•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un Québécois se voit refuser une chirurgie d’urgence en Colombie-Britannique

Un homme avec des blessures au visage.

Patrick Bélanger a subi des blessures importantes au visage dans une chute lors de ses vacances en Colombie-Britannique. Un médecin lui a refusé une opération d'urgence car il craignait que Québec ne le rembourse pas.

Photo : La Presse canadienne

La Presse canadienne

Un médecin de Kamloops, en Colombie-Britannique, qui craignait que le Québec ne refuse de le payer pour l'intervention, a refusé d'opérer d'urgence un Québécois ayant subi plusieurs fractures au visage dans un accident de randonnée. Le Québec n'a pas d'entente de réciprocité avec les autres provinces et territoires pour le remboursement des frais pour les services des médecins.

Patrick Bélanger, 23 ans, affirme que son histoire doit servir de mise en garde aux Québécois et à tous les autres Canadiens qui s'enorgueillissent du système universel de soins de santé, puisque des médecins d'autres provinces pourraient refuser de les traiter en plaidant qu'ils ne seraient pas indemnisés.

Le cauchemar de Patrick Bélanger a commencé le soir du vendredi 10 juin, lorsqu'il est parti en randonnée avec sa conjointe sur un sentier du centre de villégiature de Sun Peaks, en Colombie-Britannique. Le jeune homme a trébuché avant de chuter vers l'arrière dans le noir, et son visage a violemment heurté un bloc de pierre.

Il a été transporté d'urgence à l'Hôpital Royal Inland, à Kamloops, peu avant minuit et a été informé qu'il devait subir une intervention chirurgicale pour des fractures au visage. Il aurait subi des fractures à la mâchoire, à la joue et à un os près de l'oeil gauche.

Or, comme aucun chirurgien n'était disponible le samedi, Patrick Bélanger a reçu son congé de l'hôpital avec une prescription de Percocet, un médicament contenant des opioïdes, afin d'apaiser ses douleurs.

Le lendemain matin, le dimanche, sa conjointe, Beth Cooper, et lui sont retournés à l'hôpital pour l'intervention chirurgicale, mais au moment où le personnel le préparait pour le bloc opératoire, le chirurgien a tout annulé.

Il a dit que l'hôpital ne le laisserait pas opérer parce que je venais du Québec, raconte Patrick Bélanger, en précisant qu'il avait présenté sa carte d'assurance maladie à son arrivée à l'hôpital.

J'étais en état de choc. Plus j'y réfléchissais, plus c'était insensé. Normalement, vous faites l'opération et vous gérez le paiement de la facture par la suite, du moins c'est ce que je pensais qu'il se passerait, confie-t-il.

J'étais très effrayé. J'étais un peu abruti parce que je souffrais beaucoup et que j'étais sous l'effet des médicaments, mais j'étais au téléphone avec mes parents pour essayer de comprendre ce que je devais faire, poursuit celui qui étudie en économie à l'Université Bishop, à Sherbrooke.

Patrick Bélanger a offert de payer l'opération chirurgicale grâce à l'assurance privée de sa famille, mais le chirurgien a rejeté cette possibilité en disant qu'il devait d'abord en parler à la direction de l'Hôpital, mais que la personne responsable n'était pas disponible le week-end.

Il m'a dit que la chirurgie ne pourrait pas être pratiquée ce jour-là, puis il m'a suggéré de prendre un vol pour Québec et de me faire opérer là-bas, explique-t-il.

Le médecin lui a expliqué qu'il disposait d'une période de 10 jours avant que les os fracturés ne commencent à se ressouder.

On se disait que c'était complètement absurde de me proposer de prendre un vol commercial avec le visage fracturé pour me faire opérer ailleurs dans mon propre pays, déplore le jeune homme.

Droit bafoué

Les parents de Patrick Bélanger se sont rendus à Kamloops le lendemain et ont tenté sans succès de parler avec un responsable du Service de santé de l'intérieur de la Colombie-Britannique pour trouver une option pour leur fils.

