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Sonneur d’alerte chez Uber : le lobbyiste Mark MacGann se dévoile

L’approche de l’entreprise consistait essentiellement à enfreindre la loi, à montrer à quel point son service était extraordinaire, puis à changer la loi, explique-t-il.

M. MacGann lors de l'entrevue

Mark MacGann s'est entretenu avec le journaliste responsable des enquêtes chez The Guardian.

Photo : The Guardian

Le sonneur d'alarme et ancien lobbyiste principal d'Uber Mark MacGann affirme que l'entreprise a sciemment bafoué les lois de dizaines de pays afin de s'imposer sur le marché.

M. MacGann, 52 ans, a confirmé qu'il était à l'origine de la fuite de données qui a mis au jour des pratiques contestées de l'entreprise de demande de courses Uber lors d'une entrevue diffusée par The Guardian.

Le lobbyiste siégeait aux côtés des plus hauts dirigeants de l'entreprise pendant la période où elle s'imposait sur les marchés mondiaux, entre 2014 et 2016.

« L'approche de l'entreprise [...] consistait essentiellement à enfreindre la loi, à montrer à quel point le service d'Uber était extraordinaire, puis à changer la loi. »

— Une citation de  Mark MacGann, ancien lobbyiste pour Uber et sonneur d'alarme

Le mode opératoire d'Uber consistait à convaincre des fonctionnaires de la Ville, à établir des relations avec les dirigeants du gouvernement et à négocier. Il fallait aussi gérer les dégâts.

C'est avec stupéfaction que M. MacGann a constaté la facilité avec laquelle Uber a pénétré de manière insidieuse les plus hautes sphères du pouvoir dans des pays comme le Royaume-Uni, la France et la Russie.

Un jeu de coulisse qu'il qualifie de profondément injuste et antidémocratique.

En France, l'opposition réclame une enquête après les révélations sur Emmanuel Macron, qui a entretenu des liens étroits avec le géant Uber, alors qu'il était ministre de l'Économie. Selon un consortium international de journalistes, entre 2013 et 2017, Uber a contourné les lois et dépensé des dizaines de millions de dollars en lobbying, dans plusieurs pays, pour implanter son service de transport. Entrevue avec Alain Deneault, professeur de philosophie et de sociologie Université de Moncton

Détresse psychologique

Pendant ses années chez Uber, M. MacGann était impuissant devant les dérapages de l'entreprise basée aux États-Unis. Celle-ci était réfractaire à la critique de ses employés, une pratique qu'elle condamnait, explique-t-il.

Les données qu'il a lui-même divulguées montrent peu de résistance de sa part devant les pratiques douteuses d'Uber.

Cette culture du silence a commencé à l'affliger, de même que deux années de surmenage durant lesquelles M. MacGann dit avoir travaillé 20 h chaque jour de la semaine, ce qui l'aurait empêché de prendre un pas de recul.

« Je regrette d'avoir fait partie d'un groupe de personnes qui a manipulé les chauffeurs, les clients et les élites politiques. »

— Une citation de  Mark MacGann

J'aurais dû faire preuve de plus de bon sens et insister davantage pour mettre fin à cette folie. Il est de mon devoir de m'exprimer et d'aider les gouvernements et les parlementaires à réparer certaines erreurs fondamentales. Moralement, je n'avais pas le choix, a-t-il déclaré.

Son état de santé psychologique a continué de se détériorer lorsque M. MacGann a appris le décès d'un ami proche en 2018. Cet événement l'a poussé à suivre une thérapie jusqu'en 2019 qui l'a encouragé à l'introspection.

Je suis sorti du cercle vicieux de l'entreprise pour la première fois depuis des décennies. J'ai émergé avec un nouveau sentiment de clarté sur tout ce qui se passait chez Uber, affirme-t-il.

« Uber papers »

Cet enchaînement d'événements a convaincu M. MacGann de divulguer – six ans après avoir quitté Uber – des documents internes compromettants sur l'entreprise fondée en 2010.

C'est donc 124 000 fichiers, dont 83 000 courriels, des textos entre les plus hauts dirigeants d'Uber ainsi que des notes de service, des présentations et des factures qui ont été transmis au Guardian, partagés avec le Consortium international de journalistes d’enquête et l’émission Enquête de Radio-Canada.

Ces fichiers, qui vont de 2013 à 2017, mettent en lumière une période où Uber se développait de manière agressive et s’imposait souvent en faisant fi de la réglementation sur l'industrie du taxi dans de nombreuses villes du monde, y compris au Canada.

Après que MacGann se fut identifié comme le dénonciateur à l'origine de cette fuite de données, Uber a déclaré : Nous comprenons que Mark ait des regrets personnels concernant ses années de loyauté indéfectible envers notre ancienne direction, mais il n'est pas en position de parler de manière crédible d'Uber aujourd'hui.

Avec les informations de The Guardian

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