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Boris Johnson s’accroche au pouvoir malgré l’hémorragie

Ébranlés par le plus récent scandale à secouer son gouvernement, de nombreux ministres incitent le premier ministre britannique à démissionner.

Boris Johnson, debout à la Chambre des communes

Le premier ministre britannique Boris Johnson répond à ses détracteurs pendant la période des questions à la Chambre des communes.

Photo : La Presse canadienne / AP/Chambre des communes

Radio-Canada

La pression s’accentue sur Boris Johnson. Le premier ministre britannique, dont le gouvernement est éclaboussé par un nouveau scandale, assure vouloir rester en poste malgré une cascade de démissions au sein de son cabinet.

Plus de 40 membres du gouvernement ont annoncé leur départ mercredi, 24 heures après les démissions fracassantes du ministre de la Santé, Sajid Javid et du ministre des Finances, Rishi Sunak.

Mercredi en fin de soirée, Simon Hart, qui occupait le poste de ministre d’État chargé du pays de Galles, est devenu le troisième membre du cabinet Johnson à claquer la porte.

Dans une lettre adressée au premier ministre, M. Hart a déclaré qu'il n'avait jamais été un grand admirateur des démissions ministérielles. Or, il a ajouté que le moment pour rester afin d’aider le premier ministre à redresser le navire était maintenant dépassé.

S’ajoutant à ces départs volontaires, Boris Johnson a limogé son ministre du Logement Michael Gove, qui, selon des médias britanniques, avait appelé à la démission du premier ministre. Poids lourd du Parti conservateur ayant occupé plusieurs postes de haut rang, M. Gove avait travaillé étroitement avec Boris Johnson lors de la campagne pour le Brexit en 2016.

Michael Gove

Un conseiller de Boris Johnson a qualifié Michael Gove de « serpent ».

Photo : Reuters / Hannah McKay

Dans une déclaration à la BBC, l’ex-ministre conservatrice Margot James a critiqué ce congédiement.

Elle a qualifié la décision de renvoyer le ministre Gove, probablement le ministre le plus compétent de ce gouvernement, de grossièrement irresponsable.

Plusieurs ministres de premier plan ont visité le premier ministre à sa demeure du 10 Downing Street pour réclamer sa démission tant la situation est devenue instable, selon des médias britanniques.

Parmi les noms cités, la ministre de l'Intérieur Priti Patel, ainsi que Nadhim Zahawi, moins de 24 heures après sa nomination comme ministre des Finances.

La procureur générale Suella Braverman a joint sa voix à celles demandant le départ du premier ministre, tout en indiquant qu'elle comptait rester en poste. Interrogée sur son intérêt à devenir candidate dans une éventuelle course à la direction, elle a indiqué qu’elle se jetterait dans l’arène.

D'autres ministres lui ont en revanche réaffirmé leur soutien, comme Nadine Dorries, responsable de la Culture, et Jacob Rees-Mogg, ministre des opportunités du Brexit.

Johnson promet de se « battre »

N'empêche, le premier ministre Johnson ne montre aucun signe de vouloir plier devant une pression de plus en plus forte.

Le travail d'un premier ministre dans des circonstances difficiles, quand un mandat colossal lui a été confié, est de continuer, et c'est ce que je vais faire, a-t-il lancé lors de la période de questions à la Chambre des communes.

Soulignant la fragilité de l'économie britannique et la guerre en Ukraine, le chef du gouvernement conservateur a également plaidé que c'est exactement le moment où on attend d'un gouvernement qu'il continue son travail, qu'il n'abandonne pas [...] et qu'il se concentre sur ce qui compte pour les citoyens de ce pays.

Dans un témoignage ultérieur devant un comité parlementaire, M. Johnson a exclu le déclenchement d'élections anticipées — réclamées notamment par le leader du Parti nationaliste écossais Ian Bradford — au motif que les électeurs britanniques n'en voulaient pas.

Un homme installe un chevalet sur lequel on peut lire des cotes devant le parlement britannique.

Un homme installe un chevalet sur lequel on peut lire des cotes pour le maintien au pouvoir de Boris Johnson au cours des prochaines années et pour les chances de différents conservateurs de lui succéder.

Photo : La Presse canadienne / PA/AP/Stefan Rousseau

Deux députés conservateurs ont ouvertement demandé à Boris Johnson de démissionner lors de la séance, mais la charge la plus sentie est venue de Sajid Javid, dont la démission mardi à titre de ministre de la Santé a mis le feu aux poudres.

L'ex-ministre de la Santé a expliqué avoir voulu donner une dernière chance au premier ministre après le scandale des fêtes organisées à Downing Street. Mais il s'est dit à nouveau berné lorsque M. Johnson a affirmé ne pas avoir été informé d'allégations d'inconduite sexuelle visant Chris Pincher, nommé whip adjoint du gouvernement conservateur en février.

Sajid Javid, souriant, devant des maisons.

Sajid Javid, à sa sortie de sa maison de Londres, mercredi, avant la période de questions aux Communes

Photo : Reuters / MAJA SMIEJKOWSKA

M. Johnson a finalement admis qu'il avait été informé d'anciennes accusations contre lui dès 2019, soit bien avant de le nommer. Il a affirmé qu'il les avait oubliées et s'est excusé pour cette erreur. Le controversé whip adjoint a démissionné la semaine dernière après avoir été accusé d'attouchements sur deux hommes.

Assez, c'est assez! a-t-il lancé lors d'une tirade où il a fait valoir l'importance de l'intégrité. Le problème commence au sommet, et ça ne changera pas, a déclaré M. Javid, en invitant ses collègues conservateurs à réfléchir à la situation. Soyons clairs, ne rien faire est une décision, leur a-t-il lancé.

Trois manifestants près du parlement, dont deux tiennent des pancartes.

Quelques manifestants ont réclamé la démission du premier ministre Johnson, mercredi, à proximité du parlement britannique.

Photo : Reuters / HENRY NICHOLLS

Déjà considérablement affaibli par le scandale du « Partygate » pendant la pandémie, M. Johnson a survécu il y a quelques semaines à un vote de défiance de son propre camp.

Les règles internes du parti spécifient qu'un autre vote du genre ne peut avoir lieu avant un an, mais des opposants au premier ministre ont fait pression auprès du Comité 1922, compétent pour trancher la question, afin qu'elles soient modifiées.

Boris Johnson est assis, les bras croisés, entouré de membres de son cabinet.

De nombreux scandales secouent l'administration de Boris Johnson ces derniers mois.

Photo : Reuters

Selon des médias britanniques, les membres du comité, réunis en après-midi, ont finalement décidé de procéder à l'élection d'un nouvel exécutif lundi prochain. Il reviendra à ces nouveaux élus de trancher la question.

Outre la situation de M. Pincher, plusieurs affaires à caractère sexuel ont éclaté au parlement britannique ces dernières semaines : un député soupçonné de viol a été arrêté, puis libéré sous caution mi-mai, un autre a démissionné en avril pour avoir regardé de la pornographie au parlement sur son téléphone portable et un ancien député a été condamné en mai à 18 mois de prison pour l'agression sexuelle d'un adolescent de 15 ans.

Le départ de ces deux derniers députés a provoqué des élections législatives partielles et de lourdes défaites pour les conservateurs. Le parti avait en outre encaissé de très mauvais résultats aux élections locales de mai, qui ont soulevé des doutes sur la capacité de M. Johnson à diriger ses troupes.

Selon un sondage Savanta ComRes publié mercredi, 72 % des Britanniques estiment que le premier ministre devrait démissionner.

Avec les informations de The Guardian, Reuters, et Agence France-Presse

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