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Une femme se bat pour rapatrier les cendres de son frère victime de la rafle des années 60

Susan Chief tient la photo de son frère Danny Ross.

Neuf frères et soeurs de Susan Chief ont été enlevés lors de la rafle des années 1960.

Photo : Radio-Canada / Warren Kay

Radio-Canada

Ce qui adviendra des cendres de Danny Ross, mort cette année, a créé tout un émoi dans les familles Ross et Chief. Le défunt, originaire du Manitoba, a été victime de la rafle des années 1960 et adopté par une famille aux États-Unis. La famille biologique et la famille adoptive ont dû s'entendre pour savoir ce qu'il en sera.

À l'époque, la famille Chief vivait à Birch River, à environ 485 km au nord-ouest de Winnipeg.

Neuf des enfants ont été retirés de la garde des parents. Daniel Chief, aujourd'hui appelé Danny Ross, et un de ses frères ont été envoyés dans une famille du Minnesota.

Qu'est-ce que la rafle des années 1960?

Des années 1950 au début des années 1990, au Canada, plus de 22 500 enfants autochtones ont été retirés de leur foyer par des organismes de la protection de l’enfance pour être placés dans des familles d’accueil non autochtones, ce qui a provoqué la perte de leur identité et de leur culture.

Ces enfants ont été envoyés dans d'autres régions du Canada, aux États-Unis et en Europe.

Susan Chief, l'une des soeurs biologiques de Danny Ross, avait repris contact avec lui peu de temps avant qu’il ne meure d’une crise cardiaque à l’âge de 59 ans, en Floride.

Il lui avait alors dit qu'il voulait être enterré à Duck Bay, au Manitoba, à côté des restes de ses parents biologiques.

Il a dit : "Si quelque chose m'arrive, si je meurs un jour, tout ce que je veux, c'est aller à Duck Bay pour être enterré à côté de maman.", affirme-t-elle.

Il avait également exprimé le désir de venir rendre visite à sa communauté, explique Susan Chief.

Depuis la mort de Danny Ross, sa soeur biologique a contacté la famille adoptive de son frère pour régler les arrangements.

Bien que la sœur adoptive du défunt ait souhaité qu'il y ait d'abord une incinération et que les cendres soient ramenées dans le Minnesota, un accord entre les deux femmes a finalement été conclu.

Après des mois de discussions, la sœur adoptive a proposé de séparer les cendres afin qu’une partie soit enterrée aux États-Unis et l’autre au Manitoba.

Malgré tout, Susan Chief hésitait à accepter cette proposition.

Nous avons parlé de la rafle des années 1960 et de ce qui s'est passé, explique Susan Chief. Elle n'en avait jamais, jamais entendu parler. Elle ne savait pas ce que c'était. Elle a dit : "Tout ce que je sais, c'est que ces deux garçons ont été amenés chez nous."

Susan Chief soutient également que son frère lui avait dit qu'il n'était pas heureux dans sa famille d'adoption et qu'il l'avait quittée à l'âge de 17 ans.

La soeur adoptive de Danny Ross n'a pas voulu commenter cette affirmation.

Portrait de Danny Ross.

Danny Ross, décédé à l'âge de 59 ans, venait de reprendre contact avec sa soeur Susan, peu de temps avant sa mort.

Photo : Gracieuseté de Susan Chief

L’absence de testament, un obstacle

Comme Danny Ross n'avait pas de testament, les droits sur ses biens et sur ce qu'il adviendra de sa dépouille sont légalement détenus par sa famille adoptive.

Comme ses souhaits n'ont été exprimés que durant un appel téléphonique, ce consentement verbal ne peut être honoré légalement.

Ce n'est pas la première fois que nous entendons parler de ce problème, affirme la cofondatrice du Sixties Scoop Network, Colleen Hele-Cardinal. Cet organisme soutient les survivants de la rafle des années 1960 et sensibilise le public à ce sujet.

Colleen Hele-Cardinal sourit à la caméra.

Colleen Cardinal est la cofondatrice de Sixties Scoop Network, une organisation établie à Ottawa.

Photo : CBC

Nous militons pour que les personnes adoptées fassent un testament écrit avec des directives sur ce qu'il faut faire de leur corps, à leur mort, et sur qui aura la garde de leur dépouille, ajoute Colleen Hele-Cardinal. À moins qu'elles n'aient écrit quelque chose, la famille légale a le droit légal de faire ce qu'elle veut.

Selon elle, même une note sur un bout de papier serait suffisante, pourvu qu'elle soit notariée.

C'est la parole de la famille biologique contre celle de la famille adoptive, déplore-t-elle.

Frances Chartrand, la ministre de la Santé de la Fédération des Métis du Manitoba (MMF), dont Susan Chief est membre, a déclaré dans un communiqué que la rafle des années 1960 est un exemple clair de traumatisme intergénérationnel.

Même dans la mort, nous devons encore nous battre pour ramener nos enfants à la maison. Il y a beaucoup de colère et de douleur dans les familles touchées. Cela ne disparaît pas, affirme-t-elle.

Susan Chief se rendra au Minnesota, ce mois-ci, pour ramener les restes de son frère à la maison.

J'essaie d’être optimiste, dit-elle. Au moins, nous aurons un peu de lui.

Avec les informations de Renée Lilley

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