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25 ans d’info web à Radio-Canada : « On a créé la moulinette à nouvelles »

Il y a 25 ans, publier des nouvelles sur Internet, c'était l'inconnu. Au point où l'un des créateurs du site d'information de Radio-Canada – le programmeur Jean-Pierre Bastien – en parlait comme de « la moulinette à faire des nouvelles ». Ces précurseurs foulaient un nouveau continent, inventaient un langage... Retour sur ce moment historique pour le diffuseur public.

Un homme sourit à côté d'un portable affichant le site Internet de nouvelles radio-canada.ca.

Jean-Pierre Bastien était programmeur à Radio-Canada en 1997 et il a joué un rôle déterminant dans la création du site de nouvelles sur Internet www.radio-canada.com, qui allait devenir l'année suivante radio-canada.ca.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Jean-Hugues Roy, autre artisan de l'info en continu à Radio-Canada, est aujourd’hui professeur à l’École des médias de l’UQAM. Cet ex-journaliste peut se vanter auprès de ses étudiants d’avoir démarré ce qui est devenu Radio-Canada.ca.

Et comme il a conservé tous ses agendas de ce temps-là, il confirme : le site est entré en fonction le jeudi 15 mai 1997 à midi.

On ouvrait les vannes […]. On inventait quasiment un langage nouveau, raconte-t-il.

En 1997, les téléspectateurs connaissent Jean-Hugues Roy; c’est lui qui, à l’émission Branché, les initie aux nouvelles technologies.

« Internet, c’est beaucoup plus qu'un réseau de fils et d'ordinateurs. C'est un immense réseau de gens. »

— Une citation de  Jean-Hugues Roy, lors de la première émission de « Branché », le 17 février 1996

Pressentant qu’Internet allait changer la donne, le jeune journaliste avait appris à coder. Ça me paraissait évident qu’on allait faire de l’information dans cette espèce de nouveau continent que tous, on découvrait, confie-t-il. Et ça a été le cas.

En 1997, le Réseau de l’information en continu (RDI), n’avait lui-même que deux ans d’existence.

C’est dans la salle des nouvelles de RDI que Jean-Hugues Roy et son collègue Stéphane Éthier ont écrit les premiers textes de nouvelles sur www.radio-canada.com.

Le journaliste Jean-Hugues Roy présente d'une main un ordinateur portable.

Le journaliste Jean-Hugues Roy participe à l'aventure de l'émission « Branché », diffusée de 1996 à 1999 à l'antenne de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Je n’étais qu’un exécutant, explique Jean-Hugues Roy. L’histoire, ce sont ceux qui ont créé et fabriqué ce site web là qui l’ont faite.

Jean-Pierre Bastien était l’un de ces artisans. Aujourd’hui à la retraite, ce programmeur se rappelle le moment où ses patrons sont entrés dans son bureau pour lui annoncer : On a ça à faire, et on voudrait le faire assez rapidement.

Ça étant www.radio-canada.com (Nouvelle fenêtre), qui allait devenir en 1998 Radio-Canada.ca.

Mais comment créer ça? Jean-Pierre Bastien ne le savait pas. Certes, ce programmeur travaillait déjà à l’information dans l’équipe de soutien. Mais des pages web, il n’en avait jamais créé. La salle des nouvelles nécessitait qu’on crée un outil plus agile, plus rapide, de manière à pouvoir changer rapidement une nouvelle, en insérer une autre, etc., explique M. Bastien.

« On ne savait pas comment appeler les choses, alors moi je parlais de la moulinette; nous devions créer la moulinette à faire des nouvelles. »

— Une citation de  Jean-Pierre Bastien, programmeur à Radio-Canada, aujourd'hui retraité

Jean-Pierre Bastien et ses coéquipiers se sont partagé le travail : lui programmait un logiciel de publication, un autre créait le design du site, un autre s’occupait de l’infrastructure pour numériser les images… tirées des magnétoscopes de RDI.

Ces précurseurs ont disposé d’un mois tout au plus pour donner naissance au site. On ne croyait pas pouvoir y arriver et je vous avoue qu’on a passé des nuits debout, se souvient Jean-Pierre Bastien.

« On n’a pas inventé le web, on a créé l’outil qui répondait aux besoins du moment, avec les moyens du bord. »

— Une citation de  Jean-Pierre Bastien, programmeur à Radio-Canada, aujourd'hui retraité

Le 15 mai à midi, on a parti le site, se souvient Jean-Pierre Bastien, on a publié nos nouvelles et la page index. La minute d’après, je me rappelle, ils [les journalistes] ont dû ajouter une information importante, alors ils ont changé la une et ils ont republié. Wow! Ça fonctionnait! Dès les premières minutes, on a mesuré l’agilité de cet outil-là.

Pour les artisans de la première heure de l’information web à Radio-Canada, les rouages de la moulinette à nouvelles sont restés longtemps mystérieux. Au point où Jean-Pierre Bastien, qui semblait détenir toutes les réponses et toutes les solutions, avait été surnommé Dieu, se remémore avec humour le journaliste Paul-Éric Dumontier, qui avait commencé en 1992 comme reporter à Vancouver pour Radio-Canada avant de devenir l'un des premiers artisans du web.

