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5 ans d’accès à l’avortement à l’Î.-P.-É. : des féministes ne tiennent rien pour acquis

Une affiche demandant au premier ministre de rendre disponible l'accès à l'avortement à l'île.

Une affiche utilisée lors des manifestations en faveur de l’accès à l’avortement à l’île en 2016. Le dessin fait référence au personnage iconique du romain Anne… la maison aux pignons verts. Wade MacLauchlan était le premier ministre de l'île à l'époque (archives).

Photo : Radio-Canada / Krystalle Ramlakhan

Depuis que la Cour suprême des États-Unis a invalidé la décision Roe v. Wade qui protégeait le droit à l'avortement, plusieurs groupes de défense des droits des femmes à l'Île-du-Prince-Édouard s’inquiètent de la répercussion de cette décision au Canada.

C'est qu'à l’Île-du-Prince-Édouard, cela fait seulement cinq ans que le système de santé offre des services d’avortement.

Santé Île-du-Prince-Édouard a commencé à offrir ce service à l’hôpital du comté de Prince de Summerside, en janvier 2017.

L'année suivante, les interruptions de grossesse chirurgicales ont été offertes à Charlottetown et la province a approuvé l'utilisation de la pilule abortive.

« La plupart des personnes qui cherchent les services sont assez certaines de leur décision d’interrompre la grossesse, et nous faisons de notre mieux pour les soutenir dans ce processus. »

— Une citation de  Jan Skeffington, gestionnaire au Programme de bien-être des femmes et services de santé sexuelle de l’île
La façade de l'hôpital.

L'Hôpital du comté de Prince, à Summerside, est le deuxième en importance à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : CBC/Ken Linton

Gestionnaire au Programme de bien-être des femmes et services de santé sexuelle, Jan Skeffington explique que le nombre d’avortements réalisés au sein du système de santé est resté stable au fil des années.

Depuis 2017, 1100 avortements ont été réalisés à l’île.

La prise de la pilule abortive représente la majorité des avortements recensés.

Nous avons en fait observé la tendance suivante : environ la moitié des personnes optent pour les médicaments, et dans certains mois, deux tiers des personnes optent [pour cette option], et un tiers choisit la procédure d’avortement chirurgical par aspiration, précise Jan Skeffington.

Environ 11 professionnels de la santé y travaillent à temps plein, en plus des employés à temps partiel, selon Santé Île-du-Prince-Édouard.

Jillian Kilfoil pose pour la photo.

Jillian Kilfoil, directrice du Réseau des femmes de l‘île, reconnaît l’avancement et les difficultés dans l’offre de services à l’île.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Drumond

La directrice du Réseau des femmes de l’île, Jillian Kilfoil reconnaît l’avancement dans l’offre de services à l’île au fil des années.

Depuis 2017, je pense qu’il y a plus d’ouverture au fait que c’est quelque chose de légal au Canada qui doit être offert à tous les gens qui ont besoin de ce service […] Je pense que la plupart des gens sont plus à l’aise avec le fait qu’on offre ce service à l’île, explique Jillian Kilfoil.

Des années de manifestations

L’Île-du-Prince-Édouard a été la dernière province à permettre aux femmes d’obtenir un avortement sur son territoire.

Depuis 1988, l’avortement n’est plus considéré comme un crime grâce à un jugement de la Cour suprême du Canada.

Pendant plus de 30 ans, les femmes de l’Île-du-Prince-Édouard qui souhaitent se faire avorter devaient se rendre à Halifax ou à Fredericton.

Les manifestations organisées par des mouvements en faveur de l’offre de services d’avortement se sont intensifiées en 2011.

Un processus qui a abouti à une poursuite judiciaire contre la province entamée par un groupe de femmes.

Un groupe de manifestants en faveur de l'offre de services d'avortement.

Les manifestations organisées par des mouvements en faveur de l’offre de services d’avorteront se sont intensifiées en 2011 (archives).

Photo : Radio-Canada

Professeur en psychologie à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Colleen MacQuarrie était l’une de ces personnes qui voulaient mettre de la pression sur le gouvernement.

Nous ne voulions pas poursuivre le gouvernement devant les tribunaux, mais on l'a fait seulement après qu’il n’ait pas écouté les données scientifiques qui disaient que les dommages causés aux femmes étaient plus importants que les conséquences morales d’une modification de l’interdiction de l’avortement à l'île, explique Colleen MacQuarrie qui menait une recherche sur l’impact de l’absence de ces services sur les femmes de l’île à l’époque.

Peu de temps après, le gouvernement de l’ancien premier ministre, Wade MacLauchlan, a annoncé la création du service d’avortement à l’île, en 2016.

« Nous étions soulagés, car nous savions enfin que les nombreuses années passées à essayer d’aider les femmes à obtenir un avortement, et on savait que cela allait être plus facile. »

— Une citation de  Colleen MacQuarrie, professeur en psychologie à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard

Pour Jane Ledwell, directrice au Conseil consultatif de la situation de la femme de l’île, les groupes militants contre l’avortement et le manque de volonté politique ont ralenti les démarches vers un accès élargi à l'avortement.

Il y a beaucoup de facteurs culturels, sociaux, beaucoup de stigmatisation par rapport à l’avortement, c’était très contesté aussi, explique-t-elle.

Jane Ledwell travaille à son bureaué

Jane Ledwell, directrice au Conseil consultatif de la situation de la femme de l'île, explique que la mentalité conservatrice de l’époque contribuait à empêcher l’offre de ce service à l’île.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Drumond

Avortement : un droit fragile

Les groupes féministes considèrent que le droit à l’avortement demeure un droit fragile depuis la décision de la Cour suprême des États-Unis.

Une décision qui s’ajoute aux difficultés retrouvées dans le service à l’île, selon Jillian Kilfoil.

Elle reconnaît que les obstacles sont toujours présents pour les femmes habitant dans des régions éloignées des grands centres urbains, où se trouvent ces services.

« Si tu n’as pas accès au transport en commun, c’est très difficile d’avoir accès aux services d’avortement. Aussi, on a presque 30 000 citoyens qui n’ont pas de médecin de famille à l’île, et c’est là que nos soins de santé commencent. »

— Une citation de  Jillian Kilfoil, directrice du Réseau des femmes de l‘île

Elle rappelle que des groupes anti-avortement sont toujours actifs dans la province.

Il y a encore des groupes qui sont contre l'avortement et qui se mobilisent à cause de ce qui s’est passé aux États-Unis. Donc, c’est très fragile nos droits à l’île par rapport à l’avortement, précise Jillian Kilfoil.

Un avis partagé par Jane Ledwell.

Nous nous souvenons des journées où on n’avait pas d’accès à l’avortement, et nous allons lutter pour protéger le droit des femmes, pour améliorer l’accès aux services dans les régions rurales et pour éliminer les obstacles, ajoute-t-elle.

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