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Le cinéaste iranien primé Jafar Panahi arrêté dans son pays 

Deux hommes sourient pour les photographes sur un tapis rouge.

Le réalisateur Jafar Panahi (à droite) et le concepteur sonore Nezadomin Kiaie sur le tapis rouge de la Berlinale en 2006.

Photo : Berlinale

Radio-Canada

Le cinéaste et opposant iranien Jafar Panahi, qui a remporté l'Ours d'or du meilleur film au festival de Berlin 2015, a été interpellé lundi à Téhéran, selon une agence de presse iranienne. C’est le troisième réalisateur à être arrêté en Iran en moins d'une semaine.

Âgé de 62 ans, M. Panahi est l'un des cinéastes d’Iran les plus primés. Il a obtenu notamment le prix du scénario à Cannes en 2018 pour Trois visages, trois ans après avoir remporté l'Ours d'or à Berlin pour Taxi Téhéran.

Vendredi, les autorités iraniennes avaient déjà arrêté deux cinéastes, Mohammad Rasoulof et Mostafa Aleahmad, accusés de troubles à l'ordre public.

Jafar Panahi a été arrêté aujourd'hui [lundi] à son arrivée au parquet de Téhéran pour suivre le dossier d'un autre réalisateur, Mohammad Rasoulof, détenu depuis vendredi, selon l'agence de presse Mehr.

Il n'y a toujours pas d'information sur la raison de l'arrestation de Panahi, sur son lien avec le dossier de Rasoulof ou avec d'autres personnes arrêtées la semaine dernière, a ajouté Mehr.

Artiste dissident, M. Panahi a été condamné en 2010 à 6 ans de prison et à 20 ans d'interdiction de réaliser ou d'écrire des films, de voyager ou de s'exprimer dans les médias. Il continuait cependant à travailler et à vivre en Iran.

Il avait été condamné pour propagande contre le régime après avoir soutenu le mouvement de protestation de 2009 contre la réélection de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique d'Iran.

Une lettre ouverte contre la corruption

Mohammad Rasoulof, également primé à l'étranger, et Mostafa Aleahmad avaient été arrêtés vendredi. Ils sont accusés d'avoir encouragé des manifestations après l'effondrement meurtrier d'un immeuble dans le sud-ouest du pays en mai, selon l'agence de presse officielle Irna.

Après le drame, un groupe de cinéastes d’Iran mené par M. Rasoulof avait publié, à la fin de mai, une lettre ouverte appelant les forces de sécurité à déposer les armes face à la colère contre la corruption et l'incompétence des responsables.

MM. Panahi et Rasoulof avaient par ailleurs dénoncé, à la mi-mai, avec d'autres cinéastes et vedettes de cinéma d’Iran l'arrestation de plusieurs de leurs collègues.

La répression et la censure constituent une violation de la liberté d'expression et réduisent à la portion congrue la sécurité des cinéastes, dénonçaient les signataires de la lettre ouverte.

Mohammad Rasoulof, 50 ans, avait remporté l'Ours d'or à Berlin en 2020 pour son film Le diable n'existe pas, mais il n'avait pas pu se rendre en Allemagne. Son passeport avait été confisqué après son précédent long métrage, sorti en 2017, Un homme intègre, présenté aussi à Cannes, où il avait remporté le prix du meilleur film dans la catégorie Un Certain Regard.

La Berlinale et le Festival de Cannes exigent leur libération

La Berlinale a protesté la semaine dernière contre l'interpellation du cinéaste et de son collègue, réclamant la libération des deux artistes.

Le festival allemand a publié un communiqué lundi pour exprimer [sa] consternation et [son] indignation concernant l'arrestation de Jafar Panahi.

[C']est une violation supplémentaire de la liberté d'expression et de la liberté artistique. Nous demandons aux autorités iraniennes de relâcher les cinéastes détenus immédiatement, ont protesté, par communiqué, Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian, qui dirigent la Berlinale.

Le Festival de Cannes a lui aussi publié un communiqué réclamant la libération des trois hommes. Le Festival de Cannes condamne fermement ces arrestations ainsi que la vague de répression visiblement en cours en Iran contre ses artistes, et demande la libération immédiate de Mohammad Rasoulof, Mostafa Aleahmad et Jafar Panahi, est-il écrit dans ce communiqué.

Ces derniers temps, les autorités iraniennes ont mené de nombreuses arrestations, dont celle du militant du mouvement réformateur Mostafa Tajzadeh, interpellé vendredi sous l'accusation d'activités contre la sécurité de l'État.

Avec les informations de Agence France-Presse

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