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« On est en réaction à Rouyn et on devrait être en mode prévention dans Limoilou »

Les cheminées de la Fonderie Horne

Les cheminées de la Fonderie Horne

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

L'expérience de Rouyn-Noranda et de la fonderie Horne au sujet de l'arsenic devrait inspirer la province à agir de façon plus prudente avec la norme sur le nickel, suggère l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME) qui, tout comme le maire de Québec, Bruno Marchand, invite le gouvernement Legault à faire marche arrière après le rehaussement des seuils d'émissions adoptés ce printemps.

Si le directeur national de la santé publique, le Dr Luc Boileau, croit que les situations de la fonderie Horne et du port de Québec sont deux mondes bien différents, Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l'association, y voit plusieurs parallèles.

Dans les deux cas, on a une industrie qui pollue, qui sait qu'elle pollue et qui demande au gouvernement l'autorisation de polluer, dit-elle en entrevue à Radio-Canada. Dans les deux cas, fait-elle remarquer, des populations au profil socioéconomique plus fragile sont directement touchées par des accumulations de contaminants dans l'air qu'ils respirent en raison des activités industrielles à proximité.

Ce qui est intéressant, c'est que ce soit à Limoilou ou à Rouyn, la compagnie c'est la même, c'est Glencore, qui depuis des décennies bénéficie d'une possibilité de polluer sans payer le juste prix de sa pollution, ajoute la médecin de famille.

Des installations portuaires sur le fleuve Saint-Laurent

Glencore Canada exploite un terminal de transbordement de nickel au port de Québec, dans le secteur Beauport.

Photo : Radio-Canada / Hugo Pothier

Glencore exploite en effet les installations de la fonderie Horne, alors qu'elle détient des infrastructures permanentes au port de Québec pour le transbordement de nickel en provenance de la mine Raglan, au Nunavik.

Si l'impact de la fonderie semble davantage démontré dans son milieu jusqu'ici, la multinationale se défend d'être la seule responsable des concentrations plus élevées de nickel observées dans l'air des quartiers voisins du port de Québec, en particulier Limoilou.

Devoirs à refaire

Selon Dre Pétrin-Desrosiers, la santé publique nationale pourrait se réveiller trop tard et vivre une situation similaire à Rouyn-Noranda dans quelques années si elle ne fait pas adéquatement ses devoirs dans le dossiers du nickel.

Là, l'arsenic [à Rouyn-Noranda] ressort parce qu'on parle de cancer et ça frappe l'imaginaire, mais ce qu'on s'attend à Limoilou, et c'est démontré avec l'augmentation de la norme de nickel, c'est que ça peut être associé à des cancers, à des maladies pulmonaires, rappelle la médecin.

Portrait de Claudel Pétrin-Desrosiers.

Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin de famille au CLSC Hochelaga-Maisonneuve

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Dans les travaux du gouvernement, il est clairement indiqué que les composés de nickel sont des particules cancérogènes. Mais il a tout de même déterminé que le risque pour la santé humaine est acceptable malgré le rehaussement de la norme entré en vigueur le 28 avril dernier.

Erreur méthodologique

Québec a fait passer les concentrations maximales de nickel dans l'air ambiant de 14 nanogrammes par mètre cube sur une période de 24 heures à 70 nanogrammes par mètre cube, en plus d'ajouter une norme annuelle moyenne à 20 nanogrammes. L'industrie minière, incluant Glencore, demandait ces changements depuis 2013.

« On est en mode réaction à Rouyn et on devrait être en mode prévention dans Limoilou pour ne pas se retrouver avec le même problème dans quelques années. »

— Une citation de  Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente, Association québécois des médecins pour l'environnement

Dans un mémoire déposé au ministère de l'Environnement de la Lutte contre les changements climatiques plus tôt cette année concernant le nickel, l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME) estime que les conclusions de la santé publique nationale sont erronées.

L'AQME soutient que la province ne s'est pas basée sur les risques associés sur les composés de nickel présents au port de Québec, mais bien sur des particules retrouvées en Europe ou en Ontario. Le ministère s'est appuyé sur ces deux juridictions pour justifier le rehaussement de sa norme annuelle à 20 nanogrammes par mètre cube.

Le navire Arvik l sur l'eau.

Le navire Arvik I amène le nickel de la mine Raglan, au Nunavik, vers le port de Québec. Le chargement est amené par train à Sudbury pour y subir une transformation, avant de retourner au port de Québec et d'être envoyé en Norvège.

Photo : SR Photography

Le nickel présent dans l’air de la ville de Québec est totalement différent de la composition de l’air européen. À Québec, il s’agit essentiellement de pentlandite, un sulfure de nickel et de fer pouvant être associé à une augmentation de cancers pulmonaires dans la littérature scientifique, expliquait l'association cet hiver.

Sa position demeure aujourd'hui la même : Québec devrait plutôt se baser sur la norme annuelle de 3 nanogrammes par mètre cube adoptée par l'Australie pour des composants similaires.

Après avoir refusé, le gouvernement a promis d'analyser le document de l'AQME.

Faire marche arrière

L'association n'est pas la seule à demander au ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques de revenir sur sa décision. Déjà cet hiver, le maire de Québec, Bruno Marchand, s'était opposé au rehaussement des émissions de nickel.

Invoquant le principe de précaution, il avait obtenu un vote unanime des élus afin de s'opposer à la modification réglementaire. En plus du conseil municipal, les 18 directions régionales de santé publique de la province s'étaient aussi dressées contre l'avis de la santé publique nationale et contre la norme proposée par Québec.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, en point de presse

Le maire Bruno Marchand demande au gouvernement de faire marche arrière et de ramener la norme sur le nickel à son seuil d'avant, à 14 nanogrammes par mètre cube.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Jeudi, Bruno Marchand a carrément demandé au ministre de l'Environnement, Benoît Charette, de faire marche arrière. Par principe de précaution, on devrait revenir en arrière, tant qu'on arrivera pas à identifier les sources et les effets sur la santé, a-t-il déclaré en point de presse, appelé à commenter la situation de la fonderie Horne.

« Il faut faire attention à la santé des gens. Il ne faut pas attendre, 5, 10, 15 ans plus tard et dire "ouin, finalement il y a peut-être des risques". On ne joue pas avec la santé des gens. »

— Une citation de  Bruno Marchand, maire de Québec

Le maire a obtenu du ministère des nouvelles stations pour évaluer la qualité de l'air dans Limoilou. Selon Bruno Marchand, la démonstration n'a pas encore été faite à savoir qui sont les principaux pollueurs et quelles sont les causes exactes de contamination environnementale.

D'ici là, insiste-t-il, son appel à appliquer le principe de précaution tient toujours.

Du côté de Québec, le cabinet du ministre Benoît Charette a réitéré cette semaine qu'il n'entend pas revenir sur sa décision.

Quant au au Dr Luc Boileau, ce dernier a refusé toute comparaison entre la situation de la fonderie Horne et du nickel au port de Québec. La situation est très différente, franchement, a-t-il dit en point de presse jeudi matin. Dans l'évaluation des risques pour le nickel, les études ont été faites solidement et ça a été bien démontré que le risque attendu n'était pas du tout dans les mêmes proportions.

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