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« À Rouyn-Noranda, on a l’arsenic, mais à Montréal, c’est les armes à feu »

Les voisins les plus proches de la Fonderie Horne sont les plus exposés à la pollution, mais pas les plus inquiets.

Il regarde par sa fenêtre.

Ghislain Michaud vit à quelques pas du site industriel et de sa grande cheminée.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Quand on vit à quelques pas de la Fonderie Horne, la première pollution qu'on remarque, c'est le bruit. Les souffleries de l'usine, le métal qui s'entrechoque, les trains... « C'est un peu désagréable », note Yvonne Dufresne, 72 ans, « mais c’est depuis qu’on est ici que ça fonctionne comme ça. On n’a pas le choix de s’habituer ».

La coiffeuse à la retraite réside depuis plus de 50 ans dans la maison la plus proche de la grande cheminée. Moins de 150 mètres à vol d'oiseau. On n'est pas en mauvaise santé, fait-elle remarquer, en référence à la récente étude de la santé publique sur l'excès de cancers du poumon dans son quartier.

« Au fil du temps, ils se sont améliorés beaucoup, beaucoup. C'est plus enviable qu'avant. »

— Une citation de  Yvonne Dufresne, voisine de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

Dans les années 1960, l’arsenic, il y en avait pas à peu près, ajoute son mari, Ghislain Michaud, un ancien travailleur de la fonderie. Même dans les années 1980, « c’était terrible ». La boucane, c’était bleu, puis t’avais de la misère à respirer.

Lui non plus n'a pas de problèmes de santé, sauf de l'arthrose. Il regrette qu’on n’entende que des citoyens inquiets dans les médias et juge « extrémistes » ceux qui manifestent pour imposer la même norme sur l'arsenic dans l'air que partout au Québec.

Actuellement, l'entreprise Glencore bénéficie d'une exception pour polluer 33 fois plus. Oui, la compagnie peut descendre [ses émissions], mais donnez la chance au coureur. Hey! Tu ne fais pas ça du jour au lendemain, dit-il. Ce qu'ils demandent, c'est trop bas.

Maison voisine de la Fonderie Horne.

Une maison proche de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Son discours fait écho à celui de la compagnie, qui affirme ne pas pouvoir techniquement et financièrement atteindre 3 nanogrammes d'arsenic par mètre cube d'air. Le syndicat des travailleurs a aussi demandé qu'on laisse un peu de temps à l'entreprise pour s'améliorer, afin de ne pas mettre en péril les 650 emplois.

« Nous autres, ici, c’est l’arsenic, mais à Montréal, c’est les armes à feu. Ça se tire en pleine rue. Est-ce que c’est moins dangereux à Montréal qu’ici? »

— Une citation de  Ghislain Michaud, voisin de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

La pollution des gaz d’échappement d’automobiles, c’est pas cancérigène, ça? renchérit sa conjointe. Et il n’y a rien pour ramasser cette cochonnerie-là, c’est le vent qui l’éparpille.

Le couple ne comprend pas que ses concitoyens se surprennent des risques pour la santé de l'arsenic. Il rappelle que, dès 1982, une étude avait démontré l'impact sur la santé des travailleurs de la fonderie.

La Fonderie rachète les maisons les plus proches pour les détruire

Nicole Gamache n'a pas toujours fait partie des voisins les plus proches de l'usine. Jusqu'en 2020, deux rangées de maisons se trouvaient entre elle et la fonderie. La compagnie les a achetées et détruites pour créer une « zone de transition » afin de réduire l'exposition et les nuisances du voisinage.

Des discussions sont en cours avec d'autres propriétaires pour élargir cette zone tampon.

Elle se tient à la balustrade.

Nicole Gamache a une vue panoramique sur la fonderie depuis sa galerie.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Nicole Gamache explique que l'entreprise fait beaucoup de gestes pour être une bonne voisine. Elle décontamine régulièrement les terrains et distribue des coupons pour laver les voitures.

En levant les yeux au ciel, elle remarque une fumée jaunâtre de la grande cheminée, qui se dirige vers le quartier.

C'est sûr qu'avec le temps, les retombées acides viennent abîmer les autos, explique-t-elle. Des picots blancs apparaissent sur la carrosserie. Il y a quatre ou cinq ans, l'entreprise a payé pour changer la peinture de sa voiture.

Et l'impact sur les humains? Je n'ai aucun problème de santé, dit la locataire qui vit dans sa maison depuis 8 ans et dans le quartier depuis 30 ans.

Jusqu'à 40 fois plus d'arsenic dans les ongles que la moyenne

Parmi les voisins directs de la fonderie, on trouve une garderie en milieu familial. Sa responsable nous a dit s'inquiéter davantage pour le sort réservé aux six enfants si la maison est rachetée et détruite. Les places en garderie se font rares par ici.

Parmi les maisons voisines de la Fonderie, une accueille une garderie en milieu familial.

Une des maisons voisines de la Fonderie accueille une garderie en milieu familial.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Lors de notre passage, les enfants jouaient dans le gravier, sur le côté de la résidence. Une étude publiée en 2019 par la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue a montré que les jeunes de moins de 6 ans du quartier Notre-Dame sont 3,7 fois plus exposés à l’arsenic que les enfants qui ne sont pas exposés à des sources industrielles d’arsenic. Certains étaient 40 fois plus exposés.

Des adultes du quartier ont aussi plus d'arsenic dans leurs ongles. C'est le cas de Marjolaine Bézier, 66 ans, une autre voisine directe de la fonderie. Alors que le taux du groupe témoin, des résidents d'Amos, était de 33 nanogrammes, et que celui du quartier était de 138 nanogrammes, elle en avait 700.

La résidente de Notre-Dame depuis plus de 20 ans avait pris la parole lors d'une récente assemblée publique pour parler de son état de santé précaire et du cancer dont elle tente de se remettre.

Une voiture stationnée dans une entrée de garage.

Des voisins de la fonderie racontent que la compagnie leur paie le nettoyage de leur voiture et même le remplacement de la peinture quand elle est dégradée à cause des émanations.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Des négociations se poursuivent entre le ministère de l'Environnement du Québec et l'entreprise pour fixer un nouveau plafond d'émissions. Les parties doivent s'entendre avant la fin novembre. Plusieurs scénarios sont envisagés, mais aucun n'est dénué d'effets sur la santé.

Lundi, la mairesse de Rouyn-Noranda a demandé que le gouvernement Legault exige de la Fonderie qu'elle respecte la norme québécoise, que ce soit pour l'arsenic comme pour d'autres métaux. Diane Dallaire doit rencontrer le ministre Benoit Charette mercredi.

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