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Fonderie Horne : « entre l’arbre et l’écorce », les employés exigent la transparence

Ils s'inquiètent de leur santé et de celle de leurs familles, mais aussi du risque de fermeture de l'usine.

Stéphane Larente, président du Syndicat des travailleurs de la Mine Noranda (STMN–CSN).

Stéphane Larente, président du Syndicat des travailleurs de la Mine Noranda (STMN–CSN)

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

ROUYN-NORANDA – La santé, mais aussi le gagne-pain. Ce sont les deux préoccupations exprimées à Radio-Canada par le représentant des travailleurs de la Fonderie Horne, lors de sa première sortie publique depuis que la pollution de l'usine fait les manchettes au Québec. Le syndicat réclame à la société Glencore et au gouvernement Legault la plus grande réduction techniquement possible d’arsenic dans l’air.

On est inquiets des deux, confesse le président du Syndicat des travailleurs de la Mine Noranda (STMN–CSN), Stéphane Larente, on est pris entre l'arbre et l'écorce. Il mentionne la menace de fermeture de la Fonderie, exprimée par François Legault, mais aussi de récentes études sur l'excès de risque du cancer du poumon à Rouyn-Noranda.

On a plusieurs personnes qui travaillent à la Fonderie qui restent dans le quartier Notre-Dame, proche de l'usine, rappelle-t-il. À ce sujet, il regrette que le plafond d'émissions imposé à la fonderie à hauteur de 100 nanogrammes d'arsenic par mètre cube (ng/m3) dans l'air ne soit pas plus exigeant.

Sur les taux d'assainissement, il y a eu beaucoup de laxisme dans le passé. [...] On n'a pas fait tout ce qu'il est possible de faire.

Une citation de Stéphane Larente, président du Syndicat des travailleurs de la Mine Noranda (STMN-CSN)

Toutefois, il ne croit pas que la norme québécoise de 3 nanogrammes soit réaliste sans mettre en péril la viabilité de l'entreprise.

C'est impossible de faire 3 [ng/m3] demain. Si on doit le faire, on ferme. Pour bien connaître le procédé et mon usine, c'est évident qu'on n'atteindrait pas ça demain matin.

Une citation de Stéphane Larente, président du Syndicat des travailleurs de la Mine Noranda (STMN-CSN)

Qualité de l'air à Rouyn-Noranda

Consulter le dossier complet

Des maisons du quartier Notre-Dame près de la Fonderie Horne.

C'est impossible de le faire si on ne le fait pas de façon progressive, croit-il.

Selon Stéphane Larente, il manque de transparence de la part de la société Glencore et du gouvernement. Il aimerait obtenir des chiffres pour connaître la faisabilité d'une réduction des émissions : Quelle réduction est atteignable d'ici un an, deux ans, trois ans, etc.? demande-t-il.

Le syndicat critique Émilise Lessard-Therrien et Richard Desjardins

Le syndicat rappelle que 650 personnes travaillent à la fonderie avec de très bons salaires (entre 100 000 $ et 150 000 $ par année), sans parler de toutes les PME qui vivent grâce à elle et les revenus que ça génère pour la Municipalité.

Il suggère aussi que la viabilité de l'affinerie CCR à Montréal sera menacée en cas de fermeture de la Fonderie Horne, puisqu'elle reçoit ses anodes de cuivre.

Stéphane Larente en veut à la députée solidaire de Rouyn-Noranda-Témiscamingue et à l'auteur-compositeur-interprète Richard Desjardins qui ont dit que l'économie de la région est capable de se relever d'une fermeture de la Fonderie. Elle n'aura pas mon vote, dit-il à propos d'Émilise Lessard-Therrien.

L'entreprise génère des retombées économiques d'un demi-milliard de dollars par année pour le Québec et elle a versé 100 millions en impôts à la province, l'an dernier.

La Fonderie Horne produit des anodes de cuivre à partir de concentrés de cuivre et de matières électroniques récupérées (vieux ordinateurs, cellulaires, grille-pain, etc.) qui sont chauffées à très haute température. C'est la seule fonderie de cuivre du Canada.

L'usine appartient à la multinationale suisse Glencore, qui a déclaré des profits de 5 milliards de dollars américains l'an dernier.

Manifestation ce soir au conseil municipal

Des citoyens prévoient manifester ce soir, au conseil municipal de Rouyn-Noranda, pour exiger que la Ville prenne une position claire et sans nuance en faveur du respect de la norme de 3 ng/m3.

Les émissions de la Fonderie ont atteint 87 ng/m3 en moyenne, l'an dernier. L'entreprise a déjà un projet pour réduire jusqu'à 40 % ses émissions, mais ça ne lui permettrait pas d'atteindre la norme québécoise (seulement 50 ng/m3, au mieux) et pas avant 2026. Le syndicat demande quel sera le projet suivant.

L'entreprise se dit prête à investir jusqu'à 500 millions de dollars pour répondre à de nouvelles exigences, mais seulement si le gouvernement y contribue. Le premier ministre François Legault s'est dit prêt à aider, mais pour une part minoritaire de la facture.

Dans le quartier Notre-Dame, un résident meurt en moyenne cinq ans plus tôt que le reste des Québécois. Des médecins de l'Abitibi-Témiscamingue, appuyés par le Collège des médecins du Québec, ont récemment réclamé des actions rapides du gouvernement pour améliorer la qualité de l'air à Rouyn-Noranda.

Un rapport de 2019 avait déjà suggéré ces risques pour le cancer du poumon, mais la partie du document qui traitait de ce sujet avait été retirée de la publication, à la demande de l'ex-directeur national de santé publique Horacio Arruda. Ces révélations de Radio-Canada continuent de susciter l'indignation, d'autant que les arguments avancés par le Dr Arruda pour se défendre d'avoir voulu cacher quoi que ce soit ont été contredits.

Les négociations sont en cours entre le ministère de l'Environnement et l'entreprise pour fixer le nouveau plafond. Les parties doivent s'entendre avant la fin de novembre sur un plafond d'émissions. Plusieurs scénarios sont envisagés, mais aucun n'est dénué d'effet sur la santé.

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