À l’époque, seules dix nouvelles pouvaient être publiées chaque jour sur www.radio-canada.com (Nouvelle fenêtre) (il s’en publie tout un déluge maintenant). Et on ne pouvait en publier qu’une seule à la fois : si, par malheur, un journaliste appuyait sur le bouton en même temps qu’un autre, il écrasait le texte de son collègue.

Pour ne pas déranger RDI, en ondes sur le plateau tout à côté, les coéquipiers du web s’informaient mutuellement qu’ils s’apprêtaient à publier en posant, à la vue de tous, un dinosaure en plastique sur le bureau. En cette ère préhistorique de l’information en ligne, l’ordinateur lui-même faisait un son, bili bip bili bip, chaque fois qu’un texte était publié.

La princesse Diana... et la bande passante

La princesse Diana tout sourire.

Diana, princesse de Galles, lors d'une visite à Burnaby, en Colombie-Britannique, le 6 mai 1986. Sa mort, le 31 août 1997, avait suscité tellement d'achalandage sur le site de nouvelles en ligne nouvellement créé de Radio-Canada qu'il s'était momentanément effondré, se souvient le journaliste Paul-Éric Dumontier.

Photo : La Presse canadienne / RYAN REMIORZ

Quand la mort de Lady Di a surpris le monde entier, le 31 août 1997, les internautes stupéfaits se sont rués sur le site de nouvelles de Radio-Canada. Si bien que la bande passante n’a pas tenu le coup et le site a planté, se rappelle Paul-Éric Dumontier.

Le site de nouvelles n'a pas été le premier jalon franchi par Radio-Canada sur Internet. Par exemple, dans les années 1990, des équipes comme celle des sports ou de l’émission Découverte y avaient développé leur site.

Autre précédent : le 30 octobre 1995, lors de l’émission spéciale Référendum 95, Bernard Derome annonce aux internautes qu'ils peuvent voir les résultats de la consultation sur http://www.src-mtl.com (Nouvelle fenêtre)

Mais le web d’alors était statique : pas de liens cliquables, pas d’animation. On était loin d’imaginer qu’on visionnerait un jour de la vidéo à même un téléphone cellulaire, dit Jean-Pierre Bastien.

De plus, le web était souvent vu comme une vitrine pour mettre en valeur, par exemple, les têtes d’affiche de la télévision, fait valoir Jean-Hugues Roy.

L'écran d'un vieil ordinateur affiche les mots « oui, non, un choix » et « INTERNET http://www.src-mtl.com ».

Le 30 octobre 1995, les internautes ont pu consulter en ligne les résultats de la consultation référendaire au Québec; un précédent dont l'animateur Bernard Derome avait fait part aux téléspectateurs.

Photo : Radio-Canada / Anne Marie Lecomte

Se faire une place

Bien qu’elle se soit faite discrètement, sans tapage publicitaire, la naissance du site de nouvelles témoigne d’une nouvelle réalité. À Radio-Canada, on fait désormais de l’information sur le web, qui devient un canal en bonne et due forme. C’était historique en quelque sorte, résume Jean-Hugues Roy.

En voyant le jour, le site de nouvelles de Radio-Canada s’inscrivait dans une tradition d’information vieille de plus d’un demi-siècle : c’est en 1936 qu’avait été créé CBC/Radio-Canada, radiodiffuseur national. Les premières stations de télévision avaient, elles, été instaurées en 1952.

Au sein du diffuseur public, le web – et ses journalistes – ont dû se tailler une place dans une boîte où l’on faisait jusqu’alors de la radio et de la télévision. C’était quasiment contre nature de faire du web à Radio-Canada, le diffuseur public, affirme Jean-Hugues Roy.

À Radio-Canada, qui regorge de micros et de caméras, il a fallu se doter d’outils et de ressources adaptés au journalisme écrit, explique Stéphane Bordeleau, qui, en 1998, a été le cinquième journaliste embauché à Radio-Canada.ca.

On a développé une expertise en titraille, en chapeau, en lead [l’amorce du texte]. Il a fallu une politique éditoriale pour les photos et des logiciels pour les traiter. On faisait des captures d'écran [...] On a travaillé fort pendant des années pour avoir un photographe de presse, quelqu'un qui connaît le métier.

Ces 25 ans d’info en continu sur le web, ça a été une épopée!, dit Stéphane Bordeleau.

À l'œuvre jour et nuit

Radio-Canada.ca compte désormais 23 salles de nouvelles régionales à travers le pays. Celle de Montréal a en outre pour mandat de couvrir l’actualité nationale et internationale et elle est à l’œuvre 24 heures sur 24, 365 jours par année.

D’avril 2021 à mars 2022, Radio-Canada.ca a rejoint en moyenne 5,9 millions d’internautes chaque mois, selon comScore.

Le web, ce nouveau continent, est bel et bien habité. En 1997, personne ne pouvait imaginer ce qui allait arriver par la suite, explique Jean-Hugues Roy, mais j’avais l’intuition que ce site de nouvelles allait demeurer et qu’il prendrait sa place aux côtés de la radio et de la télé. Ça a été le cas.

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