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Des entrepreneurs madelinots ferment leurs portes pour profiter de l’été

Des devantures de commerces colorées.

Les propriétaires de la boulangerie L'Arbre à pains (le bâtiment du milieu) ont décidé de faire une croix sur la saison touristique en fermant leur commerce jusqu'en septembre.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Alors que la saison touristique bat son plein aux Îles-de-la-Madeleine, certains entrepreneurs décident de suspendre leurs activités quelque temps. La décision de rater la manne estivale découle non pas du manque de main-d’œuvre mais plutôt du désir de profiter de l'été et de s'offrir une meilleure qualité de vie.

L'exemple le plus probant est certainement celui de la boulangerie L'Arbre à pains, qui a pignon sur rue à Cap-aux-Meules.

L'entreprise a éteint ses fours le 9 juillet et ne les rallumera qu'en septembre. Cette décision d’affaires à contre-courant est liée non pas à des difficultés de recrutement mais plutôt à l'essoufflement attribuable aux productions estivales dans le tapis afin de servir la clientèle touristique.

Chaque été, c’est toujours une tornade. L’achalandage est tellement intense que ça nous demande de grossir notre équipe et de former des employés saisonniers parce qu’on doit quadrupler la production pour répondre à la demande, lance la copropriétaire, Anne-Marie Cérat.

« C’est toujours beaucoup de stress et d’anxiété au printemps pour bâtir une équipe complète et affronter l’été. À l’automne, on est brûlés. On veut ramener la production à échelle humaine. »

— Une citation de  Anne-Marie Cérat, copropriétaire de L'Arbre à pains

Les copropriétaires calculent qu’ils pourront très bien rentabiliser leur boulangerie durant les dix autres mois de l'année en servant la clientèle madelinienne avec leur petite équipe habituelle de trois personnes.

Les copropriétaires Anne-Marie Cérat et Guillaume Brochu, photographiés devant un étalage de pains.

Les copropriétaires de L'Arbre à pains, Anne-Marie Cérat et Guillaume Brochu, ont choisi de fermer les portes durant la haute saison touristique. «Dans la balance, ce qui pesait le plus, c’est notre santé mentale et notre qualité de vie», explique Mme Cérat.

Photo : Gracieuseté de l'Arbre à pains

Après huit ans d’activité, on s’est rappelé que nos objectifs en déménageant aux Îles, c’était de pouvoir vivre de notre passion et de profiter de la vie aux Îles, mais on ne l’a jamais vraiment fait, parce que l’été, on était toujours occupés, constate Mme Cérat.

Les propriétaires de la cantine Le P’tit Capitaine ont également décidé de s'offrir un congé estival. Ils fermeront les portes de la cantine trois semaines pendant les vacances de la construction.

Nous sommes ouverts à l’année et nous sommes très occupés même en basse saison, donc on a décidé, depuis l’année dernière, de prendre des vacances en été pour s’offrir, à nous et aux employés, une qualité de vie, tout simplement, mentionne la copropriétaire, Sylvie Rousselle.

La cantine est photographiée durant l'été.

La cantine Le P'tit Capitaine va fermer ses portes du 16 juillet jusqu'au 9 ou au 10 août.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La propriétaire de la pâtisserie Hélène des Îles, à Havre-aux-Maisons, a elle aussi instauré des changements importants en vue de la saison estivale 2022 pour éviter l'anéantissement de la joie d'être à la pâtisserie, et ce, même si elle n’a jamais souffert d'un manque de personnel.

Après de nombreux étés à exploiter son commerce sept jours sur sept, Hélène Arseneau a choisi cette année d'ouvrir la pâtisserie cinq jours par semaine, en plus de réduire son menu et de suspendre la production sur commande.

La façade de la pâtisserie Hélène des Îles.

Hélène Arseneau explique que la décision de réduire l'offre de services estivale a été à la fois « douloureuse » et « salvatrice ».

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

C’est une décision qu’il a fallu prendre parce que les trois derniers étés, on a beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé, explique-t-elle. On s’est rendu compte qu’on n’est pas capables de fournir à la demande. C’est impossible : la demande est beaucoup plus grande que ce qu’on a la capacité de produire. On était tellement épuisés!

« Du sept jours sur sept, je l’ai fait durant 15 ans, mais là, je ne suis juste plus capable de faire ça. Comment peut-on habiter un si bel endroit et ne jamais en profiter? »

— Une citation de  Hélène Arseneau, pâtissière et propriétaire de la pâtisserie Hélène des Îles

Ça fait 15 ans que je ne suis pas allée aux petites fraises, même si c’est un grand bonheur dans ma vie, parce que je n’avais pas le temps, raconte-t-elle avec émotion. Ma mère me dit toujours : "À l’impossible, nul n’est tenu." Alors j’ai décidé que c’était impossible de fournir autant de pâtisseries. Moi aussi, je veux profiter de la beauté des Îles.

Hélène Arseneau photographiée dans son commerce.

Hélène Arseneau est pâtissière et propriétaire de l'entreprise Hélène des Îles.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le monde des affaires en pleine transformation

Le directeur de la Chambre de commerce des Îles, Antonin Valiquette, refuse de s’affoler devant ces réductions de services pour la clientèle locale et touristique.

Je ne pense pas qu’il faut voir ça comme un signal d’alarme mais bien comme une réalité à laquelle il va falloir s’adapter, souligne-t-il.

Il estime que le modèle classique du monde des affaires est en train de se transformer, particulièrement depuis le début de la pandémie.

Beaucoup d’études démontrent que plusieurs employés seraient prêts à voir leur salaire diminuer pour bonifier leur conciliation travail-famille et leur temps personnel, explique M. Valiquette. Ce phénomène-là est aussi vrai pour certains entrepreneurs. Certains entrepreneurs choisissent de ne pas développer et grossir leur entreprise, même s’ils ne suffisent plus à la demande, mais plutôt de prendre du temps pour eux et pour leur famille, donc c’est un choix. Et c’est la beauté de l’entrepreneuriat : un entrepreneur peut faire ce qu’il veut.

Antonin Valiquette est photographié derrière son bureau.

Le directeur de la Chambre de commerce des Îles, Antonin Valiquette, croit que la clientèle devra s'habituer à modifier ses habitudes en raison non seulement de la pénurie de main-d'œuvre mais aussi du fait que certaines entrepreneurs choisissent désormais de prioriser leur qualité de vie.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ce n’est toutefois pas sans conséquences pour les consommateurs, qui buteront inévitablement sur des portes closes et qui seront forcés de modifier leurs habitudes d’achats.

La copropriétaire de L'Arbre à pains signale que la très grande majorité de sa clientèle a bien accueilli la nouvelle de la fermeture estivale de la boulangerie, mais elle ne cache pas que certaines personnes sont insatisfaites.

« Il y a peut-être un choc qui va se faire pour les consommateurs, mais c’est peut-être une tendance dans le monde des affaires à laquelle il va falloir s’habituer, et pas seulement aux Îles-de-la-Madeleine. »

— Une citation de  Antonin Valiquette, directeur de la Chambre de commerce des Îles

Dans un contexte où il y a des problèmes structurels, comme la pénurie de main-d’œuvre, la pandémie, l’inflation, la possible récession économique, des failles dans la chaîne d’approvisionnement, c’est évident qu’il va falloir s’adapter, croit Antonin Valiquette. D’après moi, on est à un tournant, et le fait de voir des entrepreneurs fermer durant l’été pour privilégier leur bien-être est probablement un signe précurseur.

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