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Train léger : le maire d’Ottawa « obsédé » par des détails, selon des échanges WhatsApp

Deux hommes répondent aux questions des journalistes.

L'ancien directeur général des transports John Manconi et le maire d'Ottawa Jim Watson, le 14 septembre 2019, le jour du lancement du train léger (archives).

Photo : CBC/Kate Porter

Radio-Canada

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, est « connu pour vouloir un niveau de détail élevé », a déclaré l'ancien directeur général d'OC Transpo, John Manconi, lors d'une audience de la Commission d'enquête sur le réseau de train léger sur rail d'Ottawa, la semaine dernière. Les avocats lui demandaient alors à quel point le maire était impliqué dans le lancement du système de train léger.

M. Watson a lui-même déclaré sous serment aux avocats de la Commission, en avril, qu'il était dans le nid de corbeau et qu'il regardait à 30 000 pieds. Il a toutefois affirmé ne pas être entré dans les détails pour ce qui est de la ligne de la Confédération.

Depuis, une chaîne de centaines de messages envoyés sur WhatsApp à l'automne 2019, dévoilée cette semaine dans son intégralité à titre de preuve devant la Commission, correspond à la description du style du maire étayée par M. Manconi. Ces messages donnent un aperçu sans précédent de la façon dont le maire Watson dirige l'hôtel de ville.

Au cours de la période particulièrement difficile qui a suivi le lancement du train léger, Jim Watson demandait sans cesse des informations sur le système.

Il a même donné son avis sur des points de détail. Il a ainsi suggéré à John Manconi que les employés sur les quais munis de vestes rouges [les ambassadeurs du train léger, NDLR] crient les itinéraires des autobus mis en place lorsque le train léger connaissait des difficultés. Il lui a aussi demandé si des pelles étaient disponibles pour le déneigement.

Ce groupe de discussion WhatsApp a été créé quelques mois avant que M. Watson n'y soit ajouté. Dans le cadre de l'enquête publique, les avocats se sont penchés sur ces messages afin de décortiquer le fil des événements ayant mené à l’essai final du train léger à l'été 2019.

Il était aussi question de déterminer qui aurait pu être à l'origine de la décision de revenir à des critères d’évaluations moins élevés, après un départ raté.

Avant l'arrivée de Jim Watson dans le groupe de discussion, le directeur municipal, Steve Kanellakos, le président de la Commission du transport en commun, le conseiller Allan Hubley, et le personnel du bureau du maire ont discuté des résultats des tests et des étapes cruciales... et ont même remarqué des bleuets renversés sur un escalier roulant le jour de l'inauguration du train léger.

À la suite de problèmes survenus lorsque OC Transpo est passé entièrement des autobus au train, John Manconi a envoyé un message au groupe pour demander l'aide du chef de cabinet du maire, Serge Arpin, et de son assistant, Mathieu Gravel, car le maire m'envoie fréquemment des SMS.

Ils ont alors décidé que Jim Watson devrait lui aussi recevoir les mises à jour du canal WhatsApp – un des nombreux canaux de la Ville d'Ottawa, comme en témoignent les curieux messages sur différents fils de discussions – et John Manconi l'a finalement ajouté au groupe le 23 octobre.

C'est ainsi qu'a débuté un torrent de messages du maire, souvent mal orthographiés, alors qu'il exigeait des mises à jour sur tous les aspects du train léger et s'inquiétait du fait que notre réputation est en lambeaux.

Nous nous noyons dans une surcharge de messages

Dès qu'il a rejoint le fil de discussion WhatsApp, Jim Watson semblait obsédé par les messages que le compte Twitter d'OC Transpo envoyait aux passagers au sujet des retards et par le fait qu'ils ne correspondaient pas à ce qu'il avait entendu directement de John Manconi.

Pourquoi le compte Twitter indique-t-il toujours des retards? Cela fait 20 minutes et pourtant vous me dites que le problème a été résolu en cinq minutes, peut-on lire. CFRA [une radio privée d’Ottawa] tire ses informations de votre flux, il est donc difficile de les blâmer, alors que nous avons toujours un vieux gazouillis, ajoute-t-il.

Le maire a également joint sa voix à John Manconi, qui s'inquiétait du fait que l'une des membres de la Commission du transport en commun, Sarah Wright-Gilbert, nous détruise avec de fausses informations lors d'une entrevue sur la même station de radio privée. M. Watson a suggéré qu'elle soit retirée de la Commission et il a exhorté M. Manconi à utiliser les attaques contre le personnel comme un problème.

Mme Wright-Gilbert s'est défendue, la semaine dernière, à la suite du dépôt de cette pièce lors du témoignage de Jim Watson devant la Commission.

Le dimanche 27 octobre, le maire Watson avait été mis au courant de multiples pannes de train.

C'est ridicule. Je veux un service d'autobus parallèle prêt à fonctionner toute la semaine prochaine comme solution de secours. Nous n'avons aucune crédibilité à ce stade, a-t-il écrit.

Il a ensuite ordonné au personnel d'organiser une réunion avec les représentants du Groupe de Transport Rideau et de Rideau Transit Maintenance à son bureau.

Retenez tous les paiements à leur intention. Ils ne doivent pas recevoir un cent tant que je ne vous en donne pas personnellement l'autorisation, a poursuivi le maire.

Cinq jours seulement après l'avoir ajouté au fil de discussion WhatsApp, John Manconi a écrit : M. le maire, je vous en prie, je reçois tellement de messages de votre part sur plusieurs canaux et de votre personnel. Je vais répondre à chacun d'entre eux. Tous sont pris en compte. Nous nous noyons dans une surcharge de messages.

Jim Watson, l'usager du train léger

Jim Watson a pourtant persisté, vérifiant les mises à jour sur l'installation d'un revêtement antidérapant pour les escaliers des stations et de sangles auxquelles les passagers peuvent s'accrocher dans les wagons.

Plusieurs personnes assises dans un train léger.

Le maire d'Ottawa dans le train léger avec des responsables municipaux et des politiciens le 23 août 2019, lorsque la Ville a symboliquement accepté le système sur rail du Groupe de transport Rideau (archives).

Photo : Radio-Canada / Joanne Chianello

Lorsque le maire prenait le train léger cet automne-là, il sollicitait les dirigeants de la Ville sur tout ce qu'il voyait. Il a, par exemple, envoyé cette série de messages, le matin du 11 novembre :

  • Watson à 9:35:13 : Je suis en direction de l'est à la station Tremblay et il est indiqué que le train est en attente.

  • Watson à 9:35:43 : Est-ce qu'il y a quelqu'un?

  • Watson à 9:36:46 : Ok, le train repart.

  • Watson à 9:41:40 : Le conducteur peut-il crier les arrêts jusqu'à ce que le train soit réparé? Est-ce qu'il ou elle saura que ça ne fonctionne pas?

  • Watson à 9:49:24 : Le système de sonorisation fonctionne maintenant!

  • Watson à 9:51:31 : Il ne fonctionne plus.

  • Watson à 9:51:52 : Il vient d'annoncer Saint-Laurent et nous sommes à Tremblay.

  • Watson à 9:54:32 : Est-ce que quelqu'un peut éteindre le système de sonorisation qui annonce la mauvaise station à chaque fois.

  • Watson à 10:03:44 : Veuillez répondre et éteindre la sonorisation. Il annonce toutes les mauvaises stations!!!!

  • Conseiller Hubley à 10:04:18 : Monsieur le Maire, je vais appeler.

  • Watson à 10:04:56 : Très frustrant. Surtout si une personne aveugle monte dans le train.

  • Manconi à 10:07:15 : Le système devrait se réinitialiser à la fin de la ligne.

Lors d'un autre trajet, Jim Watson a écrit à John Manconi de demander au personnel de soutien de dire aux usagers de mettre leur sac à dos au sol, car OC Transpo pourrait faire entrer plus d'usagers dans les wagons.

Le maire a même fait plusieurs suggestions concernant les aiguillages des trains et les opérations de triage que John Manconi a dû rejeter.

Des dizaines de personnes sont massées sur le trottoir et regardent vers la gauche.

Des usagers du train léger attendent l'autobus à la station Blair, à la suite d'une panne du train léger le matin du 22 octobre 2019 (archives).

Photo : Radio-Canada / Gilles Taillon

M. Watson voulait également une barricade en forme de corde pour empêcher les usagers de tenir les portes ouvertes au départ d'un train.

C’est impossible. C'est contraire à toutes les règles de sécurité, a répondu John Manconi. Vous aviez la possibilité, pendant la phase de conception et d'appel d'offres, d'installer des portes palières conçues pour faire exactement ce que vous demandez, mais ce n'était pas abordable selon votre limite budgétaire.

Pendant ce temps, M. Manconi a fréquemment demandé au maire où il obtenait ses informations sur les problèmes de transport en commun. Il a aussi dû l'informer quand les messages sur Twitter d'autres personnes ne décrivaient pas correctement la situation.

Attaquer le Groupe de transport Rideau

Le maire n'a pas réservé sa frustration aux discussions avec les hauts responsables de la Ville.

Le 22 novembre 2019, Jim Watson a demandé un appel avec Peter Lauch, alors PDG du Groupe de transport Rideau (GTR).

Je suis furieux, écrit alors M. Watson. Je commence la matinée avec une panne et je termine l'après-midi avec une autre.

John Manconi lui a alors transmis le numéro de téléphone cellulaire de M. Lauch et 12 minutes plus tard, le maire a répondu : Je viens de blaster Peter. Ce technicien devrait être viré et remplacé.

Portrait de l'homme assis devant une toile colorée.

L'ancien PDG du Groupe de transport Rideau, Peter Lauch, lors d'une conférence de presse en février 2020 (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

John Manconi lui-même n'a pas mâché ses mots lorsqu'il s'est adressé au personnel d'Alstom et de Rideau Transit Maintenance sur des fils de discussion WhatsApp, les qualifiant de clowns, de crétins et d'idiots.

Tout au long de l'année, John Manconi a promis de fournir des informations au maire. Mais le 7 décembre – un samedi – M. Manconi lui a finalement dit : Aujourd'hui, j'essaie de prendre du repos et de faire des choses pour moi, ce que je n'ai pas pu faire depuis des mois. Alors puis-je vous demander que nous parlions de tout cela à notre réunion hebdomadaire?

Le 13 décembre, le maire a demandé : Que s'est-il passé à Cyrville et avez-vous cessez de m'alertez sur ce forum?

Il ressort clairement d'autres chaînes de messages que John Manconi a continué à recevoir des textos et des directives du maire par la suite, comme l'ordre d'arrêter de rendre public le peu de trains en service sur la ligne cet hiver-là.

Les textos ne constituent pas une pression

Ces fils WhatsApp ne figuraient pas parmi le demi-million de documents que la Ville d'Ottawa avait initialement fournis à la commission d'enquête. L'avocat externe de la Ville, Peter Wardle, a maintenu que la Commission avait dit qu'elle ne voulait pas de documents provenant d'appareils personnels.

Me Wardle a décrit les messages comme étant éphémères et jetables, selon la politique de la Ville en matière de documents. Jim Watson a déclaré que ses yeux se sont voilés à la lecture des messages d'information échangés entre les employés de la Ville.

Le 30 juin, John Adair, co-avocat principal de la Commission, a toutefois demandé au maire Watson pourquoi il n'avait pas mentionné l'existence de ces messages sous serment, lors de son entretien préalable à l'audience en avril 2022.

Je vais suggérer, monsieur, que vous saviez [...] que ces messages WhatsApp étaient importants et que vous avez spécifiquement choisi de ne pas les divulguer, n'est-ce pas? a-t-il demandé.

Non, a répondu le maire. Je ne pensais pas que c'était si important. C'était des bribes ici et là. Ce n'était pas du tout substantiel. Les informations plus substantielles provenaient des réunions que nous avions avec nos fournisseurs et notre personnel.

Des passagers dans le train léger à Ottawa.

Depuis sa mise en service, le train léger a connu de nombreux problèmes (archives).

Photo : Radio-Canada / Andrew Lee

John Manconi n'a pas non plus parlé de ces messages à la Commission au moment de son entretien. Lors de son témoignage du 28 juin, il a dit à Me Adair qu'il avait complètement oublié les discussions sur WhatsApp.

Me Adair était surtout préoccupé par la période précédant la prise en charge du train léger par la Ville d'Ottawa et par ce que les deux hommes auraient pu échanger par texto, alors que le maire n'était pas encore sur le fil WhatsApp. Me Adair avait vu des références à ces textes, mais aucun n'avait été remis.

Je vais suggérer que si le maire de la ville vous envoie des textos sans arrêt, c'est une pression sur vous pour réaliser [le transfert du train léger]?, a dit l'avocat.

Non. Non. Absolument pas, a répondu John Manconi. [Le maire] a des niveaux d'énergie incroyables et veut savoir ce qui se passe, pas seulement dans le transport en commun, même dans mes journées pour le travaux publics ou dans mes autres portefeuilles.

D'après les informations de Kater Porter, de CBC

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