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800 km parcourus en vélo pour sensibiliser aux violences faites aux femmes autochtones

Nadine Erickson, Grace Masse et Brenda Frogg prennent un égo-portrait, le 3 juillet 2022.

Nadine Erickson, Grace Masse et Brenda Frogg veulent sensibiliser la population à la violence sexuelle que subissent des femmes dans les communautés des Premières Nations.

Photo : Grace Masse

Trois femmes autochtones ont parcouru près de 800 km de Thompson à Winnipeg pour alerter l’opinion publique sur les violences sexuelles faites aux femmes autochtones. Un exploit sportif qu’elles ont accompli en seulement quatre jours.

Brenda Frogg et Grace Masse ont pédalé à tour de rôle par tronçon d’une cinquantaine de kilomètres. Elles étaient suivies en voiture par Nadine Erickson qui a également participé au relais sur quelques kilomètres.

J’ai été infirmière dans le nord de la province pendant plus de 20 ans et j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup d’abus sexuel, de violence sexuelle envers les hommes et les femmes et surtout envers les enfants, souligne Brenda Frogg, qui a eu l’idée de ce projet en 2018.

Partant de ce constat, elle a voulu créer un événement pour donner une voix aux victimes. C’était difficile de porter ce projet seule, alors j’ai décidé d’organiser cette course à vélo et j’ai invité mes amies à y participer avec moi.

Leur souhait est d’éduquer la population, mais également les professionnels de la santé, afin de leur donner les outils pour accompagner, écouter et conseiller les victimes. Quand il n’y a aucune formation sur la manière d’écouter ces victimes, alors nous leur ajoutons un traumatisme supplémentaire, souligne Brenda Frogg.

Des femmes résilientes

Elles expliquent aussi les motivations personnelles qui les ont aidées à mener ce projet à bien.

Je n’avais pas de voix quand j’étais plus jeune. [...] Je connais très personnellement des gens qui ont subi des violences sexuelles. Ça ne doit pas aller jusqu’au viol, ce sont des agressions, des abus. Vous savez, tout ce qui a été appris des pensionnats, confie Grace Masse. Pour elle, c’était un projet très personnel. Sur la route, j’ai pleuré plusieurs fois, ce fut ma manière de guérir.

Une cycliste roule sur l'accotement d'une route au Manitoba, en fin de journée.

Brenda Frogg, Grace Masse et Nadine Erickson ont parcouru la distance entre Thompson et Winnipeg en quatre jours.

Photo : Gracieuseté Nadine Erickson

Dans le cas des deux infirmières Nadine Erickson et Brenda Frogg, leur motivation vient de ce dont elles ont été témoins au cours de leur carrière.

Personnellement, ma motivation, je l’ai tirée du fait de voir des victimes d’abus sexuels, explique Mme Frogg.

Quand on accompagne des patients, on s'aperçoit souvent que la racine de leur problème est teintée d’histoires d’abus sexuels, ajoute Nadine Erickson.

De plus, elle souligne que depuis la COVID-19 [...] nous avons vu à quel point les communautés autochtones manquent de tout. On y manque d'accès aux soins de santé, de services pour répondre aux crises liées à la pauvreté, d’infrastructure pour les femmes et les enfants victimes de violence, sans compter, dit-elle, le peu de prise en charge des personnes ayant des problèmes de santé mentale.

Comme l’explique Grace Masse, le premier contact pour de nombreuses familles dans ces petites communautés est le bureau de l’infirmière et l’école. Je pense qu’il faut donc aussi éduquer les enseignants.

D'ailleurs, en tant qu’enseignante à l'Université des Premières Nations du Canada, elle considère également que la place donnée à l’histoire des peuples autochtones dans les programmes scolaires n’est pas assez importante. Il y a vraiment beaucoup de personnes qui n’ont aucune idée de l’histoire des Premières Nations et de l’histoire des pensionnats pour Autochtones.

Un manque d’éducation et de sensibilisation qui dissuade certaines victimes

Malheureusement, quand les gens sont victimes de traumatismes, ils perdent leurs repères. C’est ainsi que le cercle vicieux se renforce. Selon Nadine Erickson, il y a alors un risque de reproduction d’un système d’abus sexuel.

De plus, les gens ont peur de parler soit parce qu'il s’agit de la reproduction d’un modèle qu’ils connaissent déjà, soit parce qu’ils craignent la honte que cette parole pourrait avoir sur leur famille et leur communauté, explique Mme Erickson.

À ce propos, Brenda Frogg souligne que les Premières Nations ne bénéficient pas des services d’une grande ville comme Winnipeg. Même si nous avons des programmes de justice, dans de nombreuses communautés, la justice est rendue de manière traditionnelle, dans des tribunaux ouverts où tout le monde peut participer et discuter. C’est souvent à ce moment que les victimes reculent… Nous voulons encourager les victimes et leur dire qu’elles ont une voix et le pouvoir, qu’elles sont fortes. Nous voulons qu’elles réalisent cela.

Peu de soutien de la part des chefs des Premières Nations

Les trois femmes cyclistes posent avec le chef et un autre homme non identifié sur les marches du Palais législatif, le 3 juillet 2022.

Brenda Frogg, Grace Masse et Nadine Erickson sont en compagnie du chef de la Première Nation crie Pimicikamak, David Monias, le seul qui soit venu à leur rencontre au Palais législatif, à Winnipeg.

Photo : Gracieuseté Brenda Frogg

Avant le lancement de leur projet, ces trois femmes affirment qu’elles ont demandé le soutien de nombreux chefs autochtones, de Service aux Autochtones Canada et de plusieurs agences de soins infirmiers qui travaillent dans les Premières Nations.

J’ai également personnellement envoyé des messages à de nombreux politiciens du Manitoba. Ils ne m’ont jamais répondu, déclare Grace Masse. Elle souligne que le seul chef autochtone qui se soit déplacé pour les rencontrer à leur arrivée devant le Palais législatif est celui de la Première Nation crie Pimicikamak, David Monias.

Le grand chef de l'Organisation des chefs du Nord, MKO, Garrison Settee, a exprimé dans une déclaration écrite son soutien à la cause.

Même si elles espéraient un peu plus de soutien de la part des leaders, Grace Masse souligne qu’elle est très fière de ce qu’elles ont accompli. De plus, le long de la route et dans notre communauté, de nombreuses personnes nous ont encouragées à mener à bien ce projet, et c’était une belle chose à voir.

Alors qu’elles prévoyaient d’arriver le 4 juillet à Winnipeg, elles sont parvenues à boucler leur défi une journée plus tôt que prévu.

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