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« Mot en n » : la direction de la SRC sous pression face à la décision du CRTC

Le CRTC réclame des excuses pour une chronique dans laquelle le mot en « n » a été mentionné il y a deux ans.

La façade de la Nouvelle Maison de Radio-Canada à Montréal.

Le CRTC ordonne à Radio-Canada de s'excuser publiquement pour l'usage en ondes du « mot en n » il y a deux ans.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Une cinquantaine d'animateurs et de journalistes connus de Radio-Canada demandent à la haute direction du diffuseur public, dans une lettre ouverte publiée lundi matin dans le journal La Presse, de « contester vigoureusement » les excuses réclamées par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour une chronique diffusée à la radio dans laquelle le mot en « n » a été mentionné.

Dans une décision rendue le 29 juin, le CRTC blâme la Société Radio-Canada (SRC) pour l’utilisation répétée du mot en n pendant une émission radiophonique et il exige du diffuseur public des excuses écrites publiques ainsi qu’un plan pour éviter que pareille situation se reproduise.

Le CRTC infirmait ainsi une décision de l’ombudsman de Radio-Canada qui en arrivait à la conclusion que la plainte à l'origine de cette affaire ne méritait pas de reproches de sa part. En somme, il jugeait que la SRC n’avait pas contrevenu aux normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada dans le cadre de la chronique.

Qui plus est, il n'estimait pas « que la SRC doive bannir l’utilisation du terme dans tous les contextes, mais plutôt que celui-ci soit utilisé de manière adéquate et responsable ».

Dans leur missive, les dizaines de têtes d’affiche de la SRC interpellent les membres de la haute direction pour qu’ils s’opposent à la décision du CRTC qui exige des excuses pour avoir manqué de respect et de sensibilité en citant en ondes le titre du livre de l’écrivain Pierre Vallières Nègres blancs d’Amérique.

Les signataires estiment que la décision de l’organisme de réglementation fédéral est inquiétante parce qu'elle menace la liberté d'expression et l'indépendance journalistique. Elle met, d’une part, en cause les principes de liberté et d’indépendance qu’exige notre métier et, d’autre part, ouvre la porte aux dangers que constituent la censure et l’autocensure, écrivent-ils.

Les auteurs de la lettre reconnaissent que le mot en n est un mot chargé. Néanmoins, ils considèrent que lorsqu’il est prononcé en ondes cela est fait dans un contexte factuel qui n’est ni offensant, insultant ou déshumanisant.

Selon les normes

Les demandeurs insistent sur le fait que l’approche retenue par les professionnels de l'information respecte les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

« Aussi, si nous sommes alarmés, c’est non seulement pour nous, à Radio-Canada, mais pour toutes les entreprises de communications régies par le CRTC. »

— Une citation de  Les signataires de la lettre

Nous souhaitons donc que Radio-Canada déploie les moyens nécessaires pour désavouer cette décision du CRTC, déclarent-ils en conclusion.

Parmi les têtes d’affiche qui réclament une fin de non-recevoir de la direction, on retrouve Céline Galipeau, Gérald Fillion, Anne-Marie Dussault, Alain Gravel, Marie-Maude Denis, Sébastien Bovet, Charles Tisseyre, Isabelle Richer, Michel Désautels, Patrick Masbourian et Patrice Roy.

Cette sortie publique survient quelques jours après celle d’une série d’anciens ombudsmans et d’anciens directeurs de l’information qui, eux aussi, plaident que la société d’État ne doit pas s’excuser. Le CRTC interprète de manière complètement abusive son pouvoir d’intervention, déplorent-ils.

La ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, une ex-journaliste, a affirmé lundi sur son compte Twitter que cette décision du CRTC est une grave atteinte à la liberté d’expression.

Nous suivrons les prochaines étapes avec intérêt, à savoir si elle ira en révision judiciaire. Nous sommes solidaires avec les représentants des médias touchés par cette décision, a-t-elle déclaré.

Au lendemain de la décision du CRTC, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) désapprouvait sur Twitter ses demandes.

La Fédération apporte son soutien à Radio-Canada et dénonce un dangereux précédent dans une décision majoritaire du CRTC ordonnant à la société d’État de s’excuser pour avoir cité en onde le titre d'un livre faisant partie du patrimoine de notre nation, affirmait-elle.

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