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Sanctions contre Moscou : une turbine place Ottawa en plein dilemme face à l’Europe

Le Canada affirme « essayer de trouver une solution qui fonctionnera pour tout le monde ».

Station de transfert gazier reliée au pipeline Nord Stream dans un parc industriel.

Photo d'archives illustrant une station de transfert gazier reliée au pipeline Nord Stream 1 à Lubmin en Allemagne.

Photo : Associated Press / Stefan Sauer

Une turbine du géant russe Gazprom, en réparation au Canada, crée une situation délicate pour le gouvernement canadien, qui enfreindrait ses propres sanctions à l'encontre de Moscou s'il la remettait à Gazprom afin de ne pas nuire à l'approvisionnement en gaz de l'Allemagne.

De Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, où il se trouvait vendredi, le ministre canadien des Ressources naturelles Jonathan Wilkinson a reconnu que le Canada se retrouve coincé entre l'arbre et l'écorce. Nous en discutons avec le gouvernement ukrainien et le gouvernement allemand et ce n'est pas une question simple.

M. Wilkinson a dit que le Canada travaillait pour essayer de trouver une solution qui fonctionnera pour tout le monde. Il a aussi précisé que la turbine à gaz au cœur du litige se trouve au Canada afin d'être remise à neuf.

Une source du ministère de l'Énergie de l'Ukraine a déclaré à l'agence Reuters vendredi que l'Ukraine s'oppose à ce qu'Ottawa remette la turbine à Gazprom. La source a rappelé que les sanctions infligées au gouvernement de Vladimir Poutine interdisent le transfert de tout équipement relatif au gaz.

Advenant que le Canada renvoie cette pièce d'équipement de l'oléoduc Nord Stream de Gazprom, nous allons sans aucun doute en appeler auprès de nos collègues européens pour que cette décision soit réévaluée, a déclaré la source du ministère ukrainien à Reuters.

Reuters affirme en outre avoir eu en main une lettre du ministre ukrainien de l'Énergie datant de juin et dans laquelle il pressait le Canada de ne pas remettre la pièce d'équipement à Gazprom. Selon ce que dirait cette lettre du ministre German Galushchenko, la Russie a amplement de quoi assurer le transit du gaz russe de manière à opérer au maximum de sa capacité, et ce, même sans la turbine en question.

Le 15 juin, Siemens Energy avait confirmé à l'agence Reuters qu'une turbine à gaz employée dans les stations de compression était à Montréal pour des opérations de maintenance et qu'elle ne pouvait être renvoyée en Russie en raison des sanctions imposées par le Canada.

Siemens Energy – entreprise allemande qui compte des installations au Canada – avait déclaré avoir informé les gouvernements canadien et allemand de cette situation, disant être à la recherche d'une solution viable.

La situation n'est pas simple, a répété Jonathan Wilkinson, en expliquant que le Canada doit être sensible au sort des Ukrainiens et continuer d'appuyer sans réserve les sanctions contre Moscou. Mais d'un autre côté, le but des sanctions n'est pas de pénaliser nos alliés et ainsi anéantir l'économie de l'Allemagne, de l'Italie, de la Slovaquie et de l'Autriche.

Selon M. Wilkinson, le pipeline de Gazprom alimente non seulement l'Allemagne, mais un certain nombre d'autres pays européens en gaz et le gouvernement russe utilise la turbine comme une excuse pour réduire le gaz fourni à l'Allemagne et à d'autres pays.

Ce litige survient à quelques jours de l'arrêt total du gazoduc Nord Stream 1 (en raison de travaux de maintenance), ce qui accroît les craintes de l'Allemagne, très dépendante du gaz russe.

Plus encore, l'opérateur des gazoducs ukrainiens a dénoncé vendredi le chantage gazier exercé par Moscou, alors qu'on apprenait que le transit de gaz russe vers l'Ukraine est tombé en juin à son plus bas niveau. L'opérateur ukrainien argue que la Russie peut expédier d'importants volumes de gaz vers l'Europe par d'autres voies, qui pourraient aussi remplacer le gazoduc Nord Stream 1.

La ministre Mélanie Joly entre dans un immeuble.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, arrive à la rencontre réunissant ses homologues du G20 à Bali.

Photo : Associated Press / Stefani Reynolds

Par ailleurs, vendredi, le Canada a annoncé qu'il infligeait de nouvelles sanctions concernant l’invasion illégale et injustifiable de l’Ukraine par la Russie, en visant plus précisément l'industrie médiatique russe.

La machine de propagande russe doit répondre de ses mensonges, a déclaré la cheffe de la diplomatie canadienne Mélanie Joly à partir de Bali, où elle participe à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20. Ces nouvelles sanctions, a-t-elle précisé, visent 29 agents et 15 organisations russes qui mènent une campagne de désinformation, de manipulation et de propagande au nom du gouvernement russe.

Le gouvernement canadien a par ailleurs créé une page web (Nouvelle fenêtre) pour décrire ses efforts destinés à contrer la désinformation, dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par le régime de Vladimir Poutine.

Ces récentes sanctions imposées à la Russie touchent aussi l'importation de l'or; brut, semi-manufacturé ou sous forme de bijoux et de monnaie.

En ce qui a trait aux sanctions à l'encontre des industries pétrolière, gazière et chimique de la Russie, la ministre Joly avait interdit, en juin, l'exportation de 28 services essentiels à leur fonctionnement. Ces industries représentent environ 50 % des recettes du budget fédéral de la Russie, selon le Canada.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, Reuters, et CBC

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