masque n'est plus obligatoire dans la majorité des endroits, mais les experts estiment qu'il serait prudent de le porter dans certaines situations (dans les endroits clos et mal ventilés, dans des foules et dans les transports en commun).

Photo : Reuters / Gustavo Graf Maldonado

Il est possible de briser ce cercle vicieux

Selon M. Tellier, si le monde a été aveuglé par le désir de revenir à un état prépandémique, il faudra peut-être attendre encore quelques années avant un retour à la normale, sans mesures sanitaires. On doit garder quelques précautions, croit-il.

Mme Pagel tient toutefois à rappeler que personne ne souhaite retourner aux confinements des premières vagues ou aux mesures extrêmement sévères imposées à Shanghai.

« Il y a cette idée que nous pouvons soit tout fermer et aller en confinement, soit ne rien faire. Ce n’est pas du tout le cas.  »

— Une citation de  Christina Pagel, University College de Londres

Si les vaccins sont un outil remarquable pour réduire les risques de complications sévères de la maladie, André Veillette rappelle qu’il ne faut pas miser seulement sur cet outil.

Port du masque dans certaines situations (ex. : foules et transport en commun), amélioration de la ventilation des bâtiments (écoles, hôpitaux, centres commerciaux, entreprises, etc.) et accès à de l’aide financière pour ceux qui doivent s’isoler sont trois mesures essentielles pour tenter de briser ce cercle vicieux de vagues, disent ces experts.

Ces mesures n’élimineront pas entièrement la COVID-19, convient Mme Pagel. Mais toute réduction de la transmission aide à réduire la taille des nouvelles vagues et peut briser le cercle vicieux.

Elle ajoute qu’il faut que les gouvernements arrêtent de rejeter toute la responsabilité sur les individus. Cette approche est inefficace. Je ne peux pas, comme individu, aller changer la ventilation à mon travail. Je peux gérer mon risque, mais je ne peux pas gérer ce que les gens autour de moi font…

Mme Pagel croit que plus il y aura de perturbations socio-économiques causées par des vagues répétitives, plus le public exigera des comptes des politiciens. Peut-être qu'une fois que les gens auront été infectés une troisième ou une quatrième fois, ils demanderont aux gouvernements d’agir.

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