Nous étions renversés de voir que son droit fondamental, en tant que Canadien, était bafoué, explique son père, Richard Bélanger, décrivant la situation comme un cauchemar.

Richard Bélanger s'est rendu à la clinique privée du chirurgien pour fournir les informations concernant l'assurance privée de la famille et sa carte de crédit afin qu'il procède à l'intervention. Le personnel lui a répondu que les fractures de son fils étaient trop graves et que la chirurgie devait absolument se faire dans un hôpital.

En tout, Patrick Bélanger a dû patienter quatre jours et combattre des douleurs terribles avec des opioïdes et de la morphine avant que son dossier ne soit transféré à un autre chirurgien.

Je me réveillais au milieu de la nuit en pleurant et en criant de douleur, raconte-t-il.

Le deuxième spécialiste a répété qu'il devait être opéré d'urgence, et l'intervention a finalement eu lieu sept jours après l'accident.

Patrick Bélanger et sa famille ne comprennent toujours pas pourquoi le premier chirurgien a refusé de procéder à l'intervention urgente dès le départ.

C'est de l'incompétence grave de la part de l'Hôpital et un échec du système de soins de santé canadien, conclut la mère du jeune homme, Martha Ferris.

Québec recommande l'assurance privée

Selon Patrick et Richard Bélanger, il s'agit clairement d'un cas de discrimination contre un patient québécois parce que le Québec rembourse les frais d'hôpitaux, mais ne fait pas partie d'une entente de réciprocité comme toutes les autres provinces et territoires pour le paiement de frais au médecin.

L'association représentant les médecins de Colombie-Britannique, Doctors of BC, explique qu'une entente permet à ses membres de facturer leurs frais professionnels à la Colombie-Britannique pour les patients venant d'autres provinces comme s'il s'agissait de patients de la région, et la province de résidence rembourse ces frais.

Dans le cas d'un patient québécois, les médecins ne peuvent pas envoyer leur facture à la Colombie-Britannique afin d'être payés, précise l'association.

Toutefois, les médecins qui fournissent des soins à des Québécois peuvent transmettre leur facture au Québec ou directement aux patients, qui se font ensuite rembourser par le gouvernement du Québec.

Le ministère de la Santé du Québec a indiqué à son tour que les médecins sont payés au même tarif que le serait un spécialiste québécois pratiquant le même acte médical. Les patients doivent payer la différence si la facture est plus élevée. Ils peuvent ensuite réclamer un remboursement à leur assurance privée.

Le Québec recommande d'ailleurs aux voyageurs de se munir d'une assurance privée avant de voyager à l'extérieur de la province.

Dans le cas de Patrick Bélanger, l'assureur privé a refusé de payer au départ parce que le chirurgien prétendait que le patient pourrait rentrer au Québec pour être opéré dans un délai de 10 jours.

L'urgentologue avait aussi inscrit dans le dossier que le patient pouvait être possiblement sous l''influence de drogues, ce qui a plus tard été rayé, puisque l'hôpital n'a pas effectué de prélèvement sanguin pour détecter la présence d'alcool ou de drogue.

Le premier chirurgien ayant refusé de procéder à l'intervention, le Dr Peter Stefanuto, a refusé notre demande d'entrevue.

Dans un courriel, il a indiqué qu'il ne pouvait pas discuter d'un cas particulier, mais que les soins sont fournis en cas d'urgence à tous les patients, quels que soient leur province ou leur pays d'origine.

Le Dr Bob Rishiraj, qui a finalement procédé à l'opération, a dit qu'il ne se souciait pas du tout des questions politiques entourant la facturation, particulièrement après avoir été informé que le patient avait consommé des opioïdes et de la méthadone pendant des jours et qu'une attente supplémentaire augmentait les risques d'infection.

Je crois qu'un patient est un patient et que cela ne change rien qu'il soit du Québec ou de l'Ontario ou de n'importe où, je crois qu'il doit juste être traité, a ajouté le Dr Rishiraj.

La famille Bélanger a finalement payé des frais de 2563 $ au Dr Rishiraj et dit qu'elle tenterait d'obtenir un remboursement du gouvernement du Québec.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...