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Rupture de stock d’insuline : patients et professionnels de l’Outaouais demandent d’agir

Une personne mesure son taux de glucose dans le sang.

Au Québec, 760 000 personnes souffrent d'une forme de diabète (archives).

Photo : iStock

Radio-Canada

La rupture d’approvisionnement d’insuline lispro AdmelogMC en fiole de 10 ml, depuis le 10 juin, inquiète en Outaouais. Patients et intervenants demandent au gouvernement d'agir.

Jozée Devoua-Nadeau, chanteuse de jazz de la région de l’Outaouais, a été diagnostiquée à 21 ans. Depuis, elle doit combiner tous les jours avec un diabète de type 1.

C'est un travail à temps plein, quasiment, pour gérer cette maladie-là. La première chose, le matin, en se levant, il faut vérifier sa glycémie, s'assurer qu’elle n’est ni trop haute ni trop basse. Et à chaque repas ou selon les activités, il faut se donner une dose d’insuline, raconte-t-elle.

Récemment, elle a changé de médicament pour passer à l'AdmelogMC, le médicament biosimilaire de l'HumalogMC, moins cher. Une obligation édictée par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), sous peine de ne pouvoir être remboursée.

Dans une précédente version de cet article et afin de vulgariser l'information, il était indiqué que l'AdmelogMC était le générique de l'HumalogMC. L'AdmelogMC est en fait le médicament biosimilaire de l'HumalogMC.

Mais le 23 juin, en se rendant à sa pharmacie pour récupérer les deux bouteilles de ce médicament qu’elle utilise en moyenne chaque mois, elle a appris que son médicament était en rupture de stock.

Jozée Devoua-Nadeau en entrevue.

Jozée Devoua-Nadeau est diabétique de type 1. Elle a été diagnostiquée à 21 ans.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Après avoir appelé toutes les pharmacies, y compris à Montréal et à Québec, et même la compagnie pharmaceutique qui produit le médicament, elle a finalement appris que la rupture de stock pourrait durer jusqu’à la fin septembre.

C'était ma vie pour laquelle je craignais parce que je me disais : s'il n’y a pas d'insuline, moi, c'est quelque chose qui me tient en vie. Puis, tu ne peux pas attendre deux mois, c'est dans l'immédiat, raconte-t-elle.

« Ça fait déjà une semaine et demie, quasiment deux, que je fais ça à temps plein toutes les journées, que j'appelle des pharmacies, des spécialistes, mon assurance, pour me faire remplacer l'insuline sans frais. »

— Une citation de  Jozée Devoua-Nadeau, résidente de Gatineau

Aujourd’hui, Mme Devoua-Nadeau dénonce le manque de communication du gouvernement et de la compagnie pharmaceutique. Elle attend encore de savoir si sa compagnie d’assurance acceptera de lui rembourser l'HumalogMC, plutôt que l'AdmelogMC.

Des solutions de rechange complexes

Selon Martin Payer, président de Diabète Outaouais et pharmacien, des solutions de rechange existent, mais elles nécessitent des ajustements assez majeurs, qui s’ajoutent à la gestion d’une maladie chronique déjà très complexe.

Les cartouches et les stylos préremplis existent quand même. [...] C'est sûr que la manipulation est difficile, parfois un petit peu plus complexe… [...] Sinon, certaines assurances continuent à couvrir. Pour les patients, c'est du cas par cas, dit-il.

Martin Payer, président de Diabète Outaouais, en entrevue.

Martin Payer, président de Diabète Outaouais

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

La rupture d’approvisionnement, M. Payer explique en avoir entendu parler en passant sa commande. Selon Diabète Outaouais inc., cette situation est fort probablement due à la décision de la RAMQ de forcer la transition de tous les patients prenant l’HumalogMC vers l’AdmelogMC depuis avril 2022.

Des fioles d’HumalogMC sont toujours disponibles, mais le remboursement par la RAMQ n’est pas adéquat. Et certaines assurances privées ont décidé de suivre les mêmes directives et de ne pas rembourser l’HumalogMC au complet.

Cette situation inacceptable aurait pu être évitée avec plus de planification, estime Diabète Outaouais par voie de communiqué.

Ce qui m'enrage, c'est qu'encore une fois, le gouvernement, les assurances et les compagnies pharmaceutiques sont prêts à prendre des décisions financières qui vont affecter directement la santé des gens. Dans ce cas-ci, on parle de vie ou de mort, s'indigne Jozée Devoua-Nadeau.

Revoir la directive de la RAMQ

Le Dr Rémi Rabasa-Lhoret, médecin endocrinologue et spécialiste du diabète, rappelle que l’insuline est un des médicaments les plus chers sur le marché.

On sait comment ça s'est passé aux États-Unis. Quand les prix de l'insuline ont explosé, il y a des gens qui n'en ont pas pris assez, qui se sont rationnés, qui ont fini aux soins intensifs et certains sont décédés. Nous sommes face à une urgence, dit-il.

Il s’étonne que le gouvernement ne soit pas intervenu plus tôt, alors qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour certains malades.

« On a vu dans la pandémie qu'on était capable de faire de bonnes choses et de changer les choses rapidement. »

— Une citation de  Dr Rémi Rabasa Lhoret, médecin endocrinologue et spécialiste du diabète

La solution serait, selon lui et selon Diabète Outaouais, de rembourser le médicament disponible, en attendant le réapprovisionnement en AdmelogMC.

C'est déjà très cher, même avec la couverture universelle. Si les patients doivent payer l'insuline, on s'en va au-devant de plusieurs catastrophes, explique-t-il. Encore une fois, je m'étonne de la lenteur de nos autorités de santé au ministère de la Santé et à la RAMQ à prendre conscience que nous avons un problème. On a besoin de lever cette obligation d'aller vers [l’AdmelogMC], le temps d'en avoir dans les pharmacies.

Jointe par Radio-Canada, la RAMQ n’avait pas répondu au moment de publier cet article.

Avec les informations de Camille Kasisi-Monet et de Fiona Collienne

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