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Fonderie Horne : des tonnes de contaminants différents retombent sur Rouyn-Noranda

Au-delà des émissions d'arsenic, en hausse, d'autres substances rejetées par l'usine sont cancérigènes.

Deux cheminées trônent.

La Fonderie Horne, vue des airs, le 14 juillet 2022

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

La Fonderie Horne rejette au moins 23 contaminants différents dans l'air de Rouyn-Noranda, notamment des métaux, des gaz, de l'acide et des particules de plusieurs tailles. Plusieurs atteignent des quantités inégalées au Québec. C'est ce que révèle une analyse de Radio-Canada à partir des nouvelles données dévoilées par le ministère fédéral de l'Environnement.

Une étude récente de la santé publique a déjà démontré que la population de Rouyn-Noranda a des risques accrus de cancer du poumon à cause de son exposition aux émissions d'arsenic et de cadmium. Sauf que ces deux contaminants ne sont pas les seules substances cancérigènes émises par la fonderie.

L'Inventaire national des rejets de polluants, qui vient de dévoiler les données de 2021, prouve que l'usine de Glencore a expulsé dans l'air un total de 212 tonnes de métaux, dont 10 tonnes de nickel, la plus grande quantité de toutes les industries du Québec.

Ces contaminants sont transportés par des particules (poussières ou gouttelettes), elles-mêmes rejetées à des niveaux très importants dans l'air, pour un total de plus de 1500 tonnes l'an dernier, soit une moyenne de 4 tonnes par jour.

Selon Environnement Canada, de nombreuses études ont établi un lien entre les particules et la recrudescence de diverses formes de maladies du cœur et de troubles respiratoires tels que l’asthme, la bronchite et l’emphysème.

L'Inventaire national des rejets de polluants est un registre public du gouvernement fédéral dans lequel les installations ont l'obligation de déclarer leurs rejets de substances dans l'air, l'eau et le sol. Il recense les rejets de 7000 installations au Canada.

Ces installations comprennent des usines qui produisent diverses marchandises, des mines, des opérations pétrolières et gazières, ainsi que les centrales et les usines de traitement des eaux usées.

Les données qu'on y retrouve correspondent aux rejets depuis le site industriel et non pas aux mesures des stations situées à l'intérieur des quartiers résidentiels.

Au loin, on voit les cheminées de la Fonderie Horne.

Clémentine Cornille, directrice générale du Conseil régional de l'Environnement de l'Abitibi-Témiscamingue, devant le lac Osisko, à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Ce sont des quantités vraiment énormes, dit Clémentine Cornille, directrice générale du Conseil régional de l'Environnement de l'Abitibi-Témiscamingue (CREAT).

« C'est un argument de plus pour convaincre le ministre de l'Environnement du Québec qu'il faut agir rapidement. »

— Une citation de  Clémentine Cornille, directrice générale du Conseil régional de l'Environnement de l'Abitibi-Témiscamingue

Le ministre Benoit Charette a annoncé, mercredi, qu'il souhaite contraindre la fonderie à respecter des normes pour tous les métaux, et pas seulement l'arsenic. Actuellement, aucun plafond n'est imposé à la fonderie pour ces autres contaminants.

Préoccupations concernant l'addition des effets

Plusieurs substances sont à surveiller par rapport au risque de cancer du poumon, explique Maximilien Debia, professeur à l'École de santé publique de l'Université de Montréal et expert en toxicologie industrielle. Il cite l'arsenic et le cadmium, mais aussi certaines formes du nickel et du chrome.

« Il faut considérer l’effet combiné de l’exposition à ces substances ayant des effets similaires. »

— Une citation de  Maximilien Debia, professeur à l'École de santé publique de l'Université de Montréal et expert en toxicologie industrielle

L'Institut national de santé publique a même évoqué la possibilité d'effets multiplicatifs des mélanges de substances, tout en rappelant que la science est encore très peu avancée à ce sujet.

Rejets de plusieurs contaminants en hausse

Glencore a déclaré avoir rejeté 36 tonnes d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda en 2021, un record depuis 2005. La hausse par rapport à l'année 2020 est de 62 %.

D'autres contaminants ont été rejetés en plus grande quantité en 2021 par rapport à 2020, comme le chrome (+457 %), le nickel (+410 %) et le cadmium (+50 %).

En revanche, on note une baisse des rejets d'acide sulfurique (-60 %) et de plomb (-26 %).

En 2019, une étude de la santé publique sur des enfants du quartier proche de la fonderie a montré qu'ils avaient jusqu'à 40 fois plus d'arsenic dans leurs ongles, par rapport à un groupe témoin non exposé aux rejets polluants.

À Rouyn-Noranda, les mères ont plus de risque de mettre au monde un bébé de petit poids qu'ailleurs au Québec et les résidents du quartier Notre-Dame meurent en moyenne cinq ans plus tôt que le reste des Québécois.

La pire qualité de l'air au Québec est à Rouyn-Noranda

En 2021, pour une troisième année de suite, le centre-ville de Rouyn-Noranda a remporté la palme de la plus mauvaise qualité de l'air de la province, selon l'indice du ministère de l'Environnement du Québec (Nouvelle fenêtre) qui tient compte des particules dans l'air et du dioxyde de soufre.

Au chapitre des métaux rejetés par la fonderie, l'entreprise ne fait pas meilleure figure dans les classements que nous avons réalisés. Elle trône au sommet des pires pollueurs de l'air de la province, et même du Canada, dans plusieurs catégories.

Pourquoi ça ne s'améliore pas? demande Clémentine Cornille, du CREAT. Pourquoi on a eu des résultats aussi élevés, alors que l'entreprise dit avoir mis en place des projets [de réduction des émissions]?

Selon Glencore, les données de 2021 ont été surestimées, en raison d'une contamination de la sonde utilisée, contamination découverte à la suite de rinçages additionnels de la sonde et de la découverte de teneurs élevées en métaux dans les eaux de rinçage.

Glencore explique que sur les cinq échantillons prélevés, deux ont été effectués avec la sonde contaminée et trois ont été réalisés avec une nouvelle sonde.

La compagnie nous a fourni des données qui révèlent que ses émissions sont en dessous des normes québécoises de qualité de l'atmosphère pour le nickel, le cadmium et le plomb dans les stations de mesures de l'Aréna Glencore, de l'hôtel de ville et de la Laiterie Dallaire. En revanche, les normes sont dépassées de deux à cinq fois, à la station la plus proche de la fonderie, dans le quartier Notre-Dame.

Avec les informations de La Presse canadienne